Le projet patrimonial de Saint-HubertPAR
MAX D'AMOURS, PROFESSEUR
Le patrimoine industriel Massé de Saint-Hubert possède toutes les qualités pour devenir un centre éducatif et touristique. Il possède plusieurs atouts puisque le site comprend, dans un territoire encore intègre, tous les éléments d'un ensemble pluri-fonctionnel, c'est-à-dire les maisons, les bâtiments de fermes, les bâtiments industriels auxquels s'ajoutent les équipements et les artefacts qui nous renseignent sur l'évolution des méthodes et des techniques de travail depuis son origine en 1875. Rappelons que les bâtiments industriels dont il est question étaient associés à l'industrie du bois de sciage et à la mouture: moulin à scie et moulin à farine. Malheureusement, au cours des années 1960, un moulin à carder la laine fut démoli pour laisser place à la construction d'une route. Ce moulin comprenait en outre une usine électrique qui, dès 1912, fournissait l'éclairage dans les maisons des propriétaires, sur la rue principale et à l'église. Tentons de retracer les origines de ce patrimoine et comment les Massé ont contribué à son expansion durant les cent dernières années. Comme le rappelle Régis Jean, dans Les Chemins de la mémoire, Bernard Massé, originaire de Beaumont, est établi à Trois-Pistoles depuis 1842 où il exploite un moulin à farine. Maître meunier, il enseigne ce métier à ces fils qui, par la suite, construiront plusieurs moulins dont celui de Saint-Hubert. En 1850, Bernard Massé devient propriétaire du moulin du Petit-Sault, à l'Isle-Verte et y fonde une famille. Plus tard, l'un de ses fils, Honoré, associera son nom au développement des premières industries locales de Saint-Hubert. En 1891, il arrive à Saint-Hubert et décide de s'y installer. À ce moment, Saint-Hubert est une paroisse en devenir. Elle sera incorporée en municipalité, le 4 janvier 1894. C'est à ce moment que le départ est vraiment sonné: construction d'une église, d'un presbytère et bien d'autres projets vont décidément engager cette jeune collectivité à prendre le tournant du 20e siècle. Dans les années qui suivent, Honoré Massé s'applique à doter Saint-Hubert de petites industries qui témoignent de son esprit entreprenant: construction d'une digue pour élever le niveau d'eau, installation de turbines au moulin à farine, construction d'un moulin à scie, harnachement des eaux à la rivière Sénescoupé, à quelques centaines de mètres en amont du moulin pour l'alimentation d'une petite usine électrique dans laquelle un moulin à carder est monté. Plus tard, le moulin à scie, attenant au moulin à farine, sera déménagé à 300 mètres en amont pour se protéger contre les incendies qui auraient pu emporter tous les immeubles et les biens familiaux. Ce fut une décision clairvoyante car, en 1932, le moulin à scie fut détruit par les flammes. Reconstruit, il sera de nouveau la proie des flammes en 1950. Les descendants d'Honoré Massé devaient ériger sur le même site une autre scierie qui encore aujourd'hui procure de l'emploi à une dizaine de travailleurs locaux. Cette scierie est le témoignage vivant de cent années de travail tenace des ancêtres et elle constitue avec le moulin à farine un ensemble patrimonial intéressant. Ces deux équipements sont érigés sur un site qui est encore intègre. La maison ancestrale, construite au tournant du siècle et les bâtiments de ferme ont été rénovés ou sont en voie de l'être. La conservation du patrimoineCe patrimoine est très précieux pour plusieurs générations de Massé. Beaucoup d'efforts ont été fournis par les derniers représentants de la famille pour réparer, étirer la vie des vieux bâtiments avec les moyens du bord. Pour en témoigner, il faut se souvenir des petits travaux que Freddy Massé, même à l'âge de 90 ans, entreprenait à chaque été pour rapiécer l'écluse, le toit du moulin à farine, et des argents que son fils, Maurice Massé, a investi périodiquement pour protéger ces vieux bâtiments.
mais pour des raisons conjoncturelles, l'objectif n'a pas été
atteint. En 1990, mourrait à l'âge de 97 ans, Freddy Massé,
le fils d'Honoré Massé. Maurice Massé, qui avait
pris la relève au cours des années 1960, avait atteint
l'âge de la retraite. Mais en 1991, l'année centenaire
de la venue d'Honoré Massé à Saint-Hubert, son
arrière petite-fille Lise Massé et son conjoint décident
d'emménager dans la maison ancestrale et chérissent l'idée
de faire revivre ce coin de village.
La première initiative fut de fonder sur le champ un organisme corporatif sans but lucratif dont les objectifs sont de restaurer et de mettre en valeur pour des fins éducatives, récréatives et touristiques les vestiges de ces premières industries locales. Plus précisément, la Société de conservation du patrimoine Massé de Saint-Hubert poursuit les objectifs suivants: 1)
Assurer la pérennité du patrimoine industriel et culturel
mis en place par la famille Massé à la fin du 19e
siècle. Ces études ont consisté a effectuer:1)
Une recherche documentaire dans le but de monter une bibliographie des
documents faisant référence au moulin à farine
et à la scierie. Parallèlement, la scierie qui avait arrêté ses activités à l'automne 1990, a été modernisée et remise en fonction à l'automne 1993. Parce que le plan de restauration patrimoniale n'était pas prêt, ces rénovations ont été faites avec le souci de préserver la partie ancestrale du moulin en évitant toute modification pouvant entraîner une perte de valeur. En attendant la réalisation du plan de mise en valeur, les travaux effectués sur le site ont consisté principalement à stopper la détérioration de l'environnement et des bâtiments et à remettre la scierie en marche. * * * * Le site patrimonial de Saint-Hubert répond aux critères d'authenticité, d'intégrité physique et de valeur culturelle. L'intention de le conserver et de le mettre en valeur apparaît justifiée. L'espoir de le faire revivre et de le transmettre aux générations futures a été avivé par l'intérêt manifesté par la Direction du Bas-Saint-Laurent du ministère de la Culture et des Communications, en 1991. Cette reconnaissance des autorités du ministère a contribué à relancer un projet mis en veilleuse depuis quelques années. Même si le contexte économique pose des contraintes importantes à la réalisation de ce projet, il s'agit pour les responsables de concevoir une stratégie adaptée aux conditions présentes. La problématique actuelle du développement patrimonial incorpore des préoccupations qui, il y a encore une dizaine d'années, étaient considérées comme périphériques. Une même idée ne peut être obligatoirement réalisée de la même façon dans des temps différents. L'environnement politique, économique et social englobe une grande partie des facteurs qui contribuent à façonner notre culture en même temps qu'il oblige à inventer de nouvelles façons de faire. C'est dans cet esprit et à partir d'une telle approche que le projet patrimonial de Saint-Hubert sera poursuivi. |