La tournée des moulinsPAR GILLES
BOILEAU
GÉOGRAPHE Faire la tournée des moulins du Québec serait une grande source d'enseignement. Mais cela demeure difficile. Nous nous contenterons dans ces quelques pages d'une tournée réduite... Le Vieux Moulin de Saint-Grégoire...en commençant par raconter la belle histoire du Vieux Moulin à farine de Saint-Grégoire de Nicolet. Malheureusement les meules de ce moulin sont maintenant silencieuses, mais les paroissiens de Saint-Grégoire ont ressuscité le précieux bâtiment et en ont fait un lieu de convivialité intense et une bien belle attraction. Saint-Grégoire de Nicolet, juste en face de Trois-Rivières, a été fondée par des familles acadiennes, suite au Grand Dérangement de 1755. De 1808 à 1870, les paysans des alentours sont venus faire moudre leurs grains à ce moulin bâti par Joseph Bourque, sur la petite rivière Marguerite, dans le Haut du Village. Comme le raconte Mme Rosaline Ledoux, dans l'édition du 30 juin 1994 de la Terre de Chez Nous, c'est sous l'initiative d'un groupe de paroissiens dont MM. Guy Désilets, Paul Rheault et Mme Jacqueline Bergeron-Hardy, que ce précieux témoin de l'histoire de la paroisse a repris sa place dans le paysage local, mais surtout dans les coeurs. Comme le souligne Mme Ledoux... «Après moult difficultés et [...] après un an de travaux dus en partie au bénévolat et à la générosité des paroissiens, le moulin a été rebâti pierres sur pierres... après en avoir déménagé les restes sur un site historique, à l'arrière de la magnifique église de Saint-Grégoire et près de la «maison du souvenir». Bien entendu, la Corporation du Vieux Moulin de Saint-Grégoire, la ville de Bécancour et la MRC de Bécancour ont activement collaboré à cette entreprise de restauration. Silencieux témoin de son époque, le Vieux Moulin est à sa façon une véritable leçon d'histoire. On y a aménagé des chemins d'accès, des terrasses, des jardins avec sculptures. Le bâtiment s'est transformé en un lieu d'histoire, d'art et de culture. Véritable centre d'interprétation historique, on y raconte l'histoire et l'évolution du village, mais surtout l'histoire du moulin, avec manuscrits, photos, éléments archéologiques, maquettes, croquis et textes appropriés. Les paroissiens de Saint-Grégoire se sont donné un objet de fierté collective et ils l'ont fait avec respect et générosité. Ils ont d'autant plus de mérite qu'il s'agit en vérité d'une véritable résurrection. Avant de retrouver sa place dans le coeur et la mémoire des gens du lieu, le Vieux Moulin n'était plus qu'un triste tas de pierres. Nous pouvons tirer une bien grande leçon de l'expérience de Saint-Grégoire. En effet, s'ils ont réussi à obtenir tant de succès avec un moulin qui en réalité n'a plus de moulin que le nom et le souvenir, imaginez un seul instant tout ce que l'on pourrait faire, dans maintes localités du Québec où subsistent encore quelques moulins récupérables... Le moulin Blanchette à UlvertonC'est un bien beau moulin, classé monument historique en 1978, mais c'est surtout un moulin fort bien mis en valeur, en dépit d'une localisation peu favorable, sur les bords de la rivière Noire, entre Drummondville et Windsor. On l'appelle le moulin Blanchette, du nom de celui qui en fut propriétaire durant trente-trois ans. Il est situé dans la petite municipalité loyaliste d'Ulverton, à quelques kilomètres de Durham-Sud. Ce moulin aurait été construit en 1868, ce qui en fait un établissement assez jeune. Ce n'est pas un moulin à farine. Il s'agit en réalité d'un moulin à laine, sans doute le seul exemple de ce type de moulin de l'ère pré-industrielle. Mais il faut cependant savoir qu'au début des années 1900, le moulin Blanchette possédait deux moulanges à grains: une de pierre et une d'acier avec lesquelles les meuniers pouvaient moudre le grain des cultivateurs des paroisses des alentours. Connu pendant de nombreuses années comme le «Ulverton Woollen Mills», le moulin passa après 1939 dans les mains de plusieurs propriétaires successifs. Il fut même transformé en ferme d'élevage de visons en 1952. Après plusieurs années de déboires, le moulin fut enfin sauvé par des gens du milieu, entraînés par un résidant d'Ulverton - M. Bertrand Roy - qui se regroupèrent dans «La Corporation du Vieux Moulin d'Ulverton Inc» dont l'objectif était de «développer, promouvoir et gérer le site du Moulin Blanchette pour des fins culturelles, sociales et touristiques».
On retrouve à l'intérieur du moulin un mécanisme pré-industriel complet et en excellent état de marche, le tout accompagné d'une animation fort pertinente. Pendant près d'une heure, on se retrempe dans l'atmosphère d'une fabrique de laine de l'époque. On y trouve cardeuse, fileuse, doubleuse, revideuse, de nombreux métiers à tisser. Toutes ces machines sont encore mises en route par une turbine hydraulique. Une vraie merveille. Et au second étage, il y a tout ce qu'il faut pour transformer la laine: cardes, rouets, dévidoirs, ourdissoirs, métiers, tricoteuses... Au sous-sol, bien sûr, on peut voir la turbine pourvoyeuse d'énergie. Et il y a encore des moutons dans les prés voisins! On a pensé aux visiteurs: belvédère, aires de pique-nique et de repos, terrasse de restauration, sans compter la petite boutique où l'on peut se procurer quelques écheveaux de laine du pays. S'ajoutent parfois au menu culturel: conférences, spectacles, expositions, etc. Au moment où j'y suis passé, on y tenait une exposition de rouets et de métiers à tisser en collaboration avec l'université du Québec à Trois-Rivières qui avait prêté quelques précieux spécimens de la collection de feu Robert-Lionel Séguin. Une visite à cet intéressant centre d'interprétation de la laine vous enchantera. Vous verrez surtout comment on peut, avec un brin d'imagination, mettre en valeur et animer un lieu historique. Ce qui a été possible à Ulverton pourrait l'être en bien des coins du Québec... sauf qu'on y trouverait peut-être pas une aussi belle laine naturelle... Le moulin de BeaumontÀ une trentaine de kilomètres à l'est de Québec, au tout début de la Côte du Sud, le vieux moulin à farine de Beaumont chevauche fièrement le ruisseau Maillou dont il tire - parfois péniblement - toute l'énergie dont il a besoin pour faire tourner son unique meule. Dominant le Saint-Laurent de près de 40 mètres, l'actuel édifice à quatre étages a pris la relève du moulin du seigneur Péan qui dès 1741 avait entrepris des démarches afin d'obtenir des droits sur le ruisseau Maillou. La construction du premier moulin a commencé le 9 mars 1744. Ce premier moulin construit au pied de la falaise a fini par sombrer dans l'oubli et la décrépitude.
Le
vieux moulin du ruisseau à Maillou a retrouvé une partie
de son âme et sa meule s'est remise à tourner. Le docteur
Arthur Labrie, de Beaumont, appartient à la même lignée
de Labrie que le beau-père de Jean-Olivier Chénier - qui
avait nom Jacques - l'un des plus illustres personnages de l'historique
village Saint-Eustache.
Quand le docteur Labrie a entrepris la restauration de son moulin, ce dernier était déjà vieux de 125 ans et avait subi de nombreuses modifications, sans parler des affres du temps. En résumé, il était en piteux état. Mais avec patience et acharnement, son nouveau propriétaire en a fait l'un des plus beaux moulins de la vallée du Saint-Laurent, même s'il ressemble davantage à un moulin-musée ou à un moulin-souvenir qu'à un authentique moulin ancestral. La vieille roue a été consolidée, le toit, les murs et les fondations ont été retouchées, une machinerie moderne a remplacé les engrenages d'antan. Une jetée en béton a remplacé le vieux barrage en bois et l'écluse tout comme la dalle ont été refaites. J'y ai vu au cours des derniers mois la dormante et la mouvante moudre le blé et donner une bien belle farine vendue dans quelques boulangeries artisanales de la ville de Québec. C'est sa grande roue qui a redonné vie au moulin à farine. Sur les trois autres étages, se superposent la scierie, la carderie et le logement du meunier avec sa grande salle et ses accessoires d'antan. Comme l'a si justement écrit le propriétaire lui-même... «Ce moulin, que les années ont courbé, a été le témoin de l'activité des paysans. Perché sur le ravin, enjambant le ruisseau, il se dresse toujours au sommet de la chute-à-Maillou comme une sentinelle qui veille à la conservation de souvenirs qui nous sont chers». Le docteur Labrie ajoute encore qu’il «[...] J'éprouve une certaine nostalgie en pensant à ces beaux vieux moulins de la vallée du Saint-Laurent qui ont exercé une influence considérable sur la vie des paysans et, dans leurs vieux jours, reçoivent si peu d'égards de la société». Dans maintes seigneuries, c'est le moulin qui a marqué le commencement des activités économiques. Ce sont bien souvent les moulins qui ont donné la vie à la plupart des régions de la vallée du Saint-Laurent. Pour cette simple raison, il faut les traiter avec respect. Le moulin des JésuitesC'est une longue et bien belle histoire que celle du moulin des Jésuites de Charlesbourg. Pour bien la connaître, il faut avoir recours à deux documents, au moins. On lira d'abord avec grand intérêt l'article de M. Paul-André Paiement publié dans Le Charlesbourgeois1 en 1989. Puis on se reportera avec profit vers la revue Continuité2 où huit pages étaient consacrées au Vieux-Charlesbourg. Il y était question, bien entendu, du légendaire Trait-Carré, mais aussi du moulin des Jésuites. Voici en quels termes l'auteur, Madame Johanne Lachance, parlait de ce moulin : Le plus vieux bâtiment du Trait-Carré, le moulin des Jésuites, a été construit vers 1740. Ce moulin à eau est situé à l'est du village, au coin de la 80e Rue Est et du boulevard Henri-Bourassa, sur une parcelle de terre ancestrale de la famille Lefebvre. D'aspect traditionnel, il mesure 10 mètres sur 18 mètres et comporte deux étages avec combles ainsi que deux cheminées. On y retrouvait aussi le logis du meunier. Au cours du XIXe siècle, le moulin subit de nombreuses transformations résultant de la modernisation des pratiques agricoles et industrielles de l'époque. La plus importante de ces modifications - de même que la plus désastreuse - a été l'ajout, en 1910, d'un troisième étage et le remplacement du toit en pente à deux versants, d'allure traditionnelle, par un toit plat. L'aspect architectural du moulin allait naturellement être considérablement affecté, et ce, pendant plusieurs années. Propriété de la Ville de Charlesbourg depuis 1982, le moulin a récemment fait l'objet d'importants travaux de restauration qui lui ont redonné son aspect originel. Partie intégrante de l'arrondissement historique de Charlesbourg, le moulin des jésuites représente un des derniers vestiges du genre en milieu urbain. Maintenant ouvert au public, le moulin offre aux visiteurs une foule d'activités culturelles [...]
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