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COMME UN HOMMAGE AUX PIONNIERS DE LA GATINEAU

Le moulin de Wakefield

Le moulin de Wakefield est un bâtiment exceptionnel de la Gatineau; un témoin du siècle dernier qui a fièrement survécu au XXe siècle. Jadis de telles industries de village étaient très répandues à travers l'est du Canada. Aujourd'hui elles sont presque toutes disparues, victimes du progrès. Qu'est-ce qui rend le moulin de Wakefield si particulier? La réponse se trouve dans son architecture inhabituelle: cette combinaison étrange de pierre, de brique et de bois qui résulte des nombreuses modifications qu'il a subies. De l'époque de la colonisation jusqu'à récemment, le moulin de Wakefield a toujours joué un rôle important dans la communauté. Il se dresse aujourd'hui comme un monument à la mémoire des gens qui ont ouvert la Gatineau, et à l'industrie qui l'a fait vivre.

Les quelques paragraphes qui suivent sont tirés d'un document publié par la Commission de la Capitale nationale (Parc de la Gatineau) et intitulée: Le moulin de Wakefield, 1838.

Les murs de pierre des trois premiers étages forment la partie la plus ancienne de l'édifice. Ce sont les vestiges du premier moulin construit en cet endroit il y a environ 150 ans. En 1838, un colon écossais du nom de William Fairbairn établit une minoterie à Wakefield. Il harnache alors les eaux de la rivière la Pêche afin d'y puiser l'énergie nécessaire pour moudre le grain. Seul moulin à farine à des milles à la ronde, l'entreprise de Fairbairn connaîtra beaucoup de succès et avantagera grandement le développement de la Gatineau.

Le temps des Maclaren

En 1844, James et John Maclaren achètent le moulin. Reconnaissant le potentiel hydraulique de la rivière, les deux ambitieux frères entreprennent de développer et de diversifier les installations. D'abord une scierie est construite. Ensuite viennent s'ajouter une filature à laine de même que plusieurs habitations pour les travailleurs. L'ensemble du complexe devient vite le noyau industriel de la Gatineau.

Mais le 25 juin 1877, la chance tourne le dos aux Maclaren. Un grave incendie ravage la minoterie et la filature causant des dommages considérables. Les Maclaren demeurent cependant inébranlables. Forts d'une détermination typiquement écossaise, ils reconstruisent.

Au tournant du siècle, Alexander Maclaren, fils de James, prend la succession de la famille et décide de moderniser le moulin à farine. La vieille machinerie cède la place à la toute dernière technologie. Cette nouvelle machinerie permet de produire une farine blanche, plus fine et de meilleure qualité: un produit qui fera la réputation des Maclaren.

À la même époque, toujours aussi innovateurs, les Maclaren relient une génératrice électrique aux turbines. Le complexe compte alors parmi les premiers bâtiments de la région à être éclairés par cette toute nouvelle invention: l'électricité.

Mais en 1910, le malheur frappe à nouveau. Le feu éclate à l'intérieur de la filature. Les flammes se propagent rapidement dans la laine saturée d'huile et prennent bientôt une ampleur incroyable. Cette fois, c'est tout le complexe qui est en flammes. Au plus fort de l'incendie, la cloche de la filature se décroche et tombe bruyamment sur le sol, comme pour sonner le glas de l'établissement des Maclaren.

Abandonner ou recommencer? La décision est cruciale. La reconstruction s'annonce coûteuse mais d'un autre côté, le développement des prairies canadiennes est la promesse d'un fabuleux approvisionnement en grain. Alexander Maclaren décide de reconstruire la minoterie et d'en doubler la capacité.


Le moulin de Wakefield au milieu du siècle dernier.
 
L'ambitieuse reconstruction s'échelonnera sur plusieurs années. Une fois celle-ci terminée, le moulin redémarre de plus belle. En plus de moudre les récoltes locales, les Maclaren importent des chargements ferroviaires de grain de l'Ouest pour produire la farine destinée au marché régional. Face à l'adversité, ils triomphent à la «façon Maclaren».

Henderson achète le moulin

Le mort d'Alexander Maclaren en 1939 met un terme à la production de farine. Après avoir appartenu à la famille Maclaren pendant 95 ans, le moulin est vendu. Le nouveau propriétaire, J.P. Henderson, démantèle une grande partie de la machinerie dans le but d'utiliser le bâtiment à d'autres fins. Une partie du moulin sera convertie en appartements, chauffés et éclairés par l'énergie de la rivière.

Vers 1950, Henderson loue le moulin aux frères Kenneth et Ernest Young qui font revivre la tradition en remettant le moulin en état de marche. Ils remontent une partie de la machinerie et acquièrent les pièces manquantes pour adapter l'équipement en vue de produire de la moulée pour la ferme. Cette entreprise réussit à merveille et prospère pendant plus de trente ans.

En 1962, Henderson met le moulin en vente. Dans le but de préserver ce fragment de notre patrimoine, la Commission de la Capitale nationale s'en porte acquéreur. La production de moulée demeurant une entreprise viable, l'opération du moulin est laissée entre les mains compétentes des frères Young qui maintiennent les opérations jusqu'en 1980. Cette année-là, les Young prennent leur retraite. Le moulin se tait.

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