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À TROIS-PISTOLES

Les moulins à scie ont fait l'histoire

Les moulins à farine et les moulins à scie ont bien souvent été de puissants facteurs de développement des villes et villages du Québec. Nous en voulons comme exemple le cas de Trois-Pistoles auquel est consacré le présent document. En effet, les paragraphes qui suivent ont été puisés dans un ouvrage consacré aux Moulins à Bois de Trois-Pistoles et de Rivière Trois-Pistoles. C'est une partie de l'histoire de ces lieux que racontent ces pages. À travers l'histoire de ces moulins, c'est un peu l'histoire de Trois-Pistoles qui se dévoile. Merci à Monsieur Jean-Claude Parent, président de la Société historique et généalogique de Trois-Pistoles, de nous avoir autorisé à utiliser ce rappel du temps jadis. On voudra bien noter qu'il y eut, à Trois-Pistoles, d'autres moulins à scie dont il n'est pas fait mention dans cet article. Par ailleurs, en parcourant ces quelques paragraphes, plusieurs se diront que dans leurs villages ou paroisses, il y eut aussi de nombreux moulins qui rythmèrent pendant longtemps la vie de la population locale.

Bordant le fleuve entre les municipalités de Notre-Dame-des-Neiges des Trois-Pistoles et Saint-Simon, Trois-Pistoles est limité à l'est par la zone de Rivière-du-Loup et au sud par les zones de Cabano et de Rimouski. C'est au début du XVIIIe siècle que les premiers colons viennent s'installer à Trois-Pistoles. À cette époque, les gens vivaient de la terre et de la chasse. Presque deux siècles se sont écoulés avant l'arrivée de l'industrialisation. Pendant ce temps, l'énergie disponible n'était pas exploitée. De toute façon, le besoin ne s'en faisait pas sentir.

Le bois, principale ressource de la région

C'est au moment où la population devint plus nombreuse qu'on sentit le besoin d'exploiter plus à fond la principale ressource de la région, le bois; le but premier de ce réaménagement était de créer des emplois pour faire vivre la population en entier. La principale source d'énergie à l'époque était le pouvoir d'eau dont le plus important était la rivière Trois-Pistoles. C'est à cet endroit que furent construits les premiers moulins à bois dont le plus important fut incontestablement le moulin du Sault Mackenzie. Celui-ci aurait pu se vanter d'avoir eu le plus grand nombre de propriétaires de l'histoire de nos moulins.


Le moulin du Sault Mackenzie (circa 1902).
Photographie tirée de Les moulins à bois, Trois-Pistoles et Rivière Trois-Pistoles.
 
L'emplacement du Sault Mackenzie était propice à l'implantation d'un moulin car il existait un genre de barrage devant la chute qui permettait au bois de s'arrêter. Le Sault fournissait également un grand débit d'eau, ce qui permettait d'alimenter la turbine du moulin. Ainsi, le moulin pouvait fonctionner grâce à tous ces éléments réunis. Le moulin servait à la préparation du bois. Il opérait sur une grande échelle commerciale. Au début, il était alimenté par les colons des environs et le bois descendait par voie d'eau. Cela évitait des problèmes de transport.

Il est assez difficile de retracer la date exacte de l'ouverture de ce moulin, mais selon les données que nous possédons celui-ci aurait commencé ses opérations un peu avant les années 1900. La date probable serait aux environs de 1890. Par contre, on a pu retracer l'ensemble des transactions qui ont été faites avec ce moulin.

Le 14 septembre 1885, le Rév. E.-W. Sewell, de Mme Hall, vend la partie industrielle à Price Bros & Co. avec des droits de coupe sur des limites du gouvernement dans les cantons de Baudot et de Bédard. Au Sault, le 28 février 1888, Bruno Belzile vend à Louis de Gonzague Renouf un terrain pour construire un moulin à scie (moulin du Sault). Le 3 mai 1898, Pascal Beaulieu vend à Peter Mackenzie. Celui-ci fit marcher le moulin de concert avec la compagnie.

Le 14 juin 1898, Peter Mackenzie vend à A.-B. MacFarlane le Sault Mackenzie. Le 8 mars 1900, Tobin achète des droits sur la seigneurie des Rioux (Ernest). Le 11 juin 1900, A.-B. MacFarlane vend à New Beaver Oil Co. le Sault Mackenzie. Puis le 30 mai 1901, il y eut la vente du moulin par L.-G. Renouf à W. Tobin. Le 7 juin 1901, New Beaver Oil Co. vend à E.-W. Tobin; le 21 octobre 1902, E.-W. Tobin achète du Protonotaire de la Cour Supérieure de Rimouski la seigneurie Nicolas Rioux. Le 21 janvier 1903, E.-W. Tobin vend à la Trois-Pistoles Pulp and Lumber Co. - Monsieur Pierre Angers actionnaire et gérant de la seigneurie -le moulin du Sault et le Sault Mackenzie.

Le 19 septembre 1904, Price Bros & Co. vend le moulin de la rivière et tous les terrains industriels provenant des Têtu et Co. à Trois-Pistoles Pulp and Lumber Co. Le 19 mars 1917, la Trois-Pistoles Pulp & Lumber Co. vend, à son tour, à la Brown Corporation le moulin du Sault, le moulin de la rivière, le Sault Mackenzie et tous les terrains qui lui appartiennent, y compris la seigneurie. En 1920, la compagnie ferma le moulin.

La Brown Corporation fut de loin la plus grosse compagnie existante dans la région. Elle possédait toute une seigneurie et les deux moulins de Rivière-Trois-Pistoles. Donc, à cette époque, la compagnie coupait son bois sur ses réserves et le préparait au moulin. Elle n'avait guère besoin du bois des colons.

Il fallut même un chemin de fer

Pour transporter le bois qui, auparavant, avait été préparé au moulin, un chemin de fer fut construit, en 1904, reliant le moulin du Sault au chemin de fer de l'Intercolonial. La compagnie exploitait deux moulins à scie, l'un situé au Sault Mackenzie et l'autre près du pont dans le village de Rivière-Trois-Pistoles. Le moulin du Sault fonctionnait vingt-quatre heures par jour, à raison de trois rondes de huit heures chacune. Soixante hommes y travaillaient. Cela nous donne un bref aperçu de l'intensité des activités du moulin.

La compagnie, propriétaire de terrains boisés, vendait aussi de son bois de pulpe aux États-Unis. Mais avant de le vendre, diverses étapes devaient être franchies. Après avoir été coupé, le bois de pulpe était tout d'abord acheminé sur la rivière Trois-Pistoles vers le moulin du Sault. À sa sortie de l'eau de la rivière Trois-Pistoles, le bois de pulpe montait dans un élévateur pour ensuite tomber à proximité du moulin, en formant un amoncellement. Il était prêt à entreprendre sa pérégrination vers les États-Unis.

Un jour, un fait inattendu se produisit. En effet, le tas de bois de pulpe était assez imposant; il contenait aux environs de 45 000 cordes et, ce soir-là, une flamme jaillit de l'amoncellement. Comme une traînée de poudre, le tout se transforma en un immense brasier. Le bois de pulpe était à jamais perdu... On ne sait pas si l'incendie avait été causé par une défectuosité technique de l'outillage du moulin, ou bien par un travailleur qui aurait jeté un mégot de cigarette par mégarde.

Après cet événement, les Brown construisirent un pont qui traversait la rivière, et ce, afin d'emmagasiner le bois sur l'autre versant pour éviter les dégâts occasionnés par un éventuel incendie. L'autre moulin, que possédait la compagnie, était situé au village de Rivière-Trois-Pistoles, près du pont. Il était un peu plus récent mais il avait les mêmes activités que celui du Sault. La compagnie Brown existait avant même d'avoir acheté les moulins de la rivière Trois-Pistoles. Elle possédait déjà des réserves de bois assez considérables.

Après quelque temps, la compagnie ferma le moulin de la rivière et loua celui du Sault à M. Alphonse Couturier. Celui-ci était un industriel et un fermier de Saint-Louis du Ha! Ha! Il possédait un moulin à cet endroit et il exploita celui de la rivière quelques années durant. Plus tard, il en exploita un près de Sainte-Anne-des-Monts. En 1920, la compagnie Broum ferma le moulin du Sault à cause d'un manque d'approvisionnement. Pendant vingt-trois ans, l'industrie forestière subit un ralentissement.

Une implacable évolution

En 1936, la compagnie Pineau louait la scierie du Sault et les forêts de la compagnie Brown par l'entremise de Monsieur Wilfrid Morissette. On y installa un «planeur» pour la préparation du bois. Une fois le bois préparé, il était chargé dans des wagons. On l'expédiait aux États-Unis ou ailleurs. À cause des difficultés à acheminer le bois sur la rivière Trois-Pistoles, et ce à chaque printemps, la compagnie Pineau abandonna ses activités à la scierie du Sault.

Ce fut sans doute la fin du moulin du Sault et du moulin de la rivière, car après ces années-là, il nous a été impossible de retrouver, de source orale ou écrite, des faits prouvant qu'un de ces moulins aurait fonctionné de nouveau.

Au cours de cette époque, les moulins étaient à vocation industrielle et commerciale. Toutefois, pendant ce même temps, il y eut un autre moulin de type artisanal qui avait été bâti en 1922 en plein coeur de la desserte de Rivière-Trois-Pistoles, par Philippe Malenfant. On y fabriquait des boîtes à beurre en bois, pouvant contenir cinquante livres. À cause de difficultés à trouver un débouché pour vendre sa production, le petit moulin dut fermer ses portes à la fin de l'été 1926. Il fut cédé à la banque qui le vendit à Nazaire D'Amours.


Construction du moulin Malenfant à la Rivière Trois-Pistoles avec Philippe Malenfant.
Photographie tirée de Les moulins à bois, Trois-Pistoles et Rivière Trois-Pistoles.
 
Il fut racheté en mars 1928 par Joseph Malenfant (le père de Philippe), qui en fit une scierie au service des cultivateurs. Au printemps, il le transforma en meunerie. En 1940, le moulin ferma ses portes et on en construisit un autre à Trois-Pistoles; de cette façon, la préparation du bois était assurée d'une manière beaucoup plus moderne. On fit l'acquisition d'une machine à «planer» en 1936-37.

Le moulin de Rivière-Trois-Pistoles a perdu, par la suite, une partie de sa machinerie au profit du moulin de Trois-Pistoles. Seuls la grande scie et le moulage demeurèrent en place. En 1950, le moulin de Rivière-Trois-Pistoles fut démoli par son propriétaire, Joseph Malenfant.

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