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TÉMOIN DE DEUX SIÈCLES D'HISTOIRE

Le moulin banal de Saint-Roch-des-Aulnaies

Le manoir seigneurial de Saint-Roch-des-Aulnaies et son moulin banal témoignent de deux siècles d'histoire. Aujourd'hui, le site du domaine de Saint-Roch est devenu un centre d'interprétation du régime seigneurial. La Corporation touristique de la seigneurie des Aulnaies, qui l'administre, y présente diverses activités culturelles destinées à faire connaître les modes de vie dans la vallée du Saint-Laurent aux siècles passés.

Le texte présenté dans cette page est extrait de la brochure La Seigneurie de Saint-Roch-des-Aulnaies élaborée, elle-même, à partir d'une recherche de Mme Béatrice Chassé, intitulée La Grande-Anse, une seigneurie de la Côte-du-Sud (Québec, ministère des Affaires culturelles, 1984).

Si le seigneur était obligé de construire un moulin à farine, le censitaire, lui, était tenu d'y faire moudre son grain, cette obligation s'appelait la banalité. Le seigneur percevait alors un droit de mouture, qui équivalait à un quatorzième du grain moulu, pour payer le meunier et entretenir le bâtiment. Mais si le moulin restait en panne plus de quarante-huit heures, les censitaires pouvaient aller faire moudre ailleurs.

Le premier moulin de la rivière Ferrée

Antoine Juchereau Duchesnay, qui administrait la seigneurie au nom de son cousin germain, établi aux Antilles, fit ériger le premier moulin à farine, au même endroit que le moulin actuel. Un habitant du cap Saint-Ignace, Augustin Lemieux, s'engagea en 1738, à construire un moulin de dimensions modestes, 24 pieds sur 29 (7,3 x 8,8 m), à la condition de pouvoir l'occuper ensuite à titre de meunier et de retirer les profits de la mouture pendant neuf ans. Le moulin, construit en bois sur une fondation en «maçonne», fut terminé l'année suivante et allongé quelque temps après. En 1748, selon les termes du contrat, Antoine Juchereau se retrouva propriétaire d'un moulin qui ne lui avait rien coûté, si ce n'est le bois coupé sur ses terres.

Le deuxième moulin

Le cinquième seigneur, Antoine Juchereau Duchesnay II, était un homme entreprenant et un commerçant avisé. Seigneur de Beauport, des Aulnaies, de Fossambault et de Gaudarville, il possédait 100 000 arpents en superficie et se classait parmi les premiers producteurs de blé du pays. C'est sans doute pour améliorer la production de farine qu'il voulut, en 1788, remplacer le vieux moulin.

Le charpentier John Simpson s'engagea à lui livrer, le 1er août 1789, un nouveau bâtiment à trois étages, de 36 pieds sur 50 (11 m x 15 m), en pierre, avec un toit en bardeau de cèdre et qui contiendrait deux moulanges. Ce moulin a fonctionné jusqu'en 1842. Il semble que l'édifice actuel ait conservé une partie des murs de pierre de ce deuxième moulin. En 1815 on y avait installé une scierie dans un appentis.
 

Le moulin banal de Saint-Roch-des-Aulnaies (circa 1930).
Photographie : ANQ N-84-0206
 

Le moulin actuel

En 1832, le moulin était vendu à Amable Dionne, qui allait devenir, cinq ans plus tard, seigneur des Aulnaies. Il semble que le bâtiment ait donné des signes de fatigue car, en 1842, le propriétaire signait un marché de construction avec Edward Ennis, constructeur de moulins, de Saint-Pascal de Kamouraska, et François Richard, charpentier, de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Ce dernier s'obligeait à faire...

[...] une bâtisse en maçonne et charpente pour servir de moulin à farine de la manière la plus parfaite possible, de soixante pieds de front sur quarante de large à l'endroit où est actuellement le moulin à farine de la seigneurie Saint-Roch à trois étages sur environ vingt-huit pieds de hauteur... Le sieur Ennis s'engage à faire, à ses dépens, tous les mécanismes nécessaires de la manière la plus parfaite possible pour faire marcher quatre moulanges à moudre du blé et autres grains.

Edward Innis, un ingénieur émigré d'Irlande en 1819, a été meunier à Rivière-Ouelle avant de construire son propre moulin à Saint-Pascal. Sa connaissance du fonctionnement et de la technique du moulin hydraulique en fait un expert dont les services sont recherchés. Il construira le mécanisme d'au moins cinq autres moulins.

À l'automne de 1842, les entrepreneurs livrent le bâtiment terminé, avec ses quatre moulanges (deux en pierre de France et deux en pierre d'Angleterre), son appareil à nettoyer le grain et ses bluteaux. Il est à la fine pointe de la technologie des moulins à eau au début de l'ère industrielle.

Mais le seigneur Dionne veut accroître la productivité de son exploitation: en 1845, on y trouve une scierie à trois scies. En 1839, un moulin à carder la laine et à fouler les étoffes avait été installé, à quelques pas du moulin banal, par Louis-Philippe Chiniquy, un neveu du seigneur Dionne. Comme ses prédécesseurs, Amable Dionne loue son moulin: le premier locataire est son neveu Chiniquy. Puis Louis Massé fera office de meunier pendant de nombreuses années.

Le moulin demeure la propriété de la famille Dionne jusqu'en 1881. Dix ans auparavant, on a effectué de coûteuses réparations comprenant, semble-t-il, un nouveau revêtement de pierre. Plusieurs meuniers vont encore s'y succéder jusqu'à la Seconde guerre mondiale. À partir de 1926, on modernise le mécanisme: un moteur prend la relève de la roue à godets et les meules de pierre cèdent la place à des moulanges à marteaux.

Mais, en 1975, la corporation de la Seigneurie des Aulnaies décidait de restaurer le moulin dans son état originel. La roue à godets a donc repris sa place dans la chambre d'eau, de même que le mécanisme ancien dont la majeure partie provient du moulin Lévesque, de Saint-Pacôme.

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