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ILS SONT ARRIVÉS EN AVRIL 1881

Chronique de L'Abbaye de Notre-Dame du Lac des Deux-Montagnes (1881)

Les sources auxquelles nous pouvons puiser pour connaître l'histoire des moines de Notre-Dame-du-Lac ne sont pas très nombreuses. En vérité, il y en a trois principales. D'abord une vivante histoire de La Trappe d'Oka du Père Camille-Antonio Doucet publiée en 1979. Sous la direction des Pères André Picard et Jean Doutre, un album souvenir consacré aux Ouvriers de la parole fut publié en 1981, à l'occasion de l'arrivée des Cisterciens sur les rives du lac des Deux-Montagnes.

C'est cependant dans La Chronique de l'abbaye que l'on découvre la plus ancienne et la plus fidèle des sources de cette histoire. Rédigée habituellement sous forme d'éphémérides, cette chronique nous révèle les petits et les grands événements survenus à l'abbaye depuis 1881. C'est à cette source que nous avons puisé les pages qui suivent dans lesquelles on peut mieux imaginer les joies et les peines qui, quotidiennement, furent le lot des moines de l'abbaye cistercienne de Notre-Dame-du-Lac.

Gilles Boileau

La création

Le bon Dieu fait tout avec nombre, poids et mesure. Il est le maître de créer d'une seule parole, mais ordinairement dans toutes ses oeuvres il y a la préparation et l'exécution. La fondation d'un monastère étant une oeuvre providentielle, Dieu a soin de la préparer et pour cela il en inspire la pensée à quelque âme docile qu'il choisit pour son instrument. Cette pensée d'abord vague se précise peu à peu et ne quitte plus l'intelligence et le coeur que quand elle est mise à exécution.

M. Victor Rousselot, prêtre de St-Sulpice


M. Victor Rousselot, prêtre de Saint-Sulpice, insigne bienfaiteur de la Trappe d'Oka
Source : La Trappe d'Oka, son histoire depuis sa fondation, en 1881, jusqu'à nos jours, p. 24
 

L'instrument très digne, très docile à l'inspiration divine choisi pour la fondation de Notre-Dame du Lac fut M. Victor Rousselot, sulpicien, curé de Notre-Dame de Montréal. Né à Cholet, Maine-et-Loire, France, à quelques lieues de Bellefontaine, qu'il avait souvent dans sa jeunesse visitée. Il avait vu ses religieux à leur oeuvre de prière et de travail et un de ses propres frères y avait embrassé leur vie pénitente et y était mort. Entré dans la compagnie de Saint-Sulpice, il fut envoyé au Canada. Dans sa nouvelle patrie, il n'oublia pas, au milieu de ses travaux apostoliques, l'ancienne France.

Voyant l'agriculture encore à son début, il pensa à implanter les Trappistes dans ce pays neuf ou leur science du travail agricole ne contribuerait pas moins au développement de l'agriculture que leur vie pénitente et laborieuse au développement de l'esprit de mortification et de sacrifice. Cette idée ne le quitte plus et quand venant prendre quelques heures de repos à Oka, il dirigeait ses courses solitaires sur le chemin de Saint-Eustache,
il s'écriait en voyant ces lieux où s'élève aujourd'hui La Trappe: «Oh que ce site et ces terres conviendraient bien aux Trappistes!». Son plan communiqué à ses confrères ne fut pas désapprouvé et plusieurs fois des ouvertures furent faites à Bellefontaine. Le R.P. Abbé et les religieux voyant de grandes difficultés à l'exécution de ce dessein le remirent à plus tard et les choses en restèrent là.

Menace de persécution en France

Mais Dieu dont les voix sont impénétrables allait précipiter la réalisation de cette fondation tant désirée, en tirant le bien du mal. Le gouvernement français, dans les dernières années 1878-1879, penchait de plus en plus à la persécution. En 1880, les affaires étaient devenues si critiques qu'au mois de juillet la communauté de Bellefontaine s'attendait de jour en jour à un arrêt d'expulsion. Au mois d'août on parla plus sérieusement que jamais de la fondation d'Amérique. Les propositions des Messieurs de Saint-Sulpice, par l'intermédiaire de M. Rousselot, deviennent de plus en plus pressantes. Les difficultés d'une fondation engagent à ne pas accepter mais les événements qui peuvent survenir d'un jour à l'autre font au contraire un devoir de ne pas négliger un moyen de salut général pour la communauté. Alors les lettres s'échangent plus nombreuses entre Bellefontaine et Montréal. C'est au milieu de ces pourparlers qu'arrive l'exécution inique de Bellefontaine.

Expulsion de Bellefontaine

Le 6 novembre 1880, à six heures du matin, arrivent cinq cents soldats et gendarmes conduits par le préfet d'Angers, le sous-préfet de Cholet, le commissaire d'Angers. Douze à quinze mille Vendéens et Vendéennes sont là pour protester. À cinq heures du soir, le crime était commis et les soldats occupaient la place des Trappistes. Cinq semaines après les soldats quittaient Bellefontaine et mon R.P. Abbé et quelques religieux en reprenaient possession. Peu à peu, en silence, chacun rentra. L'incertitude du lendemain fit pousser activement et il fut décidé en communauté que mon R.P. Abbé et mon P. Jean-Baptiste partiraient pour le Canada pour terminer l'acceptation et le choix du lieu de la future Trappe.

Le départ de Bellefontaine s'effectua le 23 mars 1881 au milieu des larmes qu'adoucissait l'espérance du succès. Accompagnés des voeux et des prières de ceux qui restaient, les chers voyageurs partirent du Havre le 26 mars sur le paquebot «Le Canada». Le temps fut beau, la traversée heureuse, le mal de mer n'osa toucher les envoyés de Dieu. Le 7 avril à deux heures du soir, le vaisseau abordait à New-York. Nos pères ne sachant pas l'anglais se seraient trouvés embarrassés. L'excellent M. Rousselot avait pensé à tout et avait envoyé à leur rencontre M. Louis Champeau, ex-frère de Saint-Vincent de Paul, dont l'entier dévouement écarta d'eux toute souffrance et tout ennui. Le 8 avril, à neuf heures du matin, nos deux Trappistes arrivèrent à Montréal, au Séminaire Notre-Dame, où la plus cordiale réception les attendait.

Les prmières semaines au Lac



Le Père Abbé Guillaume Lehaye, premier supérieur de l'Abbaye de Notre-Dame du Lac
Source : Oka, ouvriers de la parole - 1881-1981, p. 10
 

Après quelques jours de repos passés en visites nécessaires et de convenance, le 11 avril on fit le voyage au Lac malgré la neige qui tombait à gros flocons. La réception à la Mission, comme à Notre-Dame, fut sympathique. Le 12, nos Pères visitèrent le moulin de la Baie où ils trouvèrent la famille Gagnon. Le 13, le R.P. Abbé retourne à Montréal et le P. Jean-Baptiste visite le terrain proposé sous une neige abondante, surtout dans les bois. Le 15, il retourne à Montréal pour rendre compte de ses impressions.

Le 24, mon P. Jean-Baptiste est à Sainte-Thérèse. Y arrive M. Labelle, curé de Saint-Jérôme, grand colonisateur du Nord, qui réunit les habitants de cette paroisse. La place d'un moine agriculteur se trouvait bien au milieu de ces agriculteurs. Là eut lieu le concours agricole où les lumières sont mises en commun, les résultats des différentes cultures constatées, les avantages et les inconvénients discutés, les meilleurs méthodes appréciées pour le plus grand bien de tous.

Le même jour, mon R.P. Abbé et le P. Jean-Baptiste se retrouvent à Montréal. Les négociations pour le terrain se continuent malgré certaines difficultés et semblent devoir aboutir. Le 21, mon R.P. Abbé, M. Rousselot et mon P. Jean-Baptiste retournent à Oka par Vaudreuil et visitent de nouveau le terrain, et demandent 1 000 arpents au lieu des 800 dont il avait d'abord été question.

Le soir du même jour, partent pour Québec M. Rousselot, mon R.P. Abbé et mon P. Jean-Baptiste pour implorer quelques secours du gouvernement de la province. En route, une rencontre providentiellement heureuse a lieu avec M. Louis Beaubien, orateur de la Chambre et qui se montre parfaitement disposé à faire tout ce qu'il pourra pour notre oeuvre colonisatrice et patriotique.

Le 4, nos pères font visite à l'archevêque, aux membres de la Chambre et aux ministres. On se réunit dans les bureaux. Le 5, la séance publique s'ouvre et les Pères sont introduits et appelés aux places d'honneur. Ils donnent quelques renseignements sur notre genre de vie, notre but, nos oeuvres en Europe, en Afrique. Messieurs Beaubien, Dupuis et Champagne prononcent des discours chaleureux en leur faveur et partout l'accueil est très favorable.

Après ces heureux débuts et les encouragements reçus, nos pères partent le coeur joyeux pour La Trappe de Tracadie (Nouvelle-Écosse) où ils arrivent le 7 au soir. Ils visitent le monastère et les terres qui en dépendent, terres mauvaises, bien peu productives et nécessitent des drainages immenses et très dispendieux. Ils se rendent ensuite au pauvre monastère des quelques religieuses où ils sont péniblement affectés par la pauvreté de la chapelle, du chant, des décorations. Tout était lamentable.

Le 24 mai, mon R.P. Abbé et M. Malo se rendent à Montréal et le 25 l'acte de contrat de construction est signé. Le 27, mon P. Jean-Baptiste, accompagné de M. Leprohon, architecte, et Malo, entrepreneur, fait prendre les niveaux. Le 3 juin, les travaux commencent. Le 27 juin, quatre charpentiers arrivent et commencent leur oeuvre.

Des renforts venus de Bellefontaine

Le 12 août, les Pères Guillaume et Louis de Gonzague, les frères Antoine et Étienne quittent Bellefontaine après des adieux touchants et accompagnés des voeux de tous. Le 13 août, ils partent du Havre, sur le vaisseau «France», à dix heures du matin. Après une heureuse traversée où ils sont terriblement visités par le mal de mer, ils arrivent sains et saufs à Montréal le 26 août et descendent au Séminaire où ils sont reçus avec l'amabilité et le coeur habituels aux Messieurs de Saint-Sulpice.
 
Entrepris par M. Régiste Lefebvre en 1881, le premier monastère sera élevé sur la côte. La construction de bois deviendra, en 1893, l'École d'agriculture.
Source : Archives Abbaye cistercienne Notre-Dame du Lac, B5100 P2

Le 27 août, M. Colin, nouveau supérieur du Séminaire, conduit tous les Trappistes faire visite à Monseigneur Fabre. Sa grandeur leur fait le plus gracieux et le plus bienveillant accueil et les bénit tous paternellement. Heureux d'être arrivés et d'être reçus avec tant de bonté, nos Pères sont soumis à une épreuve qui les embarrasse fort, eux si peu faits aux accidents de ces longs voyages: leurs bagages sont restés en chemin. Où sont-ils? Le bon Dieu le sait. Il faut faire des recherches et attendre.

Le 30 - Les bagages n'étant pas encore retrouvés, mon P. Guillaume reste à Montréal pour faire de nouvelles recherches, d'ailleurs aussi infructueuses que celles des jours précédents, pendant que mon P. Jean-Baptiste conduit à Oka le P. Louis de Gonzague, les frères Antoine et Étienne et les frères Robert et Paul, frères convers de Melleray, en destination de Bethléem où se trouve le P. Jérôme, de la même abbaye et qui aurait fait la traversée avec eux. Ils visitent tous ensemble le monastère, le moulin et une partie des terres qu'ils devaient bientôt arroser de leurs sueurs.

1er septembre - Nos Pères, rendus au lieu où la divine Providence les avait appelés, se sentent comme accablés à la vue des terrains en friche et en bois qu'ils ont à transformer en champs fertiles. Qu'ils se voient faibles pour cette grande oeuvre! Ils se rappellent la parole de Jésus... «Sine me nihil potestis facere» et celle de saint Paul: «Omnia possum in Eo qui me confortat». Aussi voulant mettre leur vie religieuse, pénitente et laborieuse, sous la protection de Celui qui seul donne le pouvoir et le faire, sont-ils aussitôt en pèlerinage au Calvaire si vénéré depuis le commencement de la colonie. Nos trois Pères y disent la sainte messe et nos deux frères y font la sainte communion. Forts de la force du Dieu qu'ils possèdent en leur coeur et pour qui ils veulent s'immoler, vivre et mourir, les membres de la petite caravane reprennent le chemin de la future Trappe et vont habiter aussitôt la ferme du moulin où ils commencent le soir même à mener la vie religieuse autant que les circonstances le permettaient.

La vie dans la petite maison

La petite maison se prêtait peu à la vie religieuse. Elle comprenait un rez-de-chaussée de quatre chambres. De la plus grande et la plus convenable, on fit la chapelle. Au moment des repas, on mettait sur deux tréteaux quelques planches qui servaient de table et qu'on enlevait immédiatement après. La cuisine se faisait dehors, à la mode canadienne. La nuit, quand il fallait satisfaire aux besoins urgents, on sortait dans les bois qui s'étendaient jusqu'à la maison. Dans le grenier qui occupait tout le haut, s'établirent les autres religieux. Chacun couchait sur les paillasses qu'on avait distribuées de manière à se ménager un petit espace pour écrire et lire, au moins quelques-uns ensemble. La table d'écriture était une caisse venue de France qui servait de bibliothèque. C'était la vie simple, dans toute sa beauté; c'étaient les temps héroïques dans toute leur rigueur. Malgré les souffrances inévitables, on était heureux et «ibant gaudentes quoniam digni habiti sunt pro nomine Jesu Patri. Ubi amatur non laborantur sed si laboratur labor amatur».

Quelques petites scènes champêtres venaient quelques fois jeter une note plus gaie dans la vie monotone que menaient des frères heureux d'habiter ensemble. Tantôt c'était un porc audacieux qui pendant que le cuisinier rentrait chercher sa marmite happait gloutonnement le lait destiné à la portion de riz que l'on faisait alors à l'eau, tantôt la vache qui, trouvant la portion de choux toute servie, peu habituée à ce régal, s'empressait d'en profiter et l'absorbait en partie. Le bon frère cuisinier que ces gloutons dérangeaient fort était bien tenté de s'impatienter mais il faisait contre mauvaise fortune bon coeur et finissait toujours par dire... «Sit nomen domini benedictum». Les Pères, en arrivant, trouvaient quand même la portion suffisante et excellente; elle passait facilement assaisonnée par le récit du frère et l'appétit conquis au travail.

Dans la petite chapelle l'office se récitait en deux choeurs aux heures régulières avec une piété d'autant plus grande que la petite chapelle rappelait mieux l'étable de Bethléem. Comme en la nuit de Noël, l'extérieur était pauvre mais les coeurs étaient riches et fervents; la gloire était à Dieu au plus haut des cieux et la paix sur la terre à ces hommes de bonne volonté. Ainsi s'écoulèrent rapidement les premières semaines.

Un jour mémorable

7 septembre - Le bon M. Rousselot toujours dévoué accompagné de M. Martineau, sulpicien, autre ami fidèle de la première heure, viennent visiter le monastère en construction. Quoiqu'inachevé, il devait être bénit le 8 septembre en la fête de la Nativité de Marie, patronne de notre Ordre, par Monseigneur l'évêque de Montréal. Le Père Prieur retourne avec ces Messieurs à Oka où il assiste avec eux à la réception de Monseigneur Fabre qui devait passer la nuit au Séminaire et se rendre le lendemain à La Trappe pour attirer sur elle les bénédictions du Ciel et la placer sous la maternelle protection de Marie.

8 septembre - Ce jour si impatiemment attendu et désiré des Pères se lève enfin. Quel jour pouvait être mieux choisi que celui-là? Marie était née en ce jour. La Trappe canadienne naissait aussi en ce jour. Marie était née toute petite enfant et était devenue la plus grande des créatures comme mère. C'est en ce jour que le R.P. Abbé de Bellefontaine nomme le R.P. Guillaume, Prieur de Notre-Dame du Lac et enjoint aux religieux de lui obéir comme à lui-même par une lettre d'institution en forme datée de ce jour à Bellefontaine, signée par lui et contresignée par le P. Benoît, secrétaire.

De Jésus, parce que Dieu avait regardé l'humilité de sa servante, la Trappe bien petite et bien humble naissait en ce jour et sous la protection de Marie elle grandira. Le grain de sénevé qu'on espérait deviendrait un grand arbre. À 10 h 30, Mgr Fabre et à peu près 60 prêtres, suivis d'un bon nombre de laïques, arrivent au Monastère. La bénédiction commence à 10 h 45. Elle est suivie d'une messe basse dite par le P. Prieur Dom Guillaume et Mgr termine par une allocution pleine de bienveillance pour la Trappe qu'il engage tous les assistants à favoriser. Les religieux et les frères se rendent à la Mission pour assister au repas. La quête faite pendant la messe donna 74$. Le ciel lui-même s'était mis en fête. La journée fut magnifique.

Moines-agriculteurs, les Trappistes ne pouvaient pas ne pas s'intéresser à tout ce qui peut favoriser les progrès de l'agriculture. Aussi, une exposition ayant lieu à Montréal, mon P. Jean-Baptiste et le frère Antoine s'y rendirent. Le lendemain, ils font une visite à M. Louis Beaubien qui se fait un plaisir et un honneur de les conduire à l'exposition. Ils trouvent l'industrie assez avancée, mais rien de bien remarquable pour le bétail. C'était les 19 et 20 septembre 1881.

À Bellefontaine, on n'oubliait pas les chers habitants d'Oka et autant que possible on préparait des renforts. Le 24, le Frère Augustin, novice de choeur, et le Frère Louis, profès convers, quittaient Bellefontaine pour Notre-Dame du Lac par l'Angleterre, Liverpool et Québec, en compagnie de M. Chicoine, avocat de Sherbrooke, qui fut pour eux un vrai père de sollicitude et de prévoyance.

29 septembre 1881 - Les Frères Augustin et Louis partent en ce jour de Liverpool, sur les quais, en compagnie de M. Chicoine; ils font la rencontre de M. Faucher de Saint-Maurice, de Québec. La connaissance est vite faite et la sympathie la plus grande s'établit entre eux. Pendant la traversée, M. Chicoine étant malade, M. Faucher se dévoue avec la plus grande amabilité pour leur rendre les petits services en son pouvoir et les tirer des embarras où les jetait nécessairement leur ignorance complète de la langue anglaise.

9 octobre 1881 - Les frères Augustin et Louis arrivent après une traversée orageuse de 11 jours, arrivent à Québec le dimanche soir vers neuf heures, couchent à bord et arrivent à Montréal le 10 à onze heures et demie du soir, par un train d'émigrants. Le P. Jean-Baptiste, mandé par dépêche, va les chercher.

Consentement du Chapitre général et décret de Rome

Les voyageurs apportent avec eux le consentement du Chapitre général pour la fondation de Notre-Dame du Lac des Deux-Montagnes et le décret de Rome déléguant Mgr l'Évêque de Montréal pour publier ce même décret qui érigeait canoniquement la fondation en communauté religieuse.

Les deux frères ne sortent du Séminaire que pour se rendre à l'église Notre-Dame. Ils profitent de leur séjour, chaque jour prolongé par mon P. Jean-Baptiste, pour écrire à Bellefontaine et à leurs parents le récit détaillé de leur voyage. Cela fini, ils s'ennuient beaucoup désirant ardemment être au milieu de leurs frères dans le lieu bénit où ils doivent passer leur vie et où ils doivent trouver leur repos.

15 octobre 1881 - Enfin s'effectue le départ. C'était le samedi. Depuis le lundi ils soupiraient après ce moment vraiment heureux pour eux. La pluie, sans doute symbole des grâces divines, tombe continuellement. Arrivés à 11 heures à Oka, ils sont présentés au Séminaire où ils dînent et conduits par le garçon de ces Messieurs, ils arrivent à trois heures au petit monastère. Reçus avec toute la charité possible par le R.P. Guillaume et le P. Louis de Gonzague qui accourt vite de son atelier qui était dessous le hangar des étables du fermier, ils goûtent combien enfin il est doux pour des frères d'habiter ensemble et commencent aussitôt à mener la vie régulière en vigueur dans ces premiers temps.

Le lever se faisait à deux heures: office de la Sainte-Vierge, oraison, office canonial, messe, primes à cinq heures et demie, mixte, grande messe à sept heures, travail jusqu'à onze heures, dîner, travail jusqu'à quatre heures et demie, vêpres, souper et retraite à sept heures. Les frères s'occupaient à préparer la terre. Le R.P. Guillaume et le F. Augustin roulaient la brouette du matin au soir pour faire les terrasses destinées à protéger les solages du monastère. Journée de fatigue mais joyeuse, et avec bonheur on s'étendait par terre sur la paillasse dans son coin du grenier pour puiser dans le sommeil de nouvelles forces qui, par la grâce de Dieu, ne manquaient jamais le lendemain. Le travail était vraiment une prière car on pensait presque continuellement à Dieu et on vivait en sa sainte présence.

Le monastère sur la colline

27 octobre 1881 - Les travaux se poursuivaient au monastère, sur la colline voisine. Les charpentiers et les menuisiers ayant fini leur travail nous quittent laissant le monastère à peu près en état d'être occupé.

6 novembre 1881 - Anniversaire de l'expulsion de Bellefontaine qui avait été la cause déterminante de la fondation. On remercie le Bon Dieu qui tirant le bien du mal s'était servi de cette exécution pour faire naître en Canada l'Ordre de Cîteaux et nous demandons instamment à Jésus que nous les élus pour cette oeuvre nous soyons fidèles en tout et que nous mourrions plutôt que d'avoir le malheur d'arrêter dans son développement la plante délicate confiée à nos soins.

9 novembre 1881 - Dans l'après-midi on commence à transporter notre ménage au nouveau monastère. On y couche pour la première fois. Petit accident de charrette... un frère couche à la ferme où le Saint-Sacrement était resté. Le 10 on retourne y dire la sainte messe et on finit de déménager. Visite de M. Rousselot qui, voyant la pauvreté, envoie une bonne provision.

13 novembre - On commence à garder le silence et à observer tous les exercices religieux dans la mesure du possible. On continue cependant à manger trois fois par jour. On chante la messe pour la première fois. On continue à la chanter les jours de dimanche et fêtes seulement. On chante complies et le Salve Regina tous les jours, les autres offices sont seulement psalmodiés. Le dimanche et les jours de fête, on chante les petites heures, vêpres et complies.

Le 18 décembre 1881 - Le R.P. Prieur annonce au Chapitre que désormais on suivra les exercices réguliers pour l'heure des repas tout en laissant le mixte; dîner à deux heures et demie.

20 décembre 1881 - Voyage du P. Jean-Baptiste pour demander la publication du décret de Rome qui érige canoniquement la communauté de Notre-Dame du Lac. Gracieux accueil est fait par Monseigneur à cette demande. Le décret sera publié deux jours plus tard.

25 décembre 1881 - Ordre des exercices: le coucher a lieu à cinq heures, le lever à dix heures. On chante l'invitatoire et l'hymne. Les psaumes et le reste sont psalmodiés. La grande messe et les laudes sont chantées. Le lever a lieu à quatre heures pour avoir le temps de dire les messes.


Le moulin à farine, voisin de la petite maison du meunier. Les terrains contigus au moulin deviendront les «terres de pratique» des élèves de l'École d'agriculture.
Source : Archives Abbaye cistercienne Notre-Dame du Lac, B5050 PD5

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