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DANS LA LETTRE DU 29 JANVIER 1881

Dom Jean-Marie Chouteau annonce la bonne nouvelle

Nous avons tiré des archives de l'Abbaye cistercienne de Notre-Dame du Lac la lettre écrite par Dom Jean-Marie Chouteau, Abbé de Bellefontaine, dans laquelle il fait part à M. Victor Rousselot, p.s.s., curé de Notre-Dame de Montréal, de la décision prise par sa communauté. Portant la date du 29 janvier 1881, le message de Dom Jean-Marie laisse entendre que l'établissement d'Oka ne devrait être que temporaire. Il insiste aussi sur la grande pauvreté de sa communauté tout comme il tente de mettre en garde contre les grands espoirs que pourrait susciter la venue des moines de Bellefontaine en terre québécoise.


Dom Jean-Marie Chouteau en visite à l'Abbaye cistercienne Notre-Damme du Lac (1926)
Source : Archives Abbaye cistercienne Notre-Dame du Lac, P36-5
 

Cher Monsieur...

Cette fois c'est du sérieux. Le 16 janvier, vos lettres du 9, 16 et 20 octobre ont été lues au Chapitre, devant toute la Communauté, avec demande de réflexion et de prières, sans explication ni commentaires; elles ont été favorablement accueillies. Le 25, lecture a été faite au Chapitre des Religieux profès, de votre lettre du 2 janvier. Des propositions ont été émises et acceptées à l'unanimité. Elles se trouvent contenues dans l'extrait suivant d'une lettre envoyée à Mgr Freppel (évêque d'Angers) avec le dossier de vos lettres:

1) Rejet de toute immixtion étrangère, comme dangereuse pour l'administration de la nouvelle fondation; 2) Rejet de toute idée d'émigration complète; 3) Faire connaître par voie épistolaire des propositions sérieuses, savoir: l'envoi de quatre ou cinq Religieux et Pères destinés à la fondation, et que j'accompagnerai moi-même, pour présider aux négociations et à la première installation. Ces Religieux devront former le noyau d'une Communauté qui se recruterait de Canadiens, parmi lesquels on nous fait espérer des vocations, sans engagement pris par moi de fournir d'autres sujets de Bellefontaine. Notre monastère se déclare en outre dans l'impossibilité de subvenir à aucun frais de voyage et d'installation.

Je représenterai en même temps, que malgré notre désir de nous mettre à la hauteur des espérances que nous pouvons faire naître au point de vue agricole, on doit s'attendre à des débuts modestes, à des efforts laborieux, mais sur un terrain pratique, et non à des résultats merveilleux et le plus souvent imaginaires. Si ces propositions sont acceptées, je conduirai les premiers Religieux, riches de leur dévouement, sauf à laisser à ces Messieurs de St Sulpice la responsabilité ultérieure, si les espérances qu'ils nous font concevoir ne venaient pas à se réaliser. Il suit de là qu'il ne reste plus entre nous qu'une question de frais de voyage. Bellefontaine, grevé d'une dette considérable vit au jour le jour et les nouvelles lois nous chargent d'impôts écrasants.


Lettre que Dom Jean-Marie Chouteau adressait à M. Victor Rousselot, p.s.s., curé de Notre-Dame de Montréal
Source : Oka, ouvriers de la parole - 1881-1981, p.7.
 
Des secours abondants nous ont été donnés depuis plusieurs années pour nos constructions récentes; une quête devient difficile pour une fondation étrangère, surtout eu égard aux oeuvres multiples suscitées par la persécution religieuse. D'ailleurs, il est d'usage dans notre ordre que les voyages du R.P. Visiteur sont de droit aux frais de la maison visitée.

J'ai dit un mot à Mgr des espérances exagérées qui pouvaient être fondées sur nous, au point de vue agricole; je tiens, bien cher Monsieur, à ce qu'il n'y ait point d'illusion à ce sujet, au Canada, surtout vis-à-vis du gouvernement qui s'offre à nous faire des avances. Nous tâcherons d'être bons Religieux; nous serons aussi bons agriculteurs que possible. Comptez sur notre bonne volonté et notre dévouement, Dieu et les circonstances feront le reste.

Résumons: avec les secours que je pourrai peut-être recueillir pour la fondation, ou les avances que je ferai et qui devront m'être remboursées au Canada. J'irai moi-même accompagner non des experts mais des fondateurs, et dans le signalement que j'espère vous donner d'eux, dans ma prochaine lettre, vous constaterez que j'y vais sérieusement. Une fois rendus, ne doutant nullement que nous trouverons les choses telles que vos lettres l'indiquent, nous traiterons et nous nous mettrons à l'oeuvre, sous la protection et avec les conseils de ces Messieurs de St Sulpice.

Après quelques semaines de séjours, je reviendrai seul à Bellefontaine, laissant, j'espère, la fondation en bonne voie. Si vous acceptez, veuillez, pour épargner le temps, télégraphier à Monsieur Francis, à Cholet, ces simples mots: Pour Bellefontaine, Fondation acceptée, et immédiatement je commencerai les démarches et les préparatifs, et vous ne tarderez pas à recevoir une seconde lettre. De votre côté, indépendamment de la dépêche sus-dite, vous vous mettrez en devoir de faciliter notre transport gratuit, et vous nous donnerez dans une lettre, toutes les indications et tous les détails utiles.

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Dans une lettre adressée à Dom Jean-Marie Chouteau le 28 janvier 1881 par Mgr Charles-Émile Freppel, évêque d'Angers, celui-ci insiste pour que les moines qui seront envoyés à Oka comme fondateurs soient «parmi les meilleurs de la communauté, car rien n'est difficile comme une création». Les premières années de l'histoire de l'abbaye diront combien l'évêque avait raison.

Moins de trois mois après la lettre l'Abbé de Bellefontaine, arriveront à Oka, le 11 avril, Dom Jean-Marie Chouteau lui-même, accompagné du Père Jean-Baptiste Gaudin. Ce religieux passa 10 ans à Oka. Rentré en France, il est revenu en terre canadienne en 1905 comme supérieur de Notre-Dame des Prairies, au Manitoba. Il y est décédé en 1910 et sa dépouille repose dans le petit cimetière de l'abbaye.

ÉPHÉMÉRIDES

1841 - Mgr Bourget passe quelques heures à la Trappe de Notre-Dame de Port-du-Salut (à Entrammes, en Mayenne) où il entame des pourparlers... À son retour au Canada, Mgr Bourget écrit deux lettres à Port-du-Salut... Mais les conditions posées par le P. Bernard étaient trop lourdes : 1000 acres de terre et un monastère avec toutes ses dépendances.

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26 décembre 1870 - Lettre de M. Baile, supérieur du Séminaire de Montréal qui cite Mgr Bourget : ... «je puis vous assurer que j'ai pour agréable le projet du Séminaire d'établir au Lac des Deux-Montagnes un monastère de la Trappe... je bénis de tout coeur ce nouvel établissement».

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