La vie cistercienne au CanadaPAR
LE P. ANDRÉ PICARD,
Entre-temps, soit en 1862, Petit Clairvaux accepte la fondation d'un monastère au Québec. Il est situé dans le comté de Dorchester, à Sainte-Justine, et on le nomme Notre-Dame de Saint-Esprit. Ce monastère connaît dix années de prospérité au prix d'un dur travail. Puis la fatigue, la maladie et des difficultés de toutes sortes finissent par décourager la communauté qui abandonne la fondation en 1872. Parmi les moines du Saint-Esprit, le Frère Jérôme Péloquin se retire à Melleray (France). Au moment de la reprise du mouvement anticlérical dans ce pays, Dom Eugène renvoie Père Péloquin préparer un refuge au Canada. Ce dernier choisit la petite localité de La Patrie dans les Cantons de l'Est. Comme aux premiers jours de Sainte-Justine, tout est à faire, construire la cabane, défricher, essoucher... avant de cultiver. Les deux moines envoyés pour l'aider se découragent et l'aventure se termine en 1882. Bellefontaine, un autre monastère français molesté par l'anticléricalisme du début des années 1880 songe aussi à un asile. Le projet est mis à exécution en 1881 à l'invitation des Sulpiciens et avec l'accord de Monseigneur Fabre, évêque de Montréal. Les Trappistes acceptent mille arpents déjà partiellement défrichés, sur la colline d'Oka... Grâce au zèle de M. Victor Rousselot, p.s.s., et à la générosité des Montréalais, la construction du premier monastère se termine à l'automne. Aussitôt, le monastère qui ne devait être qu'un abri temporaire, devient une véritable fondation: «le ruisseau qui devient un fleuve». On le baptise Notre-Dame du Lac. Le Canada connaît deux nouvelles fondations en 1892. D'abord Bellefontaine, qui est toujours à la recherche d'un refuge, accepte l'invitation de Monseigneur Ritchot, au Manitoba. Bientôt, la petite communauté devient un troisième foyer de vie monastique qui prend le nom de Notre-Dame des Prairies. Ensuite, les responsables de la colonisation autour du lac Saint-Jean s'adressent à Oka en 1889 dans le but de voir les Trappistes essaimer dans cette nouvelle région et soutenir les nouveaux colons par leur connaissance de l'agriculture. En 1892-1893, quelques fondateurs passent l'hiver à Mistassini. Un nouveau monastère est ainsi fondé: Notre-Dame de Mistassini. À la fin du siècle, il y a donc quatre monastères trappistes au Canada. Puis en 1900, les moines de Tracadie décident d'émigrer vers une région plus fertile en vocations et s'orientent vers les État-Unis; ils s'établissent dans le Rhode Island et baptisent leur communauté Notre-Dame-de-la-Vallée. En 1950, à la suite d'un incendie, tout est à rebâtir; ils s'installent alors à Spencer, au Massachusetts, dans un monastère qu'ils appellent Saint Joseph's Abbey. Le début du siècle marque en France une nouvelle vague d'intolérance pour la religion et surtout pour les communautés religieuses. Le Canada accueille alors quatre communautés cisterciennes à la recherche d'une terre plus clémente. Les Trappistines de Bonneval fondent en 1902 le monastère de Notre-Dame du Bon Conseil à Saint-Romuald. Après des débuts difficiles, elles s'adaptent au climat et deviennent bientôt autonomes. Les Trappistes de Bonnecombes, à la recherche d'un refuge, arrivent à Rogersville dans le diocèse de Moncton, où ils sont accueillis par Monseigneur Richard. Cette nouvelle fondation prend pour nom Notre-Dame du Calvaire. Deux ans plus tard, c'est toute la communauté des Moniales de Vaise, à Lyon, qui émigre à Rogersville. Le nouveau monastère, situé à quatre kilomètres à peine du monastère de Notre-Dame du Calvaire, est appelé Notre-Dame de l'Assomption. Les moines de Timadeuc (France) arrivent à Tracadie l'année suivante, soit en 1905, et redonnent vie au premier monastère canadien. En 1919 cependant, la guerre ayant rappelé les Français sous les drapeaux, le nombre des fondateurs est si réduit, les novices si peu nombreux et les besoins de Timadeuc si grands, que les fondateurs rentrent en France. Puis au début des années 1930, les moines de Lérins, de l'Ordre de Cîteaux, songent aussi à s'implanter au Canada. Leur projet se réalise en 1932 lorsqu'ils envoient quatre moines dont un novice canadien en vue d'y bâtir une fondation. Ils s'établissent d'abord à Saint-Jean- Baptiste de Rouville et cinq mois plus tard, à Rougemont. C'est l'Abbaye Notre-Dame de Nazareth. Ce n'est qu'en 1977 qu'une huitième fondation sera entreprise au pays. Cette fois, il s'agit d'ouvrir la vie cistercienne à la population anglophone du Canada. La fondation se fait en Ontario, d'abord à Georgetown, puis elle s'installe définitivement à Orangeville, en 1982: on la nomme Cistercian Monastery of Notre Dame.
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