|
Article précédent
|
||
Une nuit de paix et d'éternitéIls sont au Québec depuis maintenant 115 ans et nous les connaissons bien mal, les Cisterciens. Quand ils sont descendus à New-York le 7 avril 1881, Dom Jean-Marie Chouteau, Abbé de Notre-Dame de Bellefontaine, et le Père Jean-Baptiste Gaudin, religieux du même monastère, ne se doutaient guère qu'ils étaient sur le point d'établir sur les rives du lac des Deux-Montagnes une communauté qui serait encore là un siècle plus tard. Bien sûr, les moines sont peut-être aujourd'hui moins nombreux qu'ils ne l'étaient il y a une ou deux générations, mais la communauté reste toujours bien vivante. Venus s'installer à Oka sur un vaste domaine concédé par les Messieurs de Saint-Sulpice, alors qu'en France ils étaient en butte aux persécutions des armées républicaines, les Cisterciens ont réalisé dans la région de Deux-Montagnes et dans la province une oeuvre considérable qui mérite notre admiration la plus totale et la plus sincère. Nous avons trop souvent l'habitude de ne voir en ces hommes de Dieu, drapés dans leur blanc manteau de silence, que des êtres presque immatériels constamment préoccupés de la louange du Seigneur. Devant ces Hommes de Dieu qui ont su se faire Hommes de la Terre, nous ne pouvons nous empêcher de rappeler ces paroles prononcées par Paul VI, le 24 septembre 1964... «Messager de paix, artisan d'unité, maître de civilisation et avant tout, héraut de la religion du Christ et fondateur de la vie monastique en Occident, saint Benoît a apporté, avec ses fils, le progrès chrétien (...) par la croix, le livre et la charrue». Partagés entre la prière et le travail, ils vivent de toute éternité au rythme de la Création. C'est ce qui leur permet chaque jour de découvrir la présence de Dieu au coeur de toute réalité. Comme le soulignait si justement Paul VI, ces moines oeuvrent depuis plus d'un siècle au milieu de nous par la croix, le livre et la charrue, c'est-à-dire par la prière, le travail et l'exemple. Depuis plus d'un siècle, tout en ne négligeant pas leur vocation première, ils ont participé intimement, avec compétence et générosité, à la mise en valeur du Québec. Notre société leur doit beaucoup, notamment dans le domaine de la recherche et de l'enseignement des sciences agricoles et de l'élevage. Les moines d'Oka ont été à leur façon de véritables défricheurs, un peu comme le furent, dans l'Europe occidentale, au Moyen Âge, tous ces moines dispersés dans quelques milliers d'abbayes. Après avoir été mêlée de très près au développement de l'agriculture au Québec, l'abbaye cistercienne de Notre-Dame du Lac, à Oka, est revenue depuis plus de 30 ans à sa vocation essentielle. Lieu d'accueil et d'hospitalité, elle est toujours un espace de silence et de paix. Mais elle est aussi un témoignage annonciateur. Elle annonce et elle provoque même un retour aux sources et aux valeurs spirituelles qui pourraient nous permettre de mieux savoir qui nous sommes et où nous allons. Ce qui est dit de la Trappe d'Oka peut l'être aussi en bonne partie de Notre-Dame de Mistassini, au Lac-Saint-Jean. Les Cisterciens d'Oka et de Mistassini sont toujours des messagers de paix, des artisans d'unité et des maîtres de civilisation. À Notre-Dame du Lac, Isidore, Wilfrid, Léopold, Athanase, Louis-Marie, Liguori, Léonard, Honoré, Hilaire, Donat, Odilon, et tous les autres nous ont appris que la vie n'a de sens que dans la mesure où elle s'appuie sur l'Amour et le Partage. Quand, chaque soir, après les Complies, le Père Abbé demande au Seigneur d'accorder à ses moines une nuit de paix et d'éternité, je me dis que cette paix doit bien profiter aussi à tous ceux qui vivent et partagent avec eux le même idéal, dans une même foi et un même espoir. Les Cisterciens appartiennent à la fois au passé et au présent. Mais peut-être nous indiquent-ils aussi les chemins de l'avenir.
Gilles
Boileau
Directeur de rédaction |