Les Révérends Pères trappistes à OkaPAR
URGEL LAFONTAINE, P.S.S. Leur origine et leurs uvresAu cours de l'année 1872, Monsieur Rousselot, p.s.s., alors curé de Notre-Dame, avait négocié avec le Rév. P. Abbé de Bellefontaine, Dom Jean-Marie Chouteau. L'abbaye de Bellefontaine se trouvait dans l'Anjou et M. Rousselot était un Angevin. Ce dernier songeait à introduire les PP. Trappistes en Canada. À cette fin, il s'était adressé à l'Abbé de Bellefontaine. Monsieur Rousselot, pour faciliter l'établissement d'un monastère de Trappistes, en Québec, avait fait entrer, dans ses vues, les autorités du Séminaire St-Sulpice de Montréal. Il avait amené ses supérieurs à offrir aux Trappistes une vaste propriété à Oka. Le Séminaire de Montréal détachait de son domaine d'Oka environ 1 000 acres de terre et en donnait la jouissance aux fils de saint Bernard, aussi longtemps que ces terrains ne changeraient pas de destination. En 1881, Dom Jean-Marie Chouteau envoyait à Oka ses premiers religieux qui habitèrent d'abord la maison du meunier. Les terrains concédés aux Trappistes par le Séminaire étaient occupés par des fermiers et des propriétaires. Ces terrains avaient été en partie défrichés et épierrés, pourvus de maisons et de granges. Le Séminaire plaçait ailleurs ses fermiers et dédommageaient les propriétaires, entre autres M. Élie St-Denis, en payant les travaux déjà faits par ces derniers, payant leurs maisons et leur granges, et leur vendant d'autres terres. Va sans dire que les PP. Trappistes ont donné une plus value très considérable aux propriétés qu'ils recevaient du Séminaire en 1881. Sans parler des constructions qu'ils y ont faites: monastère, granges, beurrerie, fromagerie, étables. écuries, poulaillers, porcherie, etc. Quarante années durant peut-être, ils ont travaillé à épierrer, à drainer, à fumer et à remuer en tous sens leur belle propriété (qui est accidentée et presque encerclée par des montagnes ou des collines). Les PP. Trappistes ont fait de leur propriété de Notre Dame du Lac la plus belle et la plus riche de tout l'Ordre. Les bons Trappistes ne pouvaient pas habiter longtemps la maison qui les avait d'abord accueillis. Ils s'y trouvaient par trop à l'étroit. Quelques années après leur arrivée, ils construisaient leur premier monastère sur le penchant de la petite colline qui sépare l'Institut agricole de leur monastère actuel. Ils construisaient en bois ce premier monastère qui se trouvait sur une éminence et dominait le lac des Deux-Montagnes et tous ses environs. Mais ce monastère était devenu trop étroit pour les religieux qui arrivaient d'année en année. Ce premier couvent avait l'inconvénient d’être éloigné de 4 à 8 arpents des étables et des écuries, des granges et de la porcherie, et d'être séparé par un ravin (ruisseau de la Baie) des centres, pour ainsi dire, d'activité des bons religieux.
L'Institut agricole (1908)Vers 1890-91, les Rév. PP. Trappistes se construisaient un monastère plus solide et plus vaste, à côté de leurs granges et étables, à quelques pas de leur beurrerie et de leur fromagerie, mais ce monastère ils le bâtissaient dans un vallon, sur le bord du ruisseau, à quelques pas du vieux moulin, et pour cette raison il devait être quelque peu humide. Le premier monastère devenait l'École d'agriculture des PP. Trappistes vers 1892. L'École d'agriculture fut reconnue officiellement le 8 mars 1893 alors que l'Hon. Louis Beaubien, promoteur du projet, offrait à Dom Antoine une allocation annuelle. Cette école commençait avec quelques élèves, sous le patronage et la haute direction des Pères, avec M. Boron comme directeur immédiat et M. Piton comme chapelain des élèves. En 1914, on construisait une première annexe en briques rouges, que les PP. Trappistes faisaient eux-mêmes. C'est une construction imposante, 4 étages, d'environ 100 ou 110 pieds par 50 ou 55 pieds, qui repose sur le roc et qui domine tous les environs du Lac. Les Pères, avec le concours de leurs élèves, ont fait des travaux d'excavation et de terrassement assez considérables, pour terrain de jeux et promenades, etc. L'École d'agriculture d'Oka s'est donc développée graduellement et est devenue un institut agrégé à l'Université de Montréal. C'est en 1908 que l'École d'agriculture d'Oka fut affiliée à l'Université Laval (Montréal) et prit le titre d'Institut agricole d'Oka (I.A.O.). On y donne un cours supérieur scientifique, pour former des agronomes, des professeurs, des conférenciers. Parmi ceux qui suivent ce cours, bon nombre ont fait des "classique" et ont même étudié la philosophie. On donne aussi à l'École d'agriculture un cours moyen, un cours pratique, plus accessible aux jeunes gens; on forme aussi des agriculteurs, des jardiniers, des éleveurs et des arboriculteurs, etc. On leur donne des notions parfaitement pratiques et utilisables. Les subsides et les bourses du Gouvernement n'auraient pas suffi au maintien et au développement du magnifique Institut et n'y suffisent pas encore. Les Rév. Pères l'ont soutenu et développé de leurs deniers. Ils ont voulu en faire leur oeuvre. Ils y ont appliqué leurs sujets les plus capables pour la direction de l'École et pour l'enseignement de certaines matières. C'est ainsi. Ils ont consacré à cette oeuvre les PP. Édouard, Jean de la Croix, Léopold, sans parler des autres religieux. Les élèves de l'École agricole ont sans doute rendu et rendent encore des services appréciables à la communauté par leur travail, mais ces services les religieux les ont amplement payés et les paient encore sous maintes formes. L'Institut agricole d'Oka c'est avant tout l'oeuvre des PP. Trappistes et c'est leur propriété. Les fils de saint Bernard ont déjà rendu et rendent encore de grands services au pays en formant avec le concours de leurs excellents professeurs laïques des agronomes compétents, des professeurs distingués, des conférenciers éclairés et intéressants, des agriculteurs intelligents, des spécialistes dans les diverses branches de l'agriculture. Les fils de saint Bernard continueront de rendre de grands services au pays tout entier. Ils ont donné une grande poussée à l'agriculture et non seulement dans la région environnante mais encore dans la Province. Des élèves, en effet, leur sont venus de tous les coins de la province; et que dire du nombre de leurs visiteurs distingués: ministres d'Agriculture, congressistes, Premiers ministres, missionnaires agricoles. Ces visiteurs prenaient des idées au contact des Trappistes et à la vue de leurs champs si bien cultivés, de leurs denrées si belles et si riches, et si abondantes, de leurs vergers si bien tenus, etc. Fondation de Notre-Dame du LacMonsieur Rousselot, alors curé, revoyait son pays d'origine, l'Anjou (France) et négociait avec l'Abbé de Bellefontaine, Dom Chouteau, aux fins de faire venir les fils de saint Bernard au Canada. L'abbaye de Bellefontaine avait été fondée vers 1816, par Dom Guillet, l'un des vingt-quatre moines qui avaient suivi en Suisse Dom Augustin en 1791. Ce dernier avait dû fuir en Suisse avec 24 de ses moines, chassé par la Révolution française. Au
moment où M. Rousselot commençait à négocier
avec Dom Chouteau, ce dernier n'avait que six religieux sous sa direction.
«Et comment vous pourrais-je envoyer de mes sujets en Canada,
je n'ai que six religieux tant prêtres que frères? Et quand
il y a grand'messe, je me vois assez souvent obligé de servir
diacre ou sous-diacre».
C'est ce que Dom Chouteau lui-même qui rappelait, hier, le 22 mars 1926, à tous les Trappistes réunis les origines de l'abbaye de Notre-Dame du Lac des Deux-Montagnes. Pendant une bonne demi-heure, l'abbé de Bellefontaine a entretenu la communauté. Dom Chouteau visite actuellement la Trappe d'Oka. Il a 85 ans, et il est abbé du monastère de Bellefontaine, diocèse d'Angers, depuis 60 ans. Il n'avait donc que 25 ans quand, en 1866, il recevait la bénédiction abbatiale. C'est une belle figure de moine, une figure pleine de noble simplicité, d'une bonté calme et virile, une figure animée par un oeil vif et profond. C'est un homme d'assez haute stature et d'une belle carrure. C'est en 1881, 65 ans après sa fondation, que l'abbaye de Bellefontaine envoyait une petite colonie de moines prendre possession d'un vaste terrain mis généreusement à leur disposition par les Messieurs du Séminaire de St-Sulpice. En 1881, Bellefontaine essaimait à Oka. Et en 1892, l'abbaye de Notre-Dame du lac des Deux-Montagnes pouvait déjà essaimer et jeter les fondements du monastère de Notre-Dame de Mistassini, au Lac St-Jean, maison aujourd'hui en bonne voie de prospérité. L'essaim de 1881 a maintenant dépassé la ruche mère de Bellefontaine. Hier, 22 mars 1926, après 45 années de fondation, la Trappe d'Oka comptait 44 prêtres vivants et 60 religieux frères au moins. Les fondateurs de la Trappe d'Oka furent les PP. Jean-Baptiste... et le frère Antoine. Dom Jean-Marie Chouteau était venu présider l'élection du Père Antoine Oger, comme Prieur de la Trappe d'Oka en 1891, et ensuite comme Abbé en 1892. Dix ans après l'arrivée des PP. Trappistes à Oka, le nouveau monastère était érigé canoniquement en prieuré (28 août 1891) et le 28 mars 1892, en abbaye, et le prieur, Dom Antoine Oger, devenait le premier Abbé. Dom Antoine avait pris pour devise: «In Sudore et Patientia». Ceux qui l'ont connu savent que, durant les 27 années de son gouvernement (1886-1913), il la réalisa à la lettre. Aux sueurs d'un labeur incessant, vinrent se joindre les épreuves, en particulier l'incendie du monastère en juillet 1902, et les souffrances physiques qui finirent par le faire tomber le 1er août 1913. Incendie et reconstruction du monastère de pierreDom Antoine Oger fut très affecté de l'incendie du premier monastère de pierre et de la belle chapelle. Il ne se laissa pas abattre. Il fit appel à la charité publique pour la reconstruction du monastère. Les Pères Bernard et Marie, entre autres, firent des collectes en Canada et aux Etats-Unis. Ils recueillirent d'abondantes aumônes et on se mit l'oeuvre. On commença par bâtir, en bois, un monastère provisoire. La plupart des religieux habitaient ce monastère, les autres logèrent, en attendant, dans le premier couvent converti en École d'agriculture. Le premier monastère, construit en pierre, s'écroula complètement sous l'action du feu. Si j'ai bonne mémoire, les caves, du moins certaines caves, restèrent à peu près intactes. La chapelle avait été construite avec les deniers d'un grand ami des Trappistes, M. René Rousseau, p.s.s., alors curé à Saint-Jacques (Montréal). Ce dernier avait donné au moins $ 28 000 pour la construction de cette chapelle. Les murs de la chapelle cédèrent complètement. On reconstruisait le monastère et la chapelle, à la journée, et avec grand soin: on faisait de bien meilleurs murs que les premiers. Deux ou trois religieux, experts dans les travaux de maçonnerie, contrôlèrent la pose de toutes le pierres tant soit peu importantes. Ce deuxième monastère de pierre était bien mieux construit que le premier: on y avait employé moins de bois; on y avait remplacé les colombages et les lattes de bois par la terra cotta, les séparations de bois par des briques; on avait supprimé les plafonds, les poutres étaient dénudées, etc. Le monastère neuf offrait beaucoup moins de chances de feu, mais il n'était pas à l'épreuve du feu. Je demandais un jour à plusieurs religieux s'ils étaient contents de leur maison neuve. «Nous le sommes à moitié. On y a encore employé assez de bois pour passer au feu. Nous aurions mieux aimé prendre notre temps et reconstruire à l'épreuve du feu». Ils avaient certes bien raison. L'avenir devait le montrer. Ils auraient mieux aimé reconstruire ce monastère ailleurs, à un endroit plus élevé, sur le terrain occupé présentement par les nouveaux poulaillers. Et Dom Chouteau était de cet avis. Ce site étant plus élevé, le monastère aurait été moins humide. Mais d'un autre côté, les moines se seraient éloignés des granges, des étables et des écuries, etc. En outre, les caves étaient restées à peu près intactes. Dom Antoine Oger mourait le 1er août 1913. Le 23 octobre de la même année, la communauté élisait pour son successeur le R.P. Dom Pacôme Gaboury. Élection de Dom Pacôme Gaboury comme Abbé et Bénédiction abbatiale de Dom Pacôme
il
jouissait visiblement des choses belles et vraies qui étaient
dites. Après la cérémonie vraiment touchante de
la bénédiction du nouvel Abbé, après la
messe, Dom Jean-Marie Chouteau se plaisait à dire aux prêtres
qui l'entouraient que Dom Pacôme Gaboury était vraiment
l'élu de toute la communauté; qu'il avait donné
vingt preuves et plus de savoir faire et d'initiative, de sagesse et
de prudence, de bonté et de fermeté dans l'organisation
de la Trappe de Mistassini; qu'il s'y était montré un
vrai fils de Saint Bernard.
À l'issue de l'office, les RR. PP. Trappistes donnaient un magnifique banquet à tous les assistants. Ce diner avait été parfaitement organisé. On ne pourrait pas dire que ces bons religieux sont exposés à abuser de pareils repas. Je crois même qu'ils n'en goûtèrent rien. À l'issue de ce banquet, l'Abbé de Bellefontaine parla le premier. Son élu, Dom Pacôme, lui répondait avec autant de finesse que de tact, avec un mélange d'émotion visible mais contenue, de reconnaissance non équivoque et d'affection sincère. Dom Pacôme faisait nommer Prieur un vieil ami et un co-paroissien de St-Césaire, le Père Marie. Ce dernier est lui aussi universellement estimé et aimé de la communauté. Dom Pacôme et le Père Marie Beauregard se comprennent magnifiquement. Quand le Père Abbé est obligé de s'absenter, ce qu'il fait le moins possible, il n'est pas inquiet de sa famille; il se repose en toute confiance et sécurité sur le Père Prieur. Incendies et reconstructionQuatre ans à peine après son élection, deux incendies successifs venaient réduire en cendres, le 20 mai 1916, les étables, les écuries et les granges de l'abbaye, et le 25 décembre suivant, le monastère lui-même, le cloître, l'église, et l'hôtellerie. Tout était à recommencer, et dans des circonstances particulièrement difficiles, à cause du coût élevé des matériaux et de l'augmentation des salaires causés par la guerre. Cependant après trois ans d'un labeur incessant et d'un dévouement inlassable de la part de ses religieux, sur lequel le R. P. Abbé pouvait et devait compter, le monastère, les granges, les étables et les écuries étaient relevés de leurs ruines et reconstruits, en grande partie à l'épreuve du feu. Les PP. Trappistes se hâtèrent de reconstruire granges, étables et écuries, que le feu avaient détruites les premières, le 20 mai 1916. Les étables et les écuries avaient été bâties en pierre et en ciment; elles résistèrent au feu dans une bonne mesure, mais on ne put sauver les chevaux quand les granges qui leur étaient superposées, elles, furent complètement consumées. Au cours de l'été 1916, on commençait par faire en béton armé le plancher supérieur; ensuite on asseyait sur les vieux murs et sur ce plancher de béton la nouvelle grange. C'est une construction imposante et moderne. Avant de reconstruire le monastère actuel, avant de toucher aux murs qui étaient restés debout, on a voulu les faire tester. On manda des experts consciencieux pour les faire examiner. Ces experts furent unanimes à trouver que ces murs étaient non seulement bons, mais qu'il serait bien difficile d'en faire d'aussi solides. Ce jugement des experts réjouissait fort Dom Pacôme, le Père Prieur et les autres. Ce devait être pour la communauté une économie d'au moins $ 100 000. Et c'était raison plus que suffisante de rebâtir à la même place. Reconstruction du deuxième monastère de pierre (1917-1918)
Malgré
le coût élevé des matériaux et de la main-d'oeuvre,
on se demande comment le Rév. Père Abbé a pu reconstruire
le monastère, sans obérer plus qu'il n'a fait, la communauté:
ça été un vrai tour de force.
Il faut croire que ces bons PP. Trappistes ne se trouvaient pas à la gêne, après la construction du nouveau monastère puisque, en 1922, ils bâtissaient de magnifiques et vastes étables, en pierre et en béton, avec les accommodations les plus modernes. Il faut croire que cette reconstruction ne les avait pas trop fatigués au point de vue financier, puisque en 1924, ils construisaient la magnifique annexe de l'Institut agricole, à l'épreuve du feu. En supposant que le Gouvernement de Québec leur ait accordé de grosses allocations, les PP. Trappistes y ont certainement mis de l'argent; ils y ont mis une partie considérable de leur temps. Et cette année dernière, 1925, ils bâtissaient, avec leurs deniers, une vaste et belle porcherie. Les PP. Trappistes: bienfaiteurs d'OkaLes RR. PP. Trappistes, laissés à eux-mêmes, n'auraient pas été capables de bâtir quatre monastères en moins de 40 ans. Ils n'avaient pas que cela à faire: ils avaient à défricher, à épierrer et à cultiver leurs propriétés pour en tirer leur subsistance, sans parler du temps qu'ils devaient consacrer à la prière et à la récitation de l'office divin. Les Trappistes n'auraient pas pu bâtir et rebâtir leurs granges et leurs dépendances, et leur beurrerie et leur fromagerie sans le concours de nombreux employés laïques: maçons, menuisiers, manoeuvres. Ils n'auraient pu cultiver leurs propriétés sans employer des hommes... Les Trappistes ont employé, depuis 40 ans, un bon nombre d'ouvriers et de travailleurs et ont aidé ces derniers à faire leur vie à Oka. Ils ont été des bienfaiteurs insignes. Ils ont secondé le Séminaire dans le développement matériel de la paroisse d'Oka. Oui, les RR. PP. Trappistes ont été un facteur puissant d'une certaine prospérité et d'un certain développement à Oka. Les Trappistes ont été et sont encore pour Oka ce qu'ils ont été et sont pour les localités où ils se sont établis en Amérique ou en Europe: de puissants agents de prospérité et de civilisation chrétienne. Ne sont-ce pas les moines d'Occident, et notamment les Bénédictins, les Cisterciens et les Trappistes qui, comme le prouve très bien le comte de Montalembert dans ses Moines d'Occident qui ont défriché, civilisé et christianisé l'Europe. Ces religieux ont couvert l'Europe entière de monastères qui furent autant de foyers de civilisation et de centres agricoles. * * * * L'Abbé de Bellefontaine avait raison d'être fier de ses fils transplantés sur la terre d'Amérique.Avant de conclure (...) je reproduirai un article de la Minerve de Montréal, annonçant leur prochaine venue en Canada, dont voici la teneur: «Une maison de Trappistes serait un double bienfait pour nous, d'abord à cause des bénédictions qu'une société de religieux aussi méritante attire toujours sur un pays, ensuite au vu des excellents fruits que la présence et les exemples de ces travailleurs modèles, qui font de l'agriculture leur oeuvre particulière"..."Les établissements des Trappistes en France sont de véritables fermes modèles où toutes les ressources du sol sont utilisées avec une perfection merveilleuse. Qui empêcherait ici ces religieux de prendre des élèves auxquels ils enseigneraient la science agricole? Plus tard, l'État lui-même trouverait son profit à leur confier le soin d'un enseignement régulier». Ce voeu de la Minerve a été réalisé et même dépassé. L'École d'agriculture, ouverte et dirigée par les Rév. PP. Trappistes, était, dès le 8 mars 1908, reconnue officiellement alors que l'Honorable Louis Beaubien, promoteur du projet, offrait à Dom Antoine, Abbé de Notre-Dame du Lac, une allocation annuelle pour continuer l'oeuvre commencée, la développer et la parfaire. Ce travail pénible dura une quinzaine d'années. Les résultats, néanmoins, furent tels qu'en 1907, répondant au voeu et au désir du ministre de l'Agriculture de Québec, des autorités religieuses, du Conseil de l'Instruction publique et des missionnaires agricoles. Les RR. PP. Trappistes se prêtaient à la réorganisation plus parfaite d'une oeuvre d'un aussi grand intérêt national. L'École affiliée à l'Université Laval (Montréal) prit en 1908 le titre d'Institut Agricole d'Oka. Les Trappistes, par leurs exemples et par leurs enseignements, ont formé des agriculteurs éclairés et intelligents, ils ont formé des agronomes et des professeurs. De plus, ils ont rendu et rendent encore des services très appréciables par leur hôtellerie, où ils reçoivent, logent et hébergent libéralement leurs hôtes, c'est-à-dire les prêtres, les religieux et les pieux laïcs qui viennent s'y recueillir et se reposer dans le calme et la tranquillité, loin du bruit du monde. Les Trappistes d'Oka, volontiers, rendent service aux curés des paroisses environnantes, en entendant les confessions, chantant la messe et en prêchant et cela surtout à l'occasion des grandes fêtes de l'année: Noël, Pâques, la Pentecôte, la Toussaint. Principaux produits de leur fermeSi nos Cisterciens sont de bons auxiliaires pour les curés de la région, ils ont rendu et rendent encore à leurs paroissiens de grands services par leur fromagerie et leur beurrerie. Ils ont rendu et rendent service en achetant le lait pour faire leur fromage «Port du Salut». C'est le frère Alphonse qui apporta de France le secret de ce fromage bien connu et goûté d'un grand nombre. Le fromage, voilà pour nos Trappistes, la principale source de revenus: c'est leur gagne pain. C'est surtout avec les revenus de leur fromage qu'ils ont pu bâtir monastères sur monastères, qu'ils ont pu rebâtir leurs granges et leurs étables, etc. C'est avec leur fromage que les Trappistes ont été capables d'ouvrir, de maintenir et de développer, d'abord l'École d'agriculture, ensuite l'Institut agricole. Dans ces dernières années, un employé leur a volé leur secret et a voulu fabriquer du fromage en tout semblable au leur mais cet employé jusqu'ici a échoué dans sa tentative. Il a perdu beaucoup d'argent et en a fait perdre davantage aux autres. On doute fort que ce fabriquant ne réussisse. Cependant il a fait du tort au fromage des Trappistes et l'a déprécié pour un moment, en mettant sur le marché un fromage de qualité inférieure et portant la même étiquette ou à peu près. Les Trappistes ont toujours fait un excellent beurre, surtout avec le lait de leurs vaches. Ils ont toujours eu un beau troupeau de vaches laitières; mais avec les années ils l'ont amélioré au point de vue rendement «rapport» et ils ont fait une belle installation pour loger leurs vaches laitières et une installation propre, parfaitement disposée et éclairée, à l'épreuve du feu. L'été dernier, 1925, ils ont refait complètement la porcherie. Ils l'ont refaite vaste, solide et hygiénique. Les religieux, on le sait, ne font pas, ou presque pas, usage de viande mais les élèves, eux, et leurs employés en font un usage de chaque jour. C'est donc en vue des élèves de l'Institut et des employés que les Trappistes ont rebâti leur intéressante porcherie. Ils vendent aussi beaucoup de porcs. Nos Cisterciens ont toujours fait l'élevage des poulets. Un de leurs religieux, le frère Wilfrid, a même, grâce à certains croisements, trouvé la poule Chanteclair qui, dit-on, est plus résistable au froid, parce qu'elle n'a pas de crête, vu que c'est surtout par la crête que la poule est sensible au froid. Il a fallu au frère Wilfrid un travail de 12 ans pour arriver à la poule Chanteclair qui se répand de plus en plus, jusqu'en Europe. Il a éliminé les défauts de diverses races et a tâché de grouper leurs qualités. Et dans ces deux dernières années, on a construit, à la demande du gouvernement, d'immenses poulaillers, capables d'abriter des milliers et des milliers de poules et de poulets, et munies de grandes couveuses artificielles. Les Trappistes ont beaucoup fait aussi pour promouvoir et encourager la culture de la pomme. Là aussi ils ont donné l'exemple. Avec le concours actif et intelligent de M. Gabriel Reynaud, de Paris, et sous sa direction, les Rév. Pères se sont fait une magnifique pépinière ainsi que des vergers vastes et productifs. Malheureusement les froids extrêmes et prolongés de 1918 ont fait mourir plusieurs centaines de pommiers et de vieux vergers sont disparus. Il y a peu de temps, le P. Léopold succédait à M. Gabriel Reynaud, devenu malade, comme pépiniériste et pomiculteur. Ce bon P. Léopold est devenu un maître dans la pomiculture ou plutôt dans la pomologie. C'est un conférencier pomologiste distingué tant en anglais qu'en français. La paroisse de St-Joseph-du-Lac, prenant pour modèles les Trappistes, se mit à cultiver la pomme: et depuis de longues années, on y voyait de grands et beaux vergers qui contribuaient à mettre l'aisance et même une certaine richesse dans la localité, lorsque les froids de 1918 tarissaient en grande partie cette source de revenus. On a prétendu que c'était une perte d'au moins un million de dollars. Ceci est parfaitement croyable si l'on tient compte de la récolte de 1919 et des 6 années suivantes, soit le temps qu'il a fallu pour reconstituer les vergers détruits. Les Trappistes, les propriétaires des vergers de St-Joseph-du-Lac et d'Oka ont travaillé à réparer les dommages causés par le froid, encouragés qu'ils étaient par les gains déjà réalisés et par les gros marchands de pommes de Montréal qui leur disaient que les pommes d'Oka et de St-Joseph étaient réputées les meilleures de toutes, et cela à cause de la qualité du sol. On peut dire que les Trappistes d'Oka ont été et sont encore des hommes de progrès et de puissants agents de progrès de tous genres, dans toute la région environnante, pour ne pas dire dans tout le Québec. Ils démontrent, d'une façon lumineuse, que la piété ne nuit pas au progrès matériel, que le travail vraiment chrétien est une source féconde de bénédictions temporelles et un puissant facteur de succès. Ils démontrent cette vérité qui est loin d'être toujours comprise, que l'on peut travailler sans se plaindre de la divine Providence, sans jurer et sans blasphémer; que la patience chrétienne, soutenue par la prière, féconde les sueurs et sanctifie les labeurs et les rend méritoires du Ciel. En outre, nos Cisterciens démontrent à l'évidence, que non seulement la pratique des commandements et des préceptes de l'Église est possible, mais encore que la pratique des conseils évangéliques est un fardeau léger, un joug doux, puisqu'ils observent ces conseils dans ce qu'ils ont, en apparence, de plus rude et de plus humiliant. En 1908 (?), les Trappistes agrandissaient leur domaine, en faisant l'acquisition de 300 à 400 acres de terre dans la Baie. Ce n'est pas un sol fertile et il est souvent, en bonne partie, inondé par le lac. Un agriculteur ordinaire y trouverait difficilement sa vie. Mais pour les moines, ces terrains valent quelque chose. Ils s'en servent pour le pâturage, ils y prennent du bois de chauffage et un peu de bois de construction; ils prennent du foin. Le Séminaire ne leur a pas cependant vendu la grève. Il s'est réservé la grève sur tout le front, ou sur la largeur de la propriété sur un arpent de hauteur à partir de l'eau bâtarde comme s'expriment les hommes de loi, c'est-à-dire à partir du niveau de l'eau au milieu de l'été, ou à peu près.
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