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LES POMMIERS


Source : Oka, ouvriers de la parole - 1881-1981, p. 75
 

Le début des années 1980 fut mauvais pour les vergers de la vallée du Saint-Laurent, ceux de la région des Deux-Montagnes entre autres. Habituellement cette région occupe l'un des premiers rangs au Québec pour ce délicieux fruit. Il n'y a qu'à se balader sur les chemins d'Oka et de Saint-Joseph-du-Lac, par un beau dimanche d'automne, pour s'en convaincre. Eh bien, c'est en partie aux Pères trappistes et à leur école d'agriculture que l'on doit cette culture.

L'inventaire de la ferme des moines, en 1893, révélait que 248 acres de terre étaient en culture, 258 en bois et 464 en préparation. Il y avait surtout 30 acres «en potager et en pépinière». Au cours des 25 années qui ont suivi la fondation de la Trappe d'Oka et la création de l'École d'agriculture, on a mis en terre d'innombrables variétés de pommiers d'espèces diverses et provenant de plusieurs pays étrangers. Vergers et pépinières formaient le fondement de la ferme-modèle des moines qui avait le rang de «station expérimentale». Il y avait, dans les vergers des pères, des pommiers d'été, d'hiver, d'automne et des variétés à cidre.

C'est au professeur Gabriel Reynaud que l'on doit l'essor de la pomiculture sur la ferme des trappistes et partant dans la région. Il avait été instruit des principes de la pomiculture par M. Alphonse Guay, pomiculteur de Rougemont. Le professeur Reynaud, originaire du nord de la France, fut l'un des pionniers de la nouvelle école d'agriculture. Mais son premier maître avait été un trappiste du monastère de Tracadie, en Nouvelle-Écosse. Gabriel Reynaud reçut en 1897 la responsabilité de la section «pomiculture» de la ferme des trappistes. Déjà à ce moment, la pépinière et les jeunes plants couvraient plus de 30 acres de terrain. Il n'y avait que 2 500 arbres fruitiers dans les vergers mais plus de 150 000 arbrisseaux dans la pépinière.

Le gouvernement avait demandé aux moines de distribuer les greffes dans la plupart des régions de la province. Ainsi plus de 100 000 avaient déjà été répartis dont un bon nombre aux abords immédiats du monastère et dans les paroisses voisines. Quelques années plus tard, soit en 1902, les vergers avaient fait d'immenses progrès: ils s'étendaient alors sur 60 acres et comptaient au moins une centaine de variétés de pommiers et quelques-unes de poiriers. En 1904, le nombre d'espèces en expérimentation a atteint le total impressionnant de 150.

Les moines de l'abbaye cistercienne de Notre-Dame du Lac ont toujours été fidèles à leur vocation et à leur réputation de moines agriculteurs. Pour les citoyens des Deux-Montagnes, c'est le paysage agraire qui en constitue la meilleure preuve. Toutes ces collines tapissées de vergers sont en réalité le résultat de leurs recherches et de leur travail. Et ce n'est là qu'une infime partie de ce qu'on leur doit. Ils ont été également des pionniers dans l'élevage des grands troupeaux laitiers et dans le domaine de la recherche animale.

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