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PAR LA CROIX, LE LIVRE ET LA CHARRUE

Humble moine et grand savant ...
le Père Louis-Marie Lalonde

PAR DOM FIDÈLE SAUVAGEAU
ABBÉ DE NOTRE-DAME DU LAC (1964-1990)

Nous ne dirons jamais assez tout ce que le Québec doit à ces merveilleux ouvriers de la Parole que sont les moines cisterciens d'Oka. Eux qui furent et qui sont également des hommes de prières ont été pendant longtemps des hommes de sciences, de recherches et d'enseignement. Ils se sont exprimés par l'École d'agriculture, l'Institut agricole d'Oka et en partie par l'École de médecine vétérinaire.

Qui aurait oublié qu'ils sont venus s'établir dans la seigneurie du Lac des Deux-Montagnes, avec l'aide des Sulpiciens et du gouvernement provincial d'alors, à la condition de créer une ferme modèle et de se consacrer à la formation pratique des jeunes agriculteurs de la région et de la province? Ces moines agriculteurs ont bien défriché et labouré la terre mais ils ont surtout semé dans les cœurs par l'exemple et la parole. Il faut surtout se souvenir qu'ils ont formé des dizaines et des dizaines de générations d'agronomes et de pédagogues.

Nous devons beaucoup à ces moines qui avaient nom Isidore, Wilfrid, Léopold, Louis-Marie... et à beaucoup d'autres dont il serait juste de parler. Il est impossible dans ces pages de rendre à tous ces religieux l'hommage auquel ils auraient droit. C'est pour cette raison que nous reproduisons dans les paragraphes qui suivent le texte de l'homélie prononcée par Dom Fidèle Sauvageau lors des funérailles de ce grand savant que fut le Père Louis-Marie Lalonde, décédé le 3 novembre 1978.

G.B.  



Le père Louis-Marie Lalonde
Source : Archives Abbaye cistercienne Notre-Dame du Lac, L300 PD125
 

Mes frères... Si nous sommes venus ici poussés par les exigences de l'amitié, si nous sommes venus envelopper de notre prière celui qui fut et reste notre maître, notre ami et notre frère, nous sommes venus également pour essayer de comprendre le sens de la vie, pour entendre au moment solennel de son entrée dans l'au-delà, le message qu'il veut bien prononcer ou que Dieu prononce à travers ses gestes et ce que nous savons de sa vie.

Quelle fut l'inspiration de cet homme chez qui, a-t-on dit, la vocation monastique a contribué à l'éclosion d'une deuxième vocation, celle de chercheur et d'éminent professeur en sciences naturelles, et qui réalisa en lui-même la synthèse de l'Universitaire et du Moine? Esprit pénétrant et chercheur infatigable, le Père Louis-Marie se pencha tôt sur la nature dont il explora la richesse et la beauté.

Il obtînt en 1925 une Maîtrise en Sciences naturelles et en 1928 il revenait de l'Université d'Harvard avec son Doctorat en Biologie. C'était la première fois qu'un Canadien français et qu'un prêtre catholique recevait un tel diplôme à cette université.

Entre des stages d'étude et de professorat, le Père Louis-Marie fit de nombreux voyages d'herborisation au Québec et ailleurs au Canada, aux États-Unis ainsi qu'en Europe.

Les services qu'il a rendus aux sciences naturelles et à l'agriculture sont inestimables. L'Université Laval lui doit le célèbre herbier Père Louis-Marie, comprenant plus de 100 000 spécimens et considéré comme le quatrième en importance au Canada.

Il a présenté aux congrès de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences de très nombreuses communications et il a à son crédit plusieurs publications: «La Revue d'Oka», dont il est le fondateur, «Le Botaniste amateur», «La Flore-Manuel», «Hérédité», «Problèmes de Biologie végétale», et d'autres encore.

L'œuvre la plus importante du Père Louis-Marie reste l'enseignement. Quarante générations d'étudiants ont bénéficié de ses connaissances dans les domaines de la Botanique et de la Génétique. Il était encore professeur titulaire et directeur du Département de Biologie en 1962, quand l'Institut agricole d'Oka cessa ses activités.

En reconnaissance pour les services rendus et en guise d'appréciation de son œuvre scientifique, l'Université Laval lui octroyait en 1962 un Doctorat Honoris Causa et en 1966, la Corporation des Agronomes de la Province de Québec le faisait Commandeur de l'Ordre du Mérite agricole.

Ces diplômes, ces performances dans le domaine scientifique s'expliquent par l'inspiration de toute une vie, par un véritable bouillonnement intérieur qu'il faudrait apprécier et admirer.

Il est hors de tout doute que l'obéissance à son supérieur, Dom Pacôme Gaboury, qui avait décelé et mis à contribution ses talents exceptionnels, est à la source de son extraordinaire activité. Mais il me semble également incontestable qu'une fois lancé en pleine recherche dans la nature, son intérêt pour les choses de la vie et bientôt sa passion pour les êtres, les merveilles de la nature, son amour des hommes ont déclenché en lui, comme un torrent impétueux d'admiration, de recherches et de communications.

M. Albert Desrosiers, lors de la présentation du décoré de l'Ordre du Mérite agricole au Congrès des Agronomes de Sainte-Anne de la Pocatière disait: «Le Révérend Père Louis-Marie a contemplé la splendeur des cimes, comme il a admiré la grandeur d'un brin d'herbe et respiré le parfum d'une petite fleur champêtre. Il a marché dans ce merveilleux jardin de la Création, la main dans la main avec son Créateur. Par sa foi, il a admiré les merveilles de la nature, dont il a cherché à scruter les secrets par son intelligence».

La véritable explication d'une pareille existence, je la mets sur les lèvres du Père Louis-Marie, telle que nous l'avons entendue dans le Livre de la Sagesse: «Que Dieu me donne d'en parler à Son gré et de concevoir des pensées dignes des dons reçus, parce qu'il est Lui-même et le Guide de la Sagesse et le Directeur des sages». On croyait que c'est le Père Louis-Marie lui-même qui parle: «Nous sommes en effet dans sa main, et nous et nos paroles et toute intelligence et tout savoir pratique. C'est Lui qui m'a donné une connaissance infaillible des choses, pour connaître la structure du monde et l'activité des éléments, la nature des animaux et les instincts des bêtes sauvages (les choses de la biologie), la variété des plantes et les vertus des racines»...

Mes frères, quand on prend connaissance de cette carrière scientifique, de ce débordement d'activités couronnées par les plus hautes distinctions, et qu'on aperçoit ensuite le Père Louis-Marie entre les quatre murs de son monastère ou de sa chambre d'infirmerie pendant les seize années qui ont suivi 1962, on reste stupéfait! Le seul mot qui nous vient à l'esprit est le mot «humilité»; cet homme fut humble et pourtant, déjà en 1966, M. Desrosiers le disait: «Au-dessus de tout, le Père Louis-Marie a rayonné par son humilité attachante».

Vous pouviez le voir, dans la même semaine, attirer les regards de tous sur les tréteaux de l'Université et le rencontrer ensuite dans les jardins de la Trappe, à ratisser les légumes. Durant ces années difficiles de réclusion forcée, de 1962 à 1978, le Père Louis-Marie s'est consacré à deux tâches principales... Il a d'abord tenté de faire réimprimer sa «Flore-Manuel», mais son travail a surtout consisté à rédiger quelques notices biographiques et même des biographies entières sur les moines du vieux moutier (...).

Il ajoute le commentaire suivant (car il m'écrivit souvent des lettres): « Mon père Charles-Ferdinand mourut à 73 ans. C'est pourquoi je me prépare sagement. Mais présentement, je me sens la vigueur du printemps, me rappelant la verdeur de ma vieille maman qui nous quitta à 84 ans, par accident». Mais voilà soudain ce qui montrait son sens de l'obéissance et de son humilité: «Voilà, mon Révérend Père, où j'en suis... avant de mourir! Faites de moi ce que vous voudrez, rien du tout même, et je ne m'en plaindrai pas trop». Je trouve ces lignes bouleversantes! Elles ne constituent qu'un échantillon choisi entre bien d'autres qui sont de la même veine.

Comme le vieillard Siméon, le Père Louis-Marie avait reconnu Dieu; mais lui, il l'avait reconnu parmi les beautés de la création; il a su encore le reconnaître dans le visage de ses frères et à travers le prisme des événements douloureux qui détachent de la vie et des œuvres.

Qu'en est-il maintenant? «Je me contenterai - m'a-t-il encore écrit - de la Flore du Paradis, si Dieu veut que j'y sois et qu'il y ait des fleurs... en haut de cette éternité». Que Dieu reçoive notre frère parmi les lis des champs et qu'il nous donne à tous de bâtir, au cœur de notre être, avec le meilleur de ce qu'il a été.


ÉPHÉMÉRIDES

2 septembre 1886 - Le P. Guillaume LeHaye rentre en France et arrive le R.P. Antoine Oger (il a 34 ans...) un supérieur entreprenant. Il restera 27 ans (jusqu'en 1913). C'est lui qui assumera la tâche difficile d'organiser et de mettre sur pied la ferme modèle promise au gouvernement par M. Rousselot. C'était une condition de leur venue à Oka.

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Dom Antoine Oger
source : La Trappe d'Oka, son histoire depuis sa fondation, en 1881, jusqu`à nos jours, p. 94.

Été 1891 - Les moines prennent possession de leur nouveau monastère et les élèves agriculteurs vont habiter la maison sur le haut de la colline. Depuis l'automne de 1887, le grenier du moulin est devenu le berceau de la future école d'agriculture.

6 juin 1892 - Dom Antoine Oger est installé dans ses fonctions : «In sudore et patientia» est sa devise.

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