Le port
de mer de Gros-Cacouna
Le
projet de super-port dans la région de Rivière-du-Loup ne date pas d'hier.
Voilà maintenant près d'un siècle qu'il est question d'aménager un port
en eaux profondes dans le secteur compris entre Rivière-du-Loup et Cacouna.
Au fil des années le projet s'est profondément modifié. Au tournant
du siècle dernier les promoteurs parlaient d'un havre utilisable à l'année
pour les paquebots. Mais soixante-quinze ans plus tard, c'est un projet
de terminal méthanier de plus de deux milliards qui était sur les tables
à dessins des ingénieurs.
Carte tirée de
Gros-Cacouna
Port de transbordement.
Un projet d'Havre
Champlain
Il faut bien comprendre cependant, que lorsqu'on fait allusion au super-port
de Gros-Cacouna, on fait référence, souvent sans le savoir, à quatre
projets bien différents, dont un seul, le plus modeste, a vu le jour
jusqu'à maintenant. À l'aide de documents d'archives, le présent travail
propose donc une approche chronologique de ce qu'on a qualifié de «
projet du siècle »dans le Bas-Saint-Laurent. Le deuxième objectif
est de démontrer que le port de mer de Gros-Cacouna a fait l'objet de
tractations politiques intenses surtout entre les années soixante-dix
et quatre-vingt.
1. L'ÈRE
DES ÉTUDES
Le
26 mars 1896, la Chambre de commerce de Rivière-du-Loup adoptait lors
d'une séance ordinaire, la résolution suivante :
Il
est proposé par Jos Viel et autres, secondé par G.A. Binet, que l'on
demande à la législature fédérale qu'une jetée soit construite en eaux
profondes à la Pointe de Rivière-du-Loup, afin de permettre à tous les
steamers de faire escale à notre port. Adopté 1.
Cette
résolution simple, et naïve, est la toute première mention d'un projet
de port en eaux profondes dans l'est du Québec. Il faut dire qu'à cette
époque, Rivière-du-Loup, grâce au chemin de fer, connaît une croissance
phénoménale. Sa population passe de 1 540 à 8 000 habitants entre 1860
et 1910 !
Toutefois,
c'est à Sir Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada de 1896 à 1911,
que revient l'insigne honneur de faire la toute première promesse au
sujet du super-port. Lors d'un discours électoral prononcé à Rivière-du-Loup
à la fin de 1897, il s'engage formellement à promouvoir le projet 2.
L'année
suivante, en 1898, le ministre des travaux publics pose un premier geste
concret. Un ingénieur est chargé d'étudier le mouvement des glaces aux
abords de la Pointe de Rivière-du-Loup.
En
1910, autre promesse. Le ministre fédéral des travaux publics, William
Pugsley, et son homologue des Postes, Rodolphe Lemieux, donnent leur
appui pour la création d'un port de mer dans la région de Rivière-du-Loup.
Le beau projet sombre ensuite dans l'oubli pendant 46 ans.
C'est
en effet en 1956, que pour la première fois, une étude est entreprise
sur l'emplacement de l'Ile du Gros-Cacouna. L'année suivante, les choses
commencent à se précipiter. Le ministère fédéral des Mines et Recherches
techniques, publie une étude sur les conditions des glaces fluviales
en face de Cacouna, puis en 1958, des experts fédéraux viennent étudier
sur place, les possibilités d'aménagement d'installations portuaires
à Gros-Cacouna.
LA MOBILISATION
En
1959, la population commence à se mobiliser. Le projet de super-port
n'est plus supporté seulement par quelques organismes. Les habitants
du Témiscouata et de Rivière-du-Loup s'impliquent. Le 26 avril, on assiste
à la création du Comité international des voies de communications. L'organisme
se fixe comme objectif d'obtenir l'aménagement d'un port de mer ouvert
à longueur d'année dans la région. Le 7 septembre, le comité organise
une manifestation spectaculaire dont le but est, pour la première fois,
d'attirer l'attention des médias nationaux sur le projet portuaire de
Gros-Cacouna. Un défilé monstre, formé de chars allégoriques et de véhicules
transportant des représentants du Maine, de Nouveau-Brunswick, du Témiscouata,
de Rivière-du-Loup et du Kamouraska, franchit la distance entre Edmunston
et Rivière-du-Loup. Le gouverneur de l'état du Maine et plusieurs ministres
fédéraux sont également sur place, ce qui donne lieu à de nouvelles
promesses. À la fin de la journée, l'Honorable Pierre Sévigny déclare
: «Vous nous avez convaincus de la nécessité d'un tel port»
3.
Pour
ne pas être en reste, le premier ministre John Diefenbaker donnera quelques
jours plus tard aux promoteurs, toutes les garanties nécessaires au
début des travaux4.
Une
lueur d'espoir apparaît en 1960, quand les fonctionnaires de travaux
publics du Canada, reçoivent des instructions pour préparer une estimation
du coût de construction d'un quai en eaux profondes à Gros-Cacouna.
L'année suivante, une maquette du projet est même construite, pour étudier
le mouvement des courants, au Centre de recherche hydraulique de la
Garde côtière canadienne à Ville La Salle.
Le
12 mars 1962, plusieurs centaines de résidents du KRT se rendent manifester
devant le parlement d'Ottawa. Ils dénoncent la lenteur du gouvernement
à mettre en branle les travaux du port de mer.
LA GRANDE
PROMESSE
En
avril 1962, le maire de Rivière-du-Loup, Rosaire Gendron, est sollicité
pour se présenter comme candidat libéral aux élections fédérales. Monsieur
Gendron exige cependant de son chef, Lester B. Pearson, alors leader
de l'opposition, qu'il prennent (sic) un engagement formel au sujet
de Gros-Cacouna. Pearson acquiesce et déclare : Le parti libéral du
Canada reconnaît cet urgent besoin et s'engage, non pas seulement à
poursuivre des études, mais à construire ces nouvelles installations
portuaires. [...] Je suis persuadé que la réalisation de ce projet contribuera
au progrès de votre région qui vous tient tant à coeur 5.
2. L'ÈRE
DES RÉALISATIONS
Enfin,
à l'automne 1964, des soumissions sont demandées par le gouvernement
fédéral pour la réalisation de la première phase du programme d'aménagement
portuaire à Gros-Cacouna. L'annonce en est faite par le ministre des
Travaux publics, Jean-Paul Deschâtelets. À l'été de 1965, les habitants
de Rivière-du-Loup, et de Cacouna, voient avec stupéfaction, l'Ile du
Gros-Cacouna voler en éclats sous l'action de la dynamite. En deux ans,
on a extrait 3,2 millions de tonnes de roches d'une carrière située
dans l'Ile. Deux jetées, l'une de 800 mètres et l'autre de 550 mètres,
sont aménagées. Puis, de 1967 à 1969, le bassin de 185 mille mètres
carrés ainsi formé, est dragué. Un travail de titan. Pour obtenir partout
dans le havre une profondeur de 12 mètres à marée basse, il a fallu
enlever deux millions 750 mille mètres cubes de déblais. Le coût total
des travaux ; 8 millions de dollars, une somme très importante pour
l'époque. À preuve, les mêmes travaux auraient coûté 70 millions de
dollars en 1976 ! Les vieux résidents versent une larme, ils verront
le port avant de mourir ...
Mais
en 1969, c'est la consternation. Le site de Gros-Cacouna est déserté
avant même que le quai soit construit entre les deux jetées.
Les
groupements socio-économiques du Bas-Saint-Laurent décident de faire
front commun et tout au long de 1970, ils réclament, mais sans succès,
la reprise des travaux.
L'année
suivante, la firme Lalonde, Valois, Lamarre, Valois et associés, dépose
une étude globale sur les transports au Québec. Le rapport conclut au
besoin d'un port majeur en eaux profondes dans la région.
LES MÉGA-PROJETS
Bien
avant que l'on songe à parachever les installations déjà existantes
à Gros-Cacouna, les gouvernements et quelques promoteurs privés ont
lancé des projets majeurs. Pour diverses raisons, ces projets sont tous
demeurés au stade des études. Le principal mérite de ces méga-projets,
aura été d'occuper ministres et députés pendant quelques années, mais
surtout de fournir des sujets en or aux journalistes. Ces trois projets
sont : un port pétrolier, un terminal méthanier, et un port de transbordement
de vrac solide.
PORT PÉTROLIER
En
1971, les gouvernements constatent que l'approvisionnement pétrolier
sera insuffisant au cours des deux prochaines années pour répondre à
la demande sans cesse croissante. Il faut donc trouver un moyen d'acheminer
davantage de pétrole vers les grands centres, mais Québec s'oppose farouchement
au projet de pipeline des maritimes, et refuse de laisser traverser
son territoire.
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On
en vient à la conclusion qu'il serait plus économique de construire
sur la rive sud du Saint-Laurent, un terminal pétrolier avec un
pipeline vers Montréal. Coût du projet, 100 millions de dollars
6.
En vertu d'un accord franco-québécois, une mission française fait
une étude en août 1972 qui propose deux emplacements. Gros-Cacouna
et l'Ile Verte. Le fédéral demande sa propre étude à la firme
C.D. Howe.
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Une partie des
installations du port de Gros-Cacouna.
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Déposé à l'été de
1972, le rapport affirme qu'il en résulterait une économie de 25 millions
de dollars si le terminal pétrolier était construit à Gros-Cacouna. C.D.
Howe favorise aussi Gros-Cacouna pour ce qui est des conditions de navigation.
Québec
commande aussi sa propre étude le 14 juillet 1972. Elle sera réalisée
par la Direction générale de l'énergie du ministère des Richesses naturelles
7.
Toutefois
ce nouveau rapport réfute totalement les conclusions de la firme C.D.
Howe et se prononce en faveur de l'Ile Verte, dont le coût de construction
serait de 34 millions de dollars inférieur à celui de Gros-Cacouna !
Les deux études arrivent donc à un écart de 59 millions de dollars pour
un projet global de 100 millions de dollars !
Une
réunion se déroule à Ottawa le 9 août 1972 entre le fédéral et le provincial.
On n'aboutit à aucune conclusion pratique. Tout au plus indique-t-on
que pour connaître toutes les implications d'un tel projet, il faudrait
prolonger des études sur une période de cinq ans, soit jusqu'en 1977.
La réalisation du port pétrolier prendrait également cinq ans, c'est-à-dire
jusqu'en 1982.
En
1972, la société Ahsland Oil Canada de Calgary, lance son propre méga-projet
de terminal pétrolier évalué à 250 millions de dollars. Le président
de la compagnie, H. Earl Joudrie, estime que la zone de Gros-Cacouna
se prêterait bien à ce type d'installations. Ce projet n'existera toutefois
que le temps de la couverture de presse.
POLÉMIQUE
Le
6 octobre 1972, le ministre québécois de l'Industrie et du commerce,
Guy St-Pierre, prononce une conférence à Paris, devant la Chambre de
Commerce France-Canada. Il déclare qu'un port d'accueil pour super-pétroliers
sera construit à l'Île-Verte. Il affirme que le projet a le soutien
total des autorités fédérales 8.
La
nouvelle a l'effet d'une bombe. Le député fédéral de Rivière-du-Loup,
Rosaire Gendron, affirme que cette annonce peut être interprétée comme
une extension vers l'est du complexe portuaire «mondial»
projeté à Gros-Cacouna. Déjà à l'Île-Verte, des spéculateurs achètent
des terrains.
Quelques
jours plus tard, l'attaché de presse du ministre St-Pierre, François
Roberge, précise à la presse québécoise qu'il s'agit tout simplement
d'un lapsus. Selon lui, le ministre voulait parler de Gros-Cacouna.
L'erreue, dit-il, provient du fait que les premières études du projet
ont été effectuées sur l'emplacement de l'Île-Verte. Le projet tombe
alors dans l'oubli 9.
Le
CRD tente de relancer le dossier le 28 janvier 1974. Dans une lettre
adressée au ministre responsable de l'OPDQ, Gérard D. Lévesque, le directeur
général de l'organisme, André Lavoie, veut savoir où en est toute cette
histoire. Le CRD demande notamment au ministre si la construction du
port pour super-pétrolier est lié au prolongement de l'oléoduc entre
Sarnia et Montréal 10.
Mais
le projet n'a pas que des alliés. Jacques Parizeau y va même d'une déclaration
fracassante : «Québec n'a pas besoin d'un super port pour
pétroliers»11.
Il accuse le premier ministre Robert Bourassa d'entretenir ce projet
pour des fins électoralistes. Il estime que le port servirait surtout
aux américains qui ne veulent pas courir les risques écologiques de
recevoir chez-eux les “super tanker”. Monsieur Parizeau estime que le
terminal créera 92 emplois permanents seulement, que c'est de la «folie
furieuse», et que le gouvernement Bourassa vend encore le Québec
aux Américains.
Les
manchettes de certains journaux inquiètent également les intervenants
du Bas-Saint-Laurent. À l'automne, La Presse de Montréal titre : «Le
sort du port pour super pétroliers dans le Bas du fleuve est présentement
inconnu. La conjoncture actuelle semble défavoriser le projet»12.
En
juillet 1974, la firme SIMULEC, remet au gouvernement du Québec, une
étude dont les conclusions sont stupéfiantes : les ports de Matane et
Cap-Chat devraient avoir la préférence pour l'installation d'un port
pour super-pétroliers 13.
Le document précise que les ports en amont comme Gros-Cacouna, sont
défavorisés à cause de la réduction des vitesses de navigation, et des
primes d'assurances plus élevées dans des eaux plus achalandées. Enfin,
selon SIMULEC, les risques de détérioration de l'environnement sont
plus élevés à Gros-Cacouna.
Mais
la crise pétrolière viendra régler le sort de ce Méga-projet. Le 15
novembre 1974, la station de télévision CJBR Rimouski amorce son bulletin
de 18 heures avec la nouvelle suivante :
Le
projet de construction d'un port pour super-pétroliers sur le Saint-Laurent
vient d'être abandonné par le Gouvernement du Québec. [...] Les changements
à la politique canadienne, l'évolution sensible de la navigation pétrolière
mondiale, l'incapacité du gouvernement à trouver des contrats fermes
d'approvisionnement en pétrole, et le prolongement de l'oléoduc de Sarnia
à Montréal, sont les raisons invoquées pour l'abandon du projet 14.
LE PROJET
MISENER
En
1972, l'armateur ontarien Ralph Misener, entreprend à son propre compte,
une étude sur le potentiel de Gros-Cacouna. Le financier confie ce mandat
à la firme C.D. Howe, une entreprise reconnue internationalement pour
ses compétences dans le domaine. Il en coûte 3 millions de dollars à
Misener. La conclusion est très claire, il faut à tout prix développer
Gros-Cacouna afin d'y transborder du vrac solide15.
Le
projet, selon les plans de C.D. Howe est formidable. D'un coût global
de 350 millions de dollars, il comprend trois phases principales, dont
l'exécution doit s'étaler sur treize ans. La phase 1 est conçue spécifiquement
pour le transbordement des céréales. Elle comprend un quai commercial
pouvant accueillir des navires de 100 mille tonnes, des élévateurs à
céréales et de l'équipement pour le chargement des trains. La phase
2 prévoit l'agrandissement des installations au coût de 100 millions
de dollars, pour ajouter le transbordement du minerai de fer, du charbon
et d'autres produits en vrac. L'élément majeur est cependant l'aménagement
d'une zone de stockage.
C'est
cependant la phase 3 qui devait conférer à Gros-Cacouna, le titre de
super-port, avec la construction vers le large, d'une jetée de 845 mètres,
permettant d'accueillir des navires de 300 mille tonnes.
Pour
piloter son dossier au Québec, Misener installe un bureau à Montréal,
et crée une filiale qui sera connue sous le nom de corporation havre
champlain. C'est un avocat de la métropole, Marcel Piché, qui est nommé
président de cette filiale par Ralph Misener.
Le
21 janvier 1974, Havre Champlain demande un bail pour louer pendant
5 ans, pour un dollar par année, les infrastructures existantes à Gros-Cacouna.
la société offre même au fédéral, de compléter les installations pour
les utiliser. Ralph Misener écrit au ministre des Transports, Jean Marchand
:
Nous
demandons l'approbation du projet de Gros-Cacouna dans les plus brefs
délais. Nous affirmons que la construction débutera aussitôt que votre
approbation nous sera parvenue, que dans les 30 jours, cent hommes y
seront employés, et que dans les 60 jours suivants, une autre centaine
le sera 16.
Commencent
alors de longues tractations qui dureront six ans entre, Havre Champlain,
le gouvernement du Québec et le gouvernement d'Ottawa pour la location
des installations et des terrains qui sont désignés sous l'appellation
des «lots d'eau».
D'abord,
le fédéral, par le biais du ministre Jean Marchand semble faire de l'obstruction.
En 1974, lors d'une visite dans les maritimes, il déclare : «Des
folies comme Gros-Cacouna, y en aura plus». Puis en octobre de
la même année, il affirme lors de l'émission Format 60 à Radio-Canada,
qu'il n'y avait aucun investisseur sérieux pour Gros-cacouna, et ce
en dépit des lettres de Ralph Misener.
Toujours
en 1974, des financiers texans visitent Gros-Cacouna. Ils se disent
prêts à y investir 90 millions de dollars. L'un des promoteurs, M. McGeehee
déclare : «Si vous n'aviez seulement qu'un quai, mes recherches
s'arrêteraient ici» 17.
Le
18 mars la même année, le président du comité de promotion du port de
Gros-Cacouna, le docteur André Bourdeau, écrit au ministre Jean Marchand.
S'il-vous-plaît,
donnez votre assentiment au projet Havre Champlain. Si la réponse ne
doit pas nous être donnée à nous, parce que politiquement non rentable
à la veille d'une élection, de grâce donnez là (sic) à l'honorable Robert
Bourassa, qui lui endosse le projet sans restriction aucune 18.
Le
CRD fait sensiblement la même demande au ministre le 4 juin.
Ce
n'est pas pour rien que le projet Misener a été qualifié de projet du
siècle. Le président de Havre Champlain, Marcel Piché, décrivait le
16 décembre dans une lettre adressée au ministre québécois du Commerce
et de l'industrie, Guy St-Pierre, toute l'ampleur du projet. Il disait
notamment :
Ce
port engendrera éventuellement la création de quelque 15 mille emplois,
produisant des salaires et gages de quelque 100 millions par an. Soixante
mille personnes émargeront ainsi aux aux activités économiques découlant
directement de l'existence du port 19.
Monsieur
Piché ajoutait également que la construction pourrait débuter au printemps
de 1975, et ce, si les deux gouvernements approuvaient le projet rapidement.
En
1975 cependant, la population s'impatiente. Le 10 juin, la caravane
Gros-Cacouna se met en branle. Mille trois cents citoyens du Bas-Saint-Laurent
manifestent sur la colline parlementaire à Ottawa. Le dossier ne débloque
pas pour autant.
ANNONCE
IMPORTANTE
Enfin,
le 23 octobre 1977, les ministres fédéraux Otto Lang et Jeanne Sauvé,
annoncent à Gros-Cacouna que le gouvernement libéral va investir un
million et demi de dollars pour construire un quai régional à l'intérieur
du bassin qui avait été aménagé de 1964 à 1968. Les travaux de construction
de ce quai de 186 mètres commencent dans les semaines suivantes.
Le
16 novembre 1977, le député péquiste de Rivière-du-Loup, Jules Boucher,
organise une rencontre qui réunit des représentants de la société Havre
Champlain, du Commissariat industriel de Rivière-du-Loup et les ministres
Bertrand Landry, Jacques Léonard, Lucien Lessard et Rodrigue Tremblay.
Trois éléments essentiels se dégagent de cette rencontre. D'abord, les
ministres présents sont favorables au projet de Havre Champlain. Ensuite,
la compagnie se dit prête à négocier directement avec le Québec pour
la location des «lots d'eau». Enfin, les quatre ministres
indiquent que le gouvernement fera connaître rapidement sa position
20.
Effectivement, dès le 24 janvier 1978, Lucien Lessard écrit à Paul Misener
:
Si
une entreprise privée telle que la vôtre est convaincue qu'il existe
un potentiel réel de développement d'un port de transbordement à Gros-Cacouna
et qu'elle est disposée à en défrayer les coûts, le gouvernement ne
peut dans les circonstances, s'y opposer. C'est pourquoi, nous sommes
disposés à accéder à votre demande pour l'utilisation du lot en eau
profonde situé à l'extérieur de la rade
21.
Au
cours des 6 mois suivants, les négociations fédérales-provinciales pour
le transfert de juridiction des lots d'eau piétinent. Le 13 novembre
1978, les maires et les porte-parole des organismes socio-économiques
de la région de Rivière-du-Loup, demandent une rencontre avec le premier
ministre René Lévesque. Dans leur lettre, les signataires font part
de leur «inquiétude de voir, si près du but, traîner en longueur
les derniers détails devant conduire à la réalisation d'un projet, symbole
de la volonté de tout l'Est du Québec de sortir de son marasme économique»22.
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Il
faut dire que de 1975 à 1978, la Corporation de promotion industrielle
de Rivière-du-Loup a consacré 50 pour cent de son temps et de
son budget au projet de Gros-Cacouna.
Finalement,
un an plus tard, le 13 décembre 1979, tous les médias du Québec
sont invités à se rendre le lendemain à Gros-Cacouna pour assister
à la signature de l'entente historique pour la construction du
super-port de transbordement. La nouvelle est totalement inattendue.
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120 navires ont
accosté à Gros-Cacouna en 1990.
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Les ministres Roch
Lasalle et Marcel Léger doivent représenter les gouvernements du canada
et du Québec. Les frères Paul et Scott Misener, de même que Marcel Piché,
président de Havre Champlain lanceront enfin le projet du siècle.
C'est
alors que survient l'ultime imprévu. À douze heures seulement de la
cérémonie, le gouvernement conservateur de Joe Clark est renversé à
Ottawa. Le sort semble s'acharner sur Gros-Cacouna.
Entre-temps,
le quai régional a été parachevé et le 26 janvier 1980, date historique,
le premier cargo vient s'amarrer à Gros-Cacouna. Le bellea chargera
une cargaison de papier journal de la compagnie F.F. Soucy de Rivière-du-Loup.
SIGNATURE
Finalement
la fameuse entente pour le super-port est signée à Québec le 31 janvier
1980. Le protocole entre le gouvernement fédéral, le gouvernement du
Québec et la Compagnie Havre Champlain, prévoit que cette société obtient
jusqu'en 2023, la gérance des installations portuaires. De plus, le
gouvernement fédéral donne à Havre Champlain jusqu'en 1993 pour réaliser
son projet de 330 millions. Les dernières informations dans ce dossier
datent de juillet 1980. À ce moment, le président de la compagnie Havre
Champlain, Marcel Piché, a déclaré qu'il cherchait des investisseurs
associés pour conclure le financement du projet de super-port.
LE TERMINAL
MÉTHANIER
À
la fin des années 1960, panartic oil Ltd découvre à l'Île Melville,
au large des Territoires du Nord Ouest, des réserves de gaz naturel
évaluées à 150 milliards de mètres cubes. C'est en 1976 que naît le
projet pilote de l'Arctique, qui consiste à extraire 9 millions de mètres
cubes de gaz naturel par jour des puits de l'Île Melville. Ce gaz, une
fois liquéfié dans une usine spéciale, doit être acheminé par des méthaniers
brise-glace géants, jusqu'à un terminal de réception dans l'Est du Canada.
À ce terminal, le gaz liquéfié est entreposé, pour être ensuite regazéifié,
puis introduit dans un gazoduc et acheminé vers les marchés. Le coût
du projet sur 20 ans : 2 milliards 320 millions de dollars.
Les
associés du projet pilote de l'Arctique étaient Pétro-Canada Exploration
inc. (37,5%), nova (25%), Dome Petroleum (20%), et Melville Shipping
Ltd (17,5%).
En
juin 1980, après des études poussées sur de nombreux sites, Pétro-Canada
retient le port de Gros-Cacouna pour la construction du terminal de
réception du gaz naturel liquéfié 23.
Le
début des travaux est fixé à 1981, et on estime à 640 emplois permanents
les retombées du terminal.
Jamais
cependant, dossier économique n'est devenu un enjeu politique aussi
rapidement que le projet de terminal méthanier. Plus encore, il est
devenu la cause d'un affrontement majeur entre le Québec et la Nouvelle-Écosse
d'une part, et entre le Québec et Ottawa d'autre part.
L'affaire
commence le 9 octobre 1980. Dans une note de service portant la mention
«confidentiel», un fonctionnaire de la Direction générale
des énergies conventionnelles au gouvernement du Québec, met en garde
le ministre Yves Bérubé. Il lui apprend que Gros-Cacouna n'est plus
le seul site envisagé dans le cadre du Projet pilote de l'Arctique,
et que le Québec devra maintenant se battre contre des pormoteurs de
Canso en Nouvelle-Écosse. Le fonctionnaire va même plus loin : «Tout
ceci ne nous paraît pas étranger au fait que Canso se trouve dans le
comté du ministre fédéral des Finances»24.
La
lettre contient une autre note très importante. Deux des actionnaires
du projet de l'Arctique, dome petroleum et nova, appuient le choix de
Canso. Ce fonctionnaire particulièrement bien informé, précise au ministre
Bérubé :
Enfin
je vous souligne que le président de Pétro-Canada ne nous a pas caché
que le choix naturel fait par la société pour l'implantation de son
port méthanier était Gros-Cacouna, mais que la décision finale concernant
le choix du site, était foncièrement politique 25.
Une
semaine plus tard, le 16 octobre 1980, les informations du fonctionnaire
sont confirmées. Trans-Canada Pipelines, conjointement avec la direction
du Projet pilote de l'Arctique, dépose au ministère de l'Environnement
du Québec, une demande de certificat d'autorisation, visant la construction
à Gros-Cacouna, d'un terminal de réception de gaz naturel liquéfié.
On lit cependant dans la requête :
Le
terminal sud de regazéification sera situé, soit à Gros-Cacouna, Québec,
soit à Melford Point, Nouvelle-Écosse. S'il est décidé en temps opportun
de construire un gazoduc vers les maritimes, le requérant considèrera
(sic) de façon égale, les sites de Gros-Cacouna et de Melford Point
26.
Or,
en novembre 1980, le ministre des Finances du Canada et député de la
circonscription de Cape Breton Highlands-Canso, Allan McEachen, annonce
dans son discours du budget, la construction du gazoduc vers les maritimes
...
Au
Québec, c'est la panique. Le responsable du caucus régional des députés
ministériels, Alain Marcoux, expédie un télégramme au ministre de l'Expansion
économique régionale et président du caucus des députés fédéraux de
l'Est du Québec, Pierre De Bané, lui demandant une rencontre dans les
plus brefs délais, pour dit-il : «joindre unanimement nos efforts
pour le maintien au Québec de cet important investissement»27.
Le
ministre De Bané refuse la rencontre et déclare : «En tant que
fédéraliste, je ne peut (sic) pas engager une bataille, mon objectif
est de servir un pays et non pas une province»28.
Deux
jours plus tard, le député de Rimouski, Alain Marcoux,
rétorque dans un long communiqué de presse : «Les
députés du caucus sont déçus d'une telle réponse
où l'on sent que la partisannerie politique passe encore une
fois avant les intérêts économiques de la région
du Bas-Saint-Laurent-Gaspésie»29.
Pendant
ce temps, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, John Buchanan,
poursuit un puissant lobby auprès d'Ottawa.
Dans
la capitale fédérale, le ministre de l'Énergie Marc Lalonde se veut
rassurant. Il affirme : «Le députés fédéraux du Québec, et particulièrement
le «père de Gros-Cacouna», Rosaire Gendron, sont pleinement
capables de voir à ce qu'aucun préjudice ne soit porté aux intérêts
de votre région»30.
Par ailleurs, Monsieur Lalonde qualifie de «prématurée et inutile»,
la campagne menée par le parti québécois, qui tend, selon lui, à semer
la peur dans la région par de fausses allégations au sujet de Canso
en Nouvelle-Écosse.
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Malgré
tout, le dossier suit son cours normal et franchit une étape cruciale
au début de 1981 avec les audiences publiques de l'Office national
de l'énergie qui se tiennent à Ottawa, Canso et Rivière-du-Loup.
En fait, l'one doit se prononcer sur deux principaux points. Premièrement,
déterminer si l'ensemble du Projet pilote de l'Arctique est réalisable
et ensuite, choisir un site préférentiel entre Gros-Cacouna et
Melford Point dans le détroit de Canso.
Des dizaines d'intervenants se font entendre. Le dossier du Québec
à lui seul, lors des audiences de Rivière-du-Loup, compte plus
de mille pages. La bataille s'annonce serrée.
Le samedi 13 juin 1981, soit quelques jours après les audiences
de Canso, et quelques semaines avant celles de Rivière-du-Loup,
Le Soleil titre : «Gros-Cacouna P.Q. vs Canso
Nouvelle-Écosse, un choix politique avant tout»31.
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L'église
de Gros-Cacouna.
PHOTO : Gilles
Boileau.
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On explique que les maritimes redoutent la force de frappe des 74 députés
et ministres libéraux du Québec, tandis que dans le Bas-Saint-Laurent,
on craint l'influence du vice-premier ministre des Finances, Allan McEachen.
De
son côté, le ministre québécois de l'Environnement, Marcel Léger, menace
d'utiliser la loi sur la qualité de l'environnement pour bloquer le
projet d'extension du gazoduc aux maritimes, si Ottawa, dit-il : «tente
de passer par-dessus la tête du Québec et de Gros-Cacouna dans le cas
du terminal méthanier»32.
3. L'ÈRE
DU RÊVE
La
tenue des audiences de l'Office national de l'énergie à Rivière-du-Loup,
inaugure l'ère du rêve pour la population de la région. On a en effet
révélé lors de ces audiences, que la présence d'un terminal méthanier
entraînerait à coup sûr l'installation dans le parc industriel de Gros-Cacouna,
de plusieurs entreprises qui utilisent la technologie reliée au froid,
la cryogénie. Voici pourquoi. Le gaz naturel liquéfié arrive à destination
à la température extrêmement basse de -161 degrés Celsius. Une pareille
disponibilité de froid, représente par exemple, pour un entrepôt frigorifique,
une réduction de 65% de sa consommation énergétique.
Dans
un document déposé devant l'Office national de l'énergie, le ministre
de l'Agriculture du Québec, prévoyait des retombées importantes pour
l'industrie agro-alimentaire, avec la présence du terminal 33.
Le
document précise les entreprises qui s'installeraient en deux ans dans
le parc industriel.
-
Une usine de re-transformation des produits marins. Un investissement
de 3
millions de dollars créant 180 emplois.
-
Une usine de congélation de l'anguille.
-
Un entrepôt frigorifique d'une capacité de 1 700 000 livres de poisson
pour
l'exportation outre-mer. Un investissement de 500
000 dollars.
-
Une usine de congélation ou de déshydratation de légumes.
-
Un entrepôt frigorifique pour la réception et l'expédition de dix mille
conteneurs de produits surgelés annuellement.
-
Une usine d'entreposage de jus concentré, soit pour le reconstituer,
soit pour
l'empaqueter sous forme congelée.
L'étude
du ministère indiquait de plus que les agriculteurs du Bas-Saint-Laurent
pourraient augmenter leurs revenus en se lançant dans la culture maraîchère,
puisqu'ils auraient dorénavant un excellent débouché pour leurs légumes.
Mais
ce n'était qu'un début. Un autre document déposé devant l'one, précise
qu'une des premières entreprises à s'installer près du terminal méthanier
de Gros-Cacouna, sera une usine de liquéfaction de l'air, pour la production
d'azote et d'oxygène liquide34.
En profitant du froid disponible sur place, une telle usine réaliserait
des économies d'électricité de plusieurs millions de dollars par année.
Le prix de revient des gaz diminuerait de 30%. Le ministère assure que
ce facteur attirerait d'autres usines qui consomment de grandes quantités
d'air liquide. Par surcroît, il s'agit d'entreprises qui génèrent beaucoup
d'emplois. On parle notamment d'une aciérie de deux milliards de dollars
créant 600 emplois.
Malheureusement,
la croissance du marché du gaz naturel au Canada dans les années 80,
fut nettement inférieure aux prévisions. Le beau Projet pilote de l'Arctique
a donc été mis en veilleuse.
CONCLUSION
En
conclusion, Gros-Cacouna on l'a vu, est un projet qui a fait couler
beaucoup d'encre et qui a suscité énormément d'espoir dans une région
où le taux de chômage est élevé. Si tous les projets mis de l'avant
s'étaient réalisés, on aurait assisté à la création de 15 000 emplois
directs !
Malgré
ces rêves de grandeur et tous les ballons politiques, les installations
portuaires beaucoup plus modestes de Gros-Cacouna connaissent néanmoins
un bon achalandage. Le havre peut accueillir des navires de 40 000 tonnes,
ce qui est le double du port de Rimouski-Est et depuis son inauguration
le 7 juin 1981, le port de mer ne cesse de se développer. En cinq ans,
le tonnage des marchandises transbordées s'est multiplié par 13, passant
de 44 835 tonnes en 1985 à 600 000 tonnes en 1990. Les statistiques
révèlent également que 120 navires ont accosté à Gros-Cacouna en 1990,
ce qui a généré des revenus de 354 261,00$.
Enfin
une toute première entreprise, la cimenterie Miron a construit en 1990
dans le parc industriel voisin du port, une usine de broyage. Le complexe
qui donne du travail à 20 personnes, produit des boulettes de pierre
d'un diamètre variant entre un et cinq centimètres, servant à la fabrication
du ciment.
Le
projet du siècle ne s'est pas concrétisé à Gros-Cacouna mais la population
qui a manifesté à plusieurs reprises pour obtenir un port en eau profonde
n'a pas tout perdu.
NOTES
- Rapporté par le supplément
du Saint-Laurent Écho, numéro du 2 juin 1981.
- Op. cit.
- Op. cit.
- Propos rapportés par
le CRD Information, numéro du 4 février 1976,
p. 1.
- Lettre en date du 19
avril 1962, adressée à Rosaire Gendron par le chef de l'opposition
Lester B. Pearson. Copie archives journal Le St-Laurent,
Rivière-du-Loup.
- Résumé synthèse préparé
par le président du CRD, Claude Jourdain. Archives du CRD.
- Copie de l'étude préparée
par René Laganière Ing. Archives du CRD.
- Le Soleil,
7 octobre 1972.
- Le Soleil,
13 octobre 1972.
- Lettre de André Lavoie
à Gérard D. Lévesque, archives du CRD.
- Québec Presse,
18 novembre 1973, p.11.
- La Presse,
samedi 24 novembre 1973, p. E 19.
- Étude SIMULEC Inc. archives
du CRD.
- Texte diffusé à CJBR
le 15 novembre 1974, archives Radio-Canada.
- Copie de l'étude C.D.
Howe, archives du CRD.
- Traduction de la
lettre de Ralph Misener à Jean Marchand par le CRD Information,
numéro du 4 février 1976. Archives du CRD.
- Propos rapportés par
le CRD Information, le 4 février 1976.
- Lettre de André Bourdeau
à Jean Marchand, archives CRD.
- Lettre de Marcel Piché
au ministre Guy St-Pierre, 16 décembre 1974. Copie, archives du CRD.
- Extrait d'un document
préparé pour la presse régionale par le sécrétaire du député Jules
Boucher, le 7 décembre 1978. Archives Radio-Canada.
- Lettre de Lucien Lessard
à Paul Misener, copie archives Radio-Canada.
- Lettre de la Corporation
de promotion industrielle au premier ministre René Lévesque. Copie,
archives Radio-Canada.
- Lettre adressée au sous-ministre
de l'environnement du Québec, André Caillé, par la direction de Pétro-Canada.
Archives Jules Boucher.
- Lettre de Monsieur Denis
L'Homme au ministre de l'Énergie et des Ressources Yves Bérubé. Copie
archives Jules Boucher.
- Ibid.
- Copie de la requête
de Trans-Canada Pipelines, archives Jules Boucher.
- Copie du télégramme
d'Alain Marcoux, archives Jules Boucher.
- Le Soleil,
9 décembre 1980.
- Communiqué du caucus
des députés péquistes en date du 11 décembre 1980. Archives Jules
Boucher.
- La Presse,
Montréal, 19 décembre 1980.
- Le Soleil,
Québec, samedi 13 juin 1981, p. B 1.
- Ibid.
- Jean-Guy Dionne, Étude
des retombées économiques potentielles sur le secteur de l'agriculture
des pêches et de l'alimentation résultant de l'implantation éventuelle
d'un port méthanier à Gros-Cacouna, Archives, Radio-Canada.
- Jacques St-Cyr, Possibilité
de fabrication industrielle reliée à un terminal méthanier,
Document du ministère de l'Industrie du Commerce et du Tourisme, Archives
Radio-Canada.
SOURCES
Ce travail
a été réalisé essentiellement à partir de trois fonds d'archives.
- Les
archives du Conseil régional de développement de l'Est du Québec.
- Les
archives de Radio-Canada Rimouski.
- Les archives
de l'ex-député de Rivière-du-Loup à l'Assemblée Nationale, Jules
Boucher.
Source
: Revue d'histoire du Bas-Saint-Laurent, Vol. XV, No 1
(40), Décembre 1991, pp. 17-24.
BASQUE, Pêcheurs
Très
tôt ils vinrent pêcher la baleine sur les bancs de
Terre-Neuve et dans le Saint-Laurent, au large des Escoumins.
Les bateaux des pêcheurs basques étaient beaucoup
plus gros que ceux des Bretons et des Normands, pouvant atteindre
les 400 tonneaux et porter de 40 à 70 hommes. Les Basques
fournissaient en général le pilote et l'équipage,
mais faisaient aussi souvent affaires avec les Rochelais et les
Bordelais pour l'argent et l'armement. Après la traditionnelle
bénédiction de la flottille de baleiniers et de
morutiers à Saint-Jean-de-Luz, en Pays Basque, et la traversée
de l'Atlantique qui demandait deux mois en moyenne, les pêcheurs
arrivaient en mai au Labrador et sur la côte ouest de Terre-Neuve
pour la pêche à la morue, puis poursuivaient les
baleines dans leur migration saisonnière jusque dans le
Saint-Laurent. Le retour se faisait en septembre ou en octobre.
Les pêcheurs basques ont laissé des traces de leur
passage sur l'île aux Basques, au large de Trois-Pistoles.
BOUCANNERIE
C'était
la petite cabane de bois que l'on retrouvait dans chaque village,
sur la plage habituellement, où l'on fumait le poisson.
On le fume encore en certains endroits, mais les boucanneries
ont quitté la plage pour un lieu plus commode pour le commerce.
Après avoir laissé le poisson quelques heures dans
la saumure, on l'enfilait par les ouïes sur des baratons
et on le laissait enfumer, au bran de scie aujourd'hui ou au bois
de grève jadis, le temps nécessaire à son
bon goût.
BOURGAULT,
Médard, Jean-Julien et André
C'est
en 1665 que l'intendant Talon et Mgr de Laval ont créé
à Saint-Joachim une première école d'arts
et métiers. En 1685, avec la venue de deux maîtres
français, s'amorce une tradition de sculpteurs. Après
une longue période faste pour la sculpture sur bois, suivit
à partir du milieu du XIXè siècle une période
d'oubli. Ce sont les frères Bourgault, de Saint-Jean-Port-Joli,
qui peuvent être considérés à juste
titre comme les artisans de la renaissance de ce grand art. Médard,
avec ses frères André et Jean-Julien, ont fait revivre
un art et ont assuré la sauvegarde d'une tradition. Avec
Alain Duhamel (Gens de bois, 1975), reconnaissons
qu'il n'est plus possible d'évoquer le nom du village de
Saint-Jean-Port-Joli sans penser à la sculpture sur bois
et aux frères Bourgault.
CHAPAIS,
Thomas et Jean-Charles
|
Il
y en eut plusieurs, tous illustres. Né le 2 décembre
1811, à Rivière-Ouelle, Jean-Charles Chapais
fut d'abord marchand, comme son père, avant d'aborder
la carrière politique. En plus d’avoir été
l’un des administrateurs du Grand tronc, il s’impliqua très
activement dans la vie de Saint-Denis dont il fut le premier
maire en 1845… et même le premier maître de
poste en 1849. Député du comté de Kamouraska
de 1851 à 1867, il fut l'un des pères de la
Confédération canadienne. Il est décédée
à Ottawa le 17 juillet 1885.
|
|
La Maison
Chapais à Saint-Denis.
PHOTO
: Gilles Boileau
|
Thomas
était fils de Jean-Charles. Né à Saint-Denis
le 23 mars 1858, il fut professeur d’histoire à l'Université
Laval de 1907 à 1934. Il eut lui aussi, comme son père,
une longue carrière politique, sans compter qu’il mena
aussi une très féconde carrière journalistique.
Il fut nommé conseiller législatif à Québec
(en 1892) et sénateur à Ottawa (en 1919). De 1936
à 1938, il fut ministre sans portefeuille dans le cabinet
Duplessis. Il mourut le 15 juillet 1946 à Saint-Denis.
Il avait épousé la fille d’Hector Langevin. On lui
doit un cours d'Histoire du Canada (1760-1867) en huit volumes.
Au coeur du village de Saint-Denis, la Maison Chapais, devenue
monument historique, rappelle l'histoire de cette grande famille.
CHINIQUY,
Charles
Cet
homme controversé et légendaire est né le
30 juillet 1809 à Kamouraska. Ayant perdu son père,
ivrogne reconnu, alors qu'il n'avait que 12 ans, Charles Chiniquy
fut recueilli par son oncle Amable Dionne qui lui fit faire ses
études au séminaire de Nicolet. Il reçut
le sacerdoce en la cathédrale Notre-Dame de Québec
en 1829. Nommé à Beauport le 21 septembre 1838,
le nouveau curé se retrouve dans un milieu où règne
l'ivrognerie. N'oublions surtout pas qu'il avait malheureusement
eu un père ivrogne... Charles Chiniquy fonde alors une
société de tempérance, devient un prédicateur
recherché et sa réputation se répand rapidement.
Nommé curé dans la "petite" paroisse -
trop petite pour lui - de Kamouraska, il y demeurera de 1842 à
1846. Le bouillant curé n'ayant pas toujours un comportement
apprécié de ses supérieurs, ses relations
avec la hiérarchie se détériorent rapidement
et durablement. À l'invitation de Mgr Bourget, archevêque
de Montréal, Chiniquy part pour l'Illinois où l'évêque
de Chicago l'accueille en 1851. Au cours des ans et suite à
de nombreux différents avec ses supérieurs, Chiniquy
est excommunié en 1856. En 1860, il devient ministre presbytérien
et sa prédication est toujours aussi appréciée.
Il s'éteindra paisiblement à Montréal, au
milieu des siens, le 16 janvier 1899. Son testament, publié
par la Gazette, n'est rien d'autre qu'un violent
plaidoyer contre l'église catholique.
CRANS
Dans
les basses terres, dans le Bas-Saint-Laurent surtout, ils correspondent
à des alignements de roches dures qui ont résisté
à l'érosion. Disposés longitudinalement,
parallèles au fleuve et aux Appalaches, ils portent très
souvent des hameaux et même des villages, comme c'est le
cas à Saint-Denis. Les villages, en pays de basses terres,
se sont ainsi érigés au sec, délaissant autant
que possible les zones humides.
DIGUES
DE ROCHES
Pour
faire de la terre et mettre en valeur le terroir afin d'y trouver
leur nécessaire subsistance et celle de leurs familles,
les paysans, surtout ceux des hautes terres beaucoup plus que
ceux de la côte, ont dû procéder à de
vastes travaux d'épierrement. À la seule force de
leurs bras ou à l'aide de chevaux et plus tard avec les
tracteurs, les pionniers ont ramassé des tonnes de roches
d'origine morainique pour les disposer en longs alignements séparant
habituellement les terres ou les parcelles en culture. Parfois,
lorsqu'elles étaient moins abondantes, ces roches ont été
disposées, parfois, en une succession de petits tas en
plein milieu des champs cultivés. On a donné à
ces amoncellements le nom de «digues de roches». C'est
ce que dans la région des Bois-Francs les paysans appellent
des «cercueils».
EMPRESS
OF IRELAND
L'histoire
de la navigation dans les eaux du Saint-Laurent est émaillée
d'une succession étonnante de naufrages. L'un des plus
célèbres est survenu dans la nuit du 29 mai 1914
à quelques kilomètres au large de pointe-au-Père.
L'Empress of Ireland transportait 1 387 passagers. Il a coulé
à pic après avoir été frappé
sur son flanc gauche par un charbonnier norvégien, le Storstad.
Presque toutes d'origine britannique, 910 personnes périrent
alors que les 477 autres échappèrent à la
mort grâce aux chaloupes et ceintures de sauvetage. Sur
la rive, face au fleuve, un modeste monument rappelle cette nuit
tragique.
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