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ADÉLARD GODBOUT

D'agronome à premier ministre : une ascension fulgurante

PAR GAÉTAN GODBOUT

Bien qu'il ne soit pas à proprement parler originaire de la Côte-du-Sud, Adélard Godbout fut l'une des personnalités politiques qui ont le plus marqué notre région. Hormis le fait que son père Eugène fut député de la circonscription de Témiscouata entre 1921 et 1923, rien ne semblait prédisposer Adélard Godbout à la politique. Pourtant, de simple professeur à l'École d'agriculture de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, il deviendra rapidement le bras droit de Louis-Alexandre Taschereau à qui il succédera comme premier ministre du Québec en 1936.

Né à Saint-Éloi-de-Témiscouata le 24 septembre 1892, Adélard Godbout était le 13e enfant du couple Eugène et Marie-Louise Duret. Remarqué pour son talent par le curé du village et l'inspecteur de l'école de rang, Adélard Godbout se dirige tout naturellement vers le collège classique dès sa sortie de l'école primaire.

Les premières années de son cours classique se sont passées sans histoire. Mais à la troisième année, des problèmes de santé se manifestent chez le jeune Adélard (ses genoux se démettent sans raison apparente), ce qui l'oblige à prendre une année de repos. De retour au Séminaire de Rimouski en 1909, Godbout développe alors ce qui sera plus tard l'un de ses plus grands atouts : sa grande facilité d'expression.

Lorsque, en 1913, vient le moment de choisir une carrière, Adélard manifeste son intention d'entrer au Grand Séminaire. Son séjour dans cette institution sera de courte durée puisque le mal qui l'afflige depuis quelques années le reprend de plus belle. Or, l'évêque de Rimouski a comme politique de ne jamais ordonner de séminaristes dont la santé est chancelante ... Âgé de 23 ans, Adélard Godbout renonce donc à cette orientation et entreprend des études en agronomie.

C'est à l'École d'agriculture de Sainte-Anne qu'il viendra compléter ses études. Ses succès sont si impressionnants qu'à la suite de ses trois années, on lui offre de demeurer à l'école à titre d'assistant d'enseignement. Afin de lui permettre de consolider ses connaissances, on l'expédie au Massachusetts Agricultural College, tous frais payés, à la condition qu'il enseigne par la suite cinq années à Sainte-Anne.

 

Adélard Godbout, premier ministre du Québec 1936, 1939-1945.
Cependant, il ne terminera jamais ce stage en milieu américain, étant vite rappelé par son Alma Mater où il fera ses débuts dans l'enseignement en 1920.

Homme mince aux cheveux blonds et aux yeux bleus, Adélard Godbout fut, de l'avis de tous, un pédagogue de très grand calibre, un esprit stimulant, un chercheur attentif. On disait aussi de lui qu'il avait une voix grave et prenante, une conversation lente et articulée et un esprit large et ouvert. Ce sont sans doute quelques-unes de ces qualités qui le font distinguer aux yeux de Dorilda Fortin, fille de Florent Fortin et d'Éliza Lebourdais, qu'Adélard Godbout épousera à L'Islet le 9 octobre 1923.

Ayant été agronome pour le ministère de l'Agriculture dans le comté de L'Islet entre 1922 et 1925, c'est donc tout naturellement vers Adélard Godbout que les yeux de l'organisation libérale se tournent lorsque vint le temps de désigner un successeur à Élisée Thériault. Originaire de Saint-Alexandre, ce dernier avait démissionné de son siège le 26 avril 1929, ayant été nommé Conseiller législatif pour la division Kennebec.

Le passé politique de sa famille n'est sans doute pas étranger à ce choix, sans oublier le fait que le député fédéral de L'Islet à l'époque, Fernand Fafard, était un ami personnel de Godbout et qu'il favorisait cette candidature. Pour sa part, dans sa thèse de doctorat qu'il consacre à Godbout, l'historien Jean-Guy Genest ajoute : «À ces circonstances vient s'ajouter le fait que le personnel de l'École d'agriculture, particulièrement la direction, voyait d'un bon oeil l'entrée d'un de ses professeurs au parlement québécois. L'École songeait à des constructions nouvelles et voulait demander l'aide du gouvernement. Un professeur-député serait un bon interprète des besoins de l'École».

C'est sans opposition qu'Adélard Godbout fit son entrée à l'Assemblée législative, le 13 mai 1929, à la faveur d'une élection partielle. Commence alors pour lui une ascension fulgurante qui le mènera tout droit à la charge de premier Ministre sept années plus tard. Sa première bataille électorale, qu'il gagnera facilement d'ailleurs, il devra la livrer au conservateur Thomas Tremblay en 1931. Puis, en 1935, il affrontait Charles-Eugène Thériault, candidat de l'Action Libérale Nationale.


Saint-Éloi-de-Témiscouata.
PHOTO : Gilles Boileau.
 
Suite à l'enquête sur les comptes publics menée tambour battant par Maurice Duplessis, le gouvernement Taschereau se retrouve dans l'eau bouillante. À tel point que le premier Ministre Louis-Alexandre Taschereau remet sa démission tout en confiant à Adélard Godbout le soin d'assurer la succession.
Celui-ci avait d'ailleurs accédé au Cabinet dès 1930 alors qu'il était appelé à remplacer Léonide Perron à la tête du ministère de l'Agriculture, l'un des plus importants à l'époque.En outre, c'était la première fois que ce ministère était confié à un technicien agricole puisqu'auparavant, cette charge ministérielle avait toujours été occupée par un juriste.

Voilà donc qu'en 1936, Adélard Godbout se voit propulsé à l'avant-scène de la politique québécoise. Lourdement affecté par l'enquête sur les comptes publics, le gouvernement qu'il doit conduire aux élections d'août 1936 ne pourra survivre. La déroute est si complète que même Adélard Godbout perdra sa circonscription aux mains d'un jeune avocat de Saint-Pamphile, Joseph Bilodeau.

Se retrouvant dans l'opposition, Adélard Godbout profitera des trois années suivantes pour réformer son parti, grâce notamment à l'appui inconditionnel que lui apporte le tout-puissant député fédéral Ernest Lapointe, originaire lui aussi du Témiscouata. Entre co-paroissiens, on se soutient ...

Alors que la guerre se déclare en Europe, Adélard Godbout reviendra à la tête du gouvernement québécois. C'est de cette campagne électorale gagnée de main de maître que datent certains engagements qui ne cesseront de hanter Adélard Godbout.

Car, il faut préciser qu'il s'était engagé sur l'honneur à quitter son parti « et même à le combattre si un seul Canadien français, d'ici la fin des hostilités, est mobilisé contre son gré sous un régime libéral ou même un régime provisoire auquel participeraient nos ministres actuels dans le Cabinet King».

Si les anglophones canadiens réclament la conscription, les Québécois la rejettent majoritairement. Malgré ce fait, Godbout donne raison à Ottawa. Même s'il eut de fortes réticences contre l'empiétement du fédéral dans des domaines de juridiction provinciale, Adélard Godbout n'eut jamais la fermeté face au fédéral qu'avaient eue avant lui Taschereau, Lomer Gouin ou Honoré Mercier.

Cette façon de faire lui coûta d'ailleurs la victoire lors de l'élection provinciale de 1944. Réélu dans la circonscription de L'Islet face à Joseph Bilodeau qui lui faisait la lutte pour une troisième fois, Adélard Godbout se retrouve à nouveau chef de l'opposition. Sa carrière de député prendra définitivement fin lors de l'élection générale de 1948 alors qu'il sera défait dans L'Islet par le docteur Fernand Lizotte, qui l'emporte par une faible majorité de 40 voix.

Moins autonomiste que ses prédécesseurs ou que son successeur, Adélard Godbout a quand même laissé derrière lui un bilan législatif intéressant. Dès 1940, il créera le Conseil supérieur du travail. Cette année-là, il remplissait également une promesse électorale qu'il avait faite : accorder le droit de vote aux femmes. En 1941, au moment où les raretés imputables à la guerre pouvaient servir de motifs supplémentaires, il donne son départ à l'industrie de la betterave à sucre. Avant que son mandat ne vienne à échéance, il aura le temps de présenter la Loi créant l'Hydro-Québec, la Loi sur les relations ouvrières et la Loi sur la gratuité des manuels scolaires.

Sollicité à plusieurs reprises pour succéder à Ernest Lapointe sur la scène fédérale, Adélard Godbout a toujours décliné l'invitation. Il sera cependant nommé Sénateur pour la division de Montarville le 25 juin 1949. Adélard Godbout décédera à Montréal le 18 septembre 1956 à l'âge de 63 ans et 11 mois. Il a été inhumé dans le cimetière de Saint-François d'Assises de Frelighsburg où il s'était établi quelques années auparavant.

Source : Le Javelier, Vol. VIII, No 2, Mai 1992, pp. 4-5.

PETIT LEXIQUE

TACHÉ, Mgr Alexandre

Le premier archevêque catholique de Saint-Boniface (Manitoba) est né à Rivière-du-Loup le 23 juillet 1823. Il est décédé à Winnipeg le 22 juin 1894. Oblat de Marie Immaculée, il est nommé missionnaire à la Rivière-Rouge en 1845. Il succéda à Mgr Provencher sur le trône épiscopal de Saint-Boniface en 1853 avant de devenir archevêque en 1871. Il joua un rôle important lors du soulèvement de la Rivière Rouge en 1869 et 1870, mais il ne put prévenir la violence à l'occasion du soulèvement de Louis Riel et des Métis en 1885. il s'impliqua généreusement dans la fameuse question des écoles séparées du Manitoba. On peut mieux comprendre l'histoire de l'Ouest canadien en relisant l'un ou l'autre de ses ouvrages.

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