L'église Saint-François-de-Sales de Gatineau : une oeuvre remarquable du prêtre-architecte Georges Bouillon
Par MICHEL PRÉVOST, archiviste en chef de l'Université d'Ottawa et président de la Société d'histoire de l'Outaouais
L'église Saint-François-de-Sales domine le confluent de la rivière Gatineau et de la rivière des Outaouais. Photo : Michel Prévost L’un des plus beaux joyaux du patrimoine religieux
en Outaouais, l’église Saint-François-de-Sales a
été choisie par le Comité organisateur du 40e congrès
annuel de la Fédération des sociétés d’histoire
du Québec pour qu’on y tienne la cérémonie
religieuse du dimanche 5 juin 2005. L’article qui suit vise à
éclairer le lecteur sur la richesse de cet édifice et
sur le talent de son concepteur, le chanoine Georges Bouillon. Le chanoine Georges Bouillon est bien connu dans la région de la capitale fédérale pour avoir réalisé le décor architectural de la basilique-cathédrale Notre-Dame d'Ottawa, ainsi que les plans de la chapelle du Couvent de la rue Rideau, de celle de de l’Université d’Ottawa et de plusieurs églises catholiques de l'Outaouais, notamment à Hull, Aylmer, Buckingham et Papineauville. L'une des œuvres les plus remarquables du prêtre-architecte est sans contredit l'église Saint-François-de-Sales de Gatineau.
Le chanoine Georges Bouillon, vers 1900. Source : BANC, PA 161267 Bouillon est né en 1841 à Saint-Germain de Rimouski. En 1867, il entre au Collège d'Ottawa, aujourd’hui l’Université d’Ottawa. Lors de ses études classiques, il enseigne le dessin aux élèves du cours commercial. Le supérieur de l'établissement, le père Joseph-Henri Tabaret, o.m.i., remarque le talent du jeune professeur et lui demande en 1872 de préparer les plans du décor de l'église Notre- Dame-de-Grâce de Hull. Bouillon quitte le collège en 1872 pour terminer ses études théologiques au Grand séminaire de Montréal où il est ordonné prêtre en 1874. Le religieux revient immédiatement dans la capitale fédérale pour remplir diverses fonctions à la cathédrale Notre-Dame. À l’époque, le diocèse d’Ottawa englobe l’actuel archidiocèse de Gatineau-Hull (le diocèse de Hull sera créé en 1963). Entre 1883 et 1891, le prêtre-architecte effectue de longs voyages en Europe, en Turquie, en Palestine, au Maroc et en Algérie. Il visite alors les plus grands monuments religieux de la chrétienté. Ces voyages vont laisser transparaître leur influence dans les choix et les styles qui vont caractériser les plans qu'il élaborera pour diverses chapelles et églises. Bouillon, qui avait été nommé chanoine en 1889 et prélat ecclésiastique en 1924, meurt à Ottawa en 1932.
La magnifique voûte de l'église Saint-François-de-Sales. Photo : Sylvie Tanguay, Québec Une nouvelle église pour Pointe-Gatineau Jusqu'en 1886, la paroisse Saint-François-de-Sales de Pointe-Gatineau, fondée en 1840, ne dispose que d'une chapelle. Son curé, Isidore Champagne, loge toutefois dans un beau presbytère de pierre construit en 1880-1881, selon les plans de Bouillon dessinés en 1879. En 1886, on démolit la chapelle pour la remplacer par l'église actuelle, également conçue par le prêtre-architecte. En 1887, Mgr Joseph-Thomas Duhamel, archevêque d'Ottawa, bénit en grande pompe le nouveau lieu de culte de pierre. Son haut clocher en forme d'obélisque domine le confluent de la rivière Gatineau et de la rivière des Outaouais. Faute d'argent, l'intérieur de l'église demeure toutefois inachevé. En 1897, une grosse cloche est bénite à l'église. Cet événement rappelle une anecdote intéressante. Deux ans auparavant, lors de la visite à cette église, l'épouse du gouverneur général du Canada, Lady Aberdeen, et sa suite étaient tombées dans les eaux glacées de la rivière et avaient été sauvées par des villageois de Pointe-Gatineau. En remerciement, la vice-reine avait offert cette cloche. La décoration intérieure
Le maître-autel, le retable et la chaire de l'église Saint-François-de-Sales vers 1930. Au tournant du XXe siècle, l’archevêque d’Ottawa, Mgr Duhamel souhaite que la construction de l’édifice religieux de Pointe-Gatineau soit enfin terminée. Le désir du prélat se réalise en 1901, lorsque la fabrique décide d'achever l'intérieur du bâtiment et de construire la sacristie. On organise alors une campagne de financement qui rapporte plus de 7 000 $. La paroisse fait de nouveau appel à Bouillon pour décorer l'église. Ce choix s'avère judicieux puisque l'abbé excelle dans la conception des décors intérieurs. Les travaux sont exécutés en 1902 et 1903. Pour l'ornementation intérieure, Bouillon opte pour la voûte en éventails, une mode développée en Grande-Bretagne à la fin du Moyen Âge gothique (XVe et XVIe siècles). Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'il choisit ce style de voûte en éventails. En effet, l'architecte l'avait utilisé en 1887 dans la chapelle du Couvent de la rue Rideau, que l'on peut maintenant visiter au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa. Pour décorer l’église selon les plans de Bouillon, on choisit l’artiste-peintre Toussaint-Xénophon Renaud. Ce dernier s’avère être l’un des décorateurs d’églises les plus prolifiques de son époque. Il aurait décoré pendant sa fructueuse carrière, entre 1896 et 1944, plus de 150 cathédrales, églises et chapelles au Québec, en Ontario et aux États-Unis. Bien que l'église Saint-François-de-Sales et la chapelle du Couvent de la rue Rideau puisent aux même sources, l'historien de l'architecture Luc Noppen, qui a étudié cette chapelle en détail, affirme néanmoins qu'il y a suffisamment d'écarts entre les deux décors pour que l'on puisse affirmer que Bouillon cultivait la différence bien plus que la continuité. Quoi qu'il en soit, le regard profane peut faire un rapprochement entre ces deux réalisations de Bouillon. Il importe cependant de noter qu'à Saint-François-de-Sales les éventails sont en réalité secondaires. Ce sont en effet les trompes qui assurent les liens entre le caisson principal et les arcades latérales et transversales. Ce bâtiment religieux n’est pas remarquable uniquement pour sa voûte, mais également pour son maître-autel, sa chaire surmontée d'un baldaquin de style gothique et son orgue conçu en 1917 par les facteurs de réputation internationale, Casavant et Frères, de Saint-Hyacinthe, au Québec. En fait, par sa richesse architecturale, cette église est alors considérée comme l'une des plus belles de l'archidiocèse d'Ottawa. Un patrimoine sérieusement altéré
Le riche décor intérieur de l'église Saint-François-de-Sales conçu en 1901 par Georges Bouillon. Source : Archives de la paroisse Saint-François-de-Sales, Gatineau. Malheureusement, une série de travaux viennent
sérieusement altérer l’intégrité du
décor intérieur de l’église Saint-François-de-Sales.
Contrairement à plusieurs églises québécoises,
les rénovations commencent avant même Vatican II,
dans les années 1960. En effet, on enlève dès 1947
le magnifique maître-autel, les autels latéraux, la balustrade,
ainsi que la chaire et le baldaquin si richement décorés.
En 1960, on réaménage l’intérieur, on modifie
les trois entrées sur la façade principale et surtout
on efface toutes les traces des œuvres de T.-X. Renaud. La plupart
des peintures et des décorations intérieures de ce grand
artiste-peintre vont d’ailleurs connaître le même
sort. Ainsi, aux États-Unis, il ne reste plus aucune trace des
œuvres de Renaud. Heureusement, le magnifique plafond sculpté en boiserie laminée de feuilles d'or et les colonnes soigneusement décorées de l’église Saint-François-de-Sales demeurent intacts et suscitent toujours l'admiration, particulièrement depuis leur restauration en 1997. La Société d'histoire de l'Outaouais a d'ailleurs reconnu la qualité exceptionnelle de ces travaux en remettant en 1998 à la paroisse son premier prix Orange du patrimoine. En somme, c’est à Gatineau que l'on peut admirer l'une des plus belles œuvres du célèbre prêtre-architecte Georges Bouillon. Bien que l'intérieur ait été considérablement modifié au fil des ans, l'église Saint-François-de-Sales demeure toujours un des plus beaux joyaux du patrimoine architectural et religieux de l'Outaouais.
Catalogue de l'œuvre architecturale de Georges Bouillon dans la région de la capitale fédérale et en Outaouais 1871 Ottawa 1872 Hull 1876-1882 Ottawa 1879 Gatineau 1881 Ottawa 1881 Papineauville 1884 Luskville 1885 Ottawa 1885 Kanata 1886 Sarsfield 1886 Gatineau 1886 Vanier 1887 Ottawa 1887 Ottawa 1898 Ottawa 1901 Gatineau 1904 Aylmer
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