La gare de Montebello
Par RICHARD NADEAU et GUY MEILLEUR
La gare de Montebello, telle qu'elle apparaissait aux invités du Seigniory Club, maintenant le Château de Montebello. Construite par le Canadien Pacifique sur le site original en 1931, cette gare a une architecture qui s'agence bien avec le style en bois rond de l'hôtel du même nom sis plus loin. Carte postale BNQ-c01061.
Déjà en 1877, Montebello se dote d’une première gare construite par une société essentiellement québécoise regroupant plusieurs petites sociétés de chemin de fer, la Compagnie Québec, Montréal, Ottawa et Occidental. Elle ressemble aux gares du Québec, style « chalet suisse », érigées à l’époque par le CP. Le bâtiment est en planches et peint en blanc crème et vert menthe. Aussi, cette gare se distinguait par six fleurs de lys gravées autour du cadrage extérieur des fenêtres. Celle dont nous faisons l’éloge dans cet article l’a remplacée en 1931. Son architecture s’inspire du Château Montebello tout près, connu à l’époque sous le nom de « Lucerne In Québec ». Construite avec des billots de cèdre rouge montés à l’horizontale, l’un sur l’autre, selon une technique scandinave. Elle est nettement plus esthétique que la précédente. Dessinée par les architectes Kent et White qui avaient complété les plans du Château construit l’année précédente, la nouvelle gare est construite avec le surplus de billots arrivés par trains entiers du CP à la Petite-Nation depuis la Colombie-Britannique et l’Ouest américain, pour l’érection du célèbre château. Cette gare à saveur particulière sert non seulement à acheminer le tourisme fortuné vers le Château, mais elle s’avère surtout essentielle au développement économique, agricole et forestier, de la région de la Petite-Nation. La gare est ainsi le rendez-vous des célébrités attendues au Château, autant que celui des agriculteurs qui apportent leurs produits ou viennent cueillir leur marchandise. Imaginons la scène : une starlette hollywoodienne qui se dandine au bout du quai de la gare, alors qu’à l’autre extrémité s’accumulent les bidons de lait et quelques bovins! À la gare se côtoient le faste et le quotidien. Sis dans l’axe du circuit transcontinental reliant les cités québécoises et canadiennes ainsi que les grandes villes étasuniennes (Montréal, Ottawa, Québec, Chicago, Buffalo, Pittsburgh, Cleveland, Boston et New York), le château Montebello y attire une clientèle richissime grâce à ses atomes crochus avec les dirigeants du tout-puissant Canadien Pacifique et du célèbre « Seigniory Club » qui, avec le « Lucerne-in-Quebec », sont les ancêtres de l’actuel Château Montebello. En effet, la ligne de chemin de fer Québec, Montréal, Ottawa et Occidental tombe en 1881 entre les mains du seul géant canadien du chemin de fer de l’époque, le Canadian Pacific Railway. Malheureusement, le CP fait en 1972 de la gare de billots
en cèdre rouge de la lointaine Colombie une ossature sans vie.
Jusqu’à 1981, en effet, la gare accueille toujours des
passagers mais sans personnel permanent. Puis, le 9 septembre 1981,
la liaison ferroviaire Montréal-Lachute-Montebello-Ottawa s’éteint,
victime des compressions budgétaires! Le bâtiment est mis
en vente par le CP qui exige que l’acheteur la démonte
et qu’il transporte le bois ailleurs. La charpente inusitée,
avec ses billots de cèdre forts longs et difficiles à
transporter, éloigne tout acheteur éventuel jusqu’à
ce qu’en 1987 la compagnie, à bout de patience, décide
pour des raisons de sécurité de la brûler! C’est
alors que, dans un ultime effort, les citoyens et les citoyennes de
Montebello et de la région s’opposent à un tel autodafé
et forment La Corporation de la Gare de Montebello Inc. et, avec l’aide
des gouvernements et autres collaborateurs, acquièrent et déménagent
la gare sur son site actuel au 502, rue Notre-Dame. La gare de Montebello,
d’une architecture unique au Québec, est ainsi conservée
pour une nouvelle vocation : à la fois kiosque d’information
touristique et centre d’interprétation historique, ce dernier
se voulant un fidèle reflet de la gare et de la communauté
environnante dans les années 1930. |