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Le chemin de Belle Rivière
et son manoir
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Le 7 mai 2004, Madame
Denise Beaudoin, députée de la circonscription de
Mirabel à l'Assemblée nationale, invitait ses commettants
à la cérémonie d'inauguration de son «bureau
de comté». Quelques centaines de personnes se sont
donc ainsi retrouvées réunies pour partager quelques
moments agréables dans l'ancien manoir seigneurial que
les Messieurs de Saint-Sulpice ont érigé dans le
haut de leur seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes au début
du XIXe siècle. Ce manoir est «monument historique» depuis 1963.
En cette occasion, aucun des participants à cette fête n'a pu résister à la beauté et à la grandeur des lieux. Mais l'émotion venait surtout de la dimension historique de cette résidence. Une fois le seuil franchi, il devient impossible de ne pas revivre au plus profond de nous-mêmes quelques-uns des grands moments de notre destin. Je serais tenté d'ajouter qu'après quelques instants passés en ces lieux, on ne voit plus l'histoire de cette région ou du comté de la même façon. |
Il faut bien le dire et le reconnaître, ce n'est pas uniquement de l'histoire de cette merveilleuse bâtisse, toute faite d'équilibre et d'harmonie, que nous pouvons tirer des leçons mais bien plutôt de tout ce qui l'entoure, plus particulièrement de ce modeste chemin au long duquel elle a été érigée. L'histoire du chemin de la Belle Rivière est plus importante que l'histoire du manoir. Il reste cependant à la découvrir.
En vérité, le passé de cette maison tient en quelques lignes. En échange de la seigneurie qu'ils avaient obtenue, les Messieurs de Saint-Sulpice étaient tenus de construire un moulin pour rendre service aux habitants. Ils l'ont donc fait vers 1804. Pour loger le meunier et aussi pour avoir un pied-à-terre dans le haut de leur seigneurie, ils ont également construit ce manoir où ils venaient trois ou quatre fois par année afin de ramasser les rentes que leur versaient les censitaires, c'est-à-dire ceux à qui ils avaient concédé des terres.
Après l'abolition du régime seigneurial en 1854, les Sulpiciens ont conservé la propriété exclusive de leur manoir jusqu'au 1876 alors qu'ils le cédèrent, avec toutes ses dépendances, à un dénommé Michel Boisseau tout en se réservant la propriété du mobilier et le droit d'y venir loger chaque année pour y faire la collecte des rentes seigneuriales qui n'avaient pas toutes été éteintes. Ce n'est qu'en 1911 qu'ils se départirent définitivement du manoir et du moulin.

Le manoir seigneurial érigé par les Messieurs de Saint-Sulpice. Photo : Gilles Boileau
Mais pour bien comprendre la place du Manoir de Belle
Rivière dans l'histoire régionale, il faut se rappeler
que la plus grande partie de l'actuel comté de Mirabel a d'abord
fait partie du comté de York puis du comté de Deux-Montagnes.
Parmi les hommes qui le représentèrent à Québec,
il y eut même deux premiers ministres... un certain Paul Sauvé
dont on se souvient particulièrement bien dans la région,
et Gédéon Ouimet, député du comté
de 1867 à 1876, et premier ministre lui aussi en 1873 et 1874.
Parmi les députés de jadis dont on ne parle plus guère,
il y eut aussi, de 1852 à 1854, Louis-Joseph Papineau. Si l'histoire
se fait aujourd'hui dans Mirabel, elle a commencé dans Deux-Montagnes.
Les noms changent, la terre demeure. Mais que ce soit dans Deux-Montagnes
ou dans Mirabel le chemin de Belle Rivière et son manoir ont
tout vu...
Papineau y est passé le 1er juin 1837
Reportons-nous, pour commencer et créer une ambiance favorable - au 1er juin 1837 - sur l'heure du midi - un immense défilé fort bruyant s'avance sur le chemin de la Belle Rivière... Que se passe-t-il? Pour protester contre l'arrogance du Parlement et réclamer le respect de leurs droits, ce sont les citoyens du comté de Deux-Montagnes qui ont décidé de tenir une grande assemblée à Sainte-Scholastique. On veut aussi en profiter pour rendre hommage à Papineau. La manifestation a été annoncée dans les journaux et des affiches - rédigées dans les deux langues - ont été placardées aux portes des églises invitant les gens des Cantons du Nord à venir protester contre les mesures de coercition qu'on veut leur imposer.
Le rassemblement s'est fait à Saint-Benoît. Quatre cents habitants s'assemblent devant la maison du député, le notaire Jean-Joseph Girouard, et proposent à Papineau, qui est arrivé la veille chez son ami, de le conduire à Sainte-Scholastique. Le défilé se met en branle. Plus de cent voitures suivent Papineau et Girouard. Au-dessus des banderoles et des drapeaux, émerge le drapeau national, rouge, blanc et vert, orné d'une feuille d'érable, d'un castor et d'un maskinongé. C'est le délire. Les jeunes chantent... «Hourra pour Papineau, c'est l'homme qu'il nous faut».
Le défilé suit le rang Saint-Vincent et s'engage ensuite dans le rang de la Belle Rivière, qui longe le petit cours d'eau du même nom. Il est midi juste quand on atteint Sainte-Scholastique. L'assemblée commence. 1 500 personnes applaudissent les orateurs, surtout Papineau qui répète le discours qu'il a prononcé deux semaines plus tôt à Saint-Laurent, sur le parvis de l'église. Neuf résolutions sont adoptées réclamant la fin des injustices. On connaît les résultats. Six mois plus tard, une cruelle répression s'abattra sur les Patriotes.
Peut-être faudrait-il prendre ici quelques instants pour imaginer une scène bien particulière. En effet, connaissant les sentiments hostiles des MM. de Saint-Sulpice à l'endroit de Papineau, comment ont-ils pu réagir face à ce défilé? Pourrait-on les imaginer se berçant sur la grande galerie en train de réciter leur bréviaire (ou faisant semblant...) tout en prêtant une oreille intéressée à tout ce tapage et observant Papineau du coin de l'oeil?... Quoi qu'il en soit, quelques jours plus tard, le 10 juin, leur journal, L'Ami du Peuple, de l'Ordre et des lois, parlait «du grand fiasco de l'assemblée révolutionnaire de Sainte-Scholastique»...
Voici, en quelques extraits, comment le journal des Messieurs de Saint-Sulpice parla de cette assemblée, de ceux qui y participèrent et des patriotes...
Nous avons promis de revenir sur la fameuse assemblée du lac des Deux-Montagnes et de faire quelques réflexions sur les faits qui s'y sont passés et sur les résolutions que l'on y a adoptées. Le sujet est vaste et si nous voulions écrire toutes celles que nous suggère cette scène de folie et de charlatanisme, ce serait une tâche assez longue...
Si l'on doit en croire la Minerve, 92 voitures suivaient M. Papineau. Il paraît que ce nombre de 92 est chéri du grand homme. Il est fâcheux qu'il n'ait pas eu l'heureuse idée de coller ses 92 résolutions sur les 92 voitures,
Le peuple est encore assez considérablement assoupi; nous conseillons à ce peuple de dormir paisiblement encore; il y gagnera plus qu'à veiller pour faire des folies.
En résumé, nous pensons qu'il est difficile de rien voir de plus sottement absurde que les détails de cette assemblée où les patriotes papineautistes ont achevé de se ridiculiser et ont porté le dernier coup à leur parti défaillant.
La vie tout au long du chemin de la Belle Rivière
a véritablement commencé avec la concession des premières
terres en 1787 et l'arrivée des premiers habitants. Ils s'appelaient
Gemme dit Carrière, Miville dit Deschesnes et Benoît dit
Vaillancourt. La première de ces terres longeait l'actuelle route
148 - connue alors comme le chemin du Petit-Brûlé. Il est
bon de savoir qu'au tout début, ce qu'on appelle aujourd'hui
Belle-Rivière était connu comme la Côte Saint-Joachim.
Et la rivière elle-même portait le nom, sur certaines cartes,
de Grande Rivière du Chesne. Avec le temps le nom de Belle Rivière
s'appliquera uniquement au secteur compris entre l'actuelle route 148
et la Côte des Anges. Du coin de la route 148 au coeur du village
de Sainte-Scholastique, il n'y a guère plus de quatre ou cinq
kilomètres.
La petite église rappelle l'arrivée de la communauté protestante de langue française au lendemain des évènements de 1837. Photo : Gilles Boileau
Le temps des moulins
À partir du moment où des terres furent concédées, il a fallu passer des contrats... les notaires sont donc apparus, et à partir aussi du jour où les habitants ont eu des terres à cultiver, il a fallu des moulins pour moudre les grains qui devaient nourrir les hommes et les bêtes et surtout fournir le bois pour construire. Le notaire Gagnier, de Saint-Eustache, a vite compris qu'il y avait un bon coup à faire. Dès 1796 il se fait concéder deux terres, construit un moulin à scie et fournit aux habitants le bois dont ils ont besoin. Ce fut le début du temps des moulins. Par la suite, grâce à l'énergie que fournissait la rivière avec sa centaine de pieds de dénivellation, les moulins se sont multipliés: des moulins à farine, des moulins à scie et des moulins à carde. Ces moulins exigeaient de la main-d'oeuvre, c'est comme ça que plusieurs dizaines de familles vinrent s'établir aux alentours des moulins et créèrent le Petit Village de Belle-Rivière qui est toujours là.
Pour un certain temps, le plus important de ces moulins,
fut le moulin seigneurial, construit en retrait du manoir. Le premier
meunier engagé par les Sulpiciens s'appelait Joseph Leblanc.
Il y en eut bien d'autres jusqu'à ce que l'un d'entre eux - Michel
Boisseau - achète, en 1876, le dit moulin, le manoir et toutes
les dépendances. Après maintes reprises et nouvelles ventes,
les Sulpiciens vendirent le moulin et le manoir à Zotique Beaudet
en 1911 pour ne plus jamais le reprendre. Vinrent ensuite les familles
Chalifoux et Burger que nous avons connues. La saga du moulin seigneurial
prit fin avec son incendie en 1932. Il restait le manoir et le hangar
à grain. Ainsi le chemin de la Belle Rivière fut pendant
de nombreuses générations la route des moulins. Tous ces
moulins - à farine, à scie ou à carde - engendraient
une intense circulation et parmi les plus fréquentés,
il y eut aussi le moulin de François puis d'Omer Cousineau dont
les meules tournèrent de 1920 à 1969. D'ailleurs, l'histoire
de Belle Rivière et celle de Sainte-Scholastique sont indissociables
de l'histoire des Cousineau.
Les Patriotes connaissaient bien ce chemin
C'est toujours par le chemin de la Belle Rivière qu'en novembre 1834, sont passés les gens de Sainte-Scholastique désireux de se rendre à Saint-André, pour y voter en faveur des candidats du parti Patriote, le notaire Girouard, de Saint-Benoît, et le marchand Scott, ce vaillant Écossais de Saint-Eustache, lors d'une élection restée mémorable. Ils affrontaient les candidats tories Brown et Globensky, de triste réputation. Après une semaine à Saint-André, le poll fut déplacé à Saint-Eustache. Ce fut l'une des élections les plus mouvementées de l'histoire du comté. Girouard et Scott furent déclarés vainqueurs après l'abandon du duo Brown-Globensky. Trois ans plus tard, en décembre 1837, ce sont les gens de Saint-André et de Carillon, qui n'avaient pas digéré leur défaite à l'élection de 1834, qui se joignirent aux troupes du sanguinaire Colborne pour faire feu sur les patriotes de Saint-Eustache, avant de saccager le village de Saint-Eustache et d'incendier celui de Saint-Benoît.
Parmi ceux qui ont emprunté le chemin de Belle Rivière pour aller vers leur destin, quelques-uns ne sont jamais revenus vivants. On a trop tendance en effet à oublier que huit jeunes gens de Sainte-Scholastique ont trouvé la mort au feu de la Rivière-du-Chêne, à Saint-Eustache, le 14 décembre 1837. Ils étaient pourtant bien jeunes pour mourir. Louis Robert et Jean-Baptiste Campeau n'avaient que 17 ans. À 26 ans, Joseph Leduc était le plus vieux. Privés de sépulture chrétienne en vertu d'un mandement de Mgr Lartigue, évêque de Montréal, qui confondait autorité civile et autorité divine, ils furent inhumés par le curé Bonin dans cette partie du cimetière réservée aux enfants morts sans baptême. C'est encore et toujours par ce même chemin de la Belle Rivière qu'un petit groupe de soldats de Colborne est passé, venant de Saint-Benoît et avant de regagner Montréal, pour semer l'épouvante et la crainte à Sainte-Scholastique.
À quelques centaines de mètres du manoir, la «petite chapelle protestante» comme on a coutume de dire, rappelle un autre moment de notre histoire. L'incompréhension des autorités religieuses à l'égard des revendications et des actions des patriotes avait suscité un fort courant de mécontentement au sein de la population. La Société missionnaire franco-canadienne, récemment fondée, en profita pour venir s'installer au Petit-Brûlé en 1840.
Le pasteur Amaron et son épouse recrutèrent assez facilement un bon lot d'adeptes et très tôt un premier noyau de ces nouveaux protestants apparut, formé presqu'uniquement de familles canadiennes-françaises, si bien qu'en 1860 on dut se donner un lieu de culte et une école, ce qui fut fait sur un terrain donné par la famille Groulx en 1858. Dans le petit cimetière, derrière le temple, on retrouve, sur les pierres tombales, plusieurs noms familiers. Mais aussi quelques noms d'anti-patriotes notoires et acharnés comme celui des Snowdon. Elle est toujours là la petite église qui garde en sa mémoire un moment trop peu connu de l'histoire de la région.
Il peut sembler ironique de constater que les deux plus beaux monuments qui témoignent encore de cette époque nous ont été légués par une petite communauté protestante et des seigneurs portant soutane.
Vers 1845, il y avait dans le petit village de Belle-Rivière une soixantaine de familles. On y trouvait tout ce qu'il fallait pour mener une vie heureuse: magasin général, épicerie, boucherie, beurrerie, cordonnerie, tonnellerie, forge, auberge, hôtel, bureau de poste et deux écoles, sans parler des moulins à farine, à scie et à carde. Pour la messe, il fallait se rendre «sur la côte», c'est-à-dire là ou se trouve l'église actuelle du village de Sainte-Scholastique. Plus de 200 personnes vivaient au Petit Village de Belle-Rivière à cette époque.

À mi-chemin entre l'église et le manoir, il y avait la gare, aujourd'hui disparue.
Photo : Gilles Boileau
Un chemin qui pourrait beaucoup raconter
Le chemin de la Belle Rivière c'est aussi, fort tristement, celui qu'empruntèrent des centaines de curieux venus assister, le 10 mars 1899, à la fin tragique de Cordélia Viau reconnue coupable, avec son complice présumé Sam Parslow, du meurtre d'Isidore Poirier. Compte tenu des conditions particulières dans lesquelles se déroula le procès et du climat de grande émotivité qui régnait à Sainte-Scholastique, on peut se demander aujourd'hui si la jeune femme n'a pas été la victime d'une grossière machination. Pourtant deux éminents personnages de Sainte-Scholastique assuraient la défense de la jeune femme: Me Dominique Leduc, co-propriétaire et rédacteur de l'ancien journal l'Écho des Deux-Montagnes et Me Calixte Éthier, député du comté à la Chambre des Communes. Vous trouverez encore dans Sainte-Scholastique des gens qui vous raconteront comment leurs grands parents louèrent pour quelques piastres, aux gens de la ville, des places de choix sur leur balcon pour entrevoir la potence...
C'est aussi par le chemin de la Belle Rivière que sont venus le 24 octobre 1930, de tous les coins du comté, quelques centaines de partisans conservateurs afin de participer à une «convention» bien spéciale tenue dans la grande salle publique de Sainte-Scholastique. Il s'agissait de trouver un candidat capable de succéder au vénérable Arthur Sauvé comme député du comté. Le hasard faisant bien les choses, et la Providence aidant, c'est son fils Paul qui fut choisi. Parmi les orateurs invités qui prenaient place sur l'estrade, il y avait le député de Trois-Rivières, un certain Maurice Duplessis.
Il y eut donc élection le 4 novembre suivant. Sauvé triompha d'Ernest de Bellefeuille par une majorité de 226 voix. Il l'emporta dans les 12 paroisses du comté, sauf à... Sainte-Scholastique. Chacune des élections de ce temps-là était précédée, au jour de la nomination, d'une assemblée contradictoire où l'enthousiasme des électeurs dépassait parfois de beaucoup l'éloquence des candidats. Malheureusement, il semble que cette pittoresque tradition disparut en 1966, suite à des pressions de l'évêque du diocèse.
Parmi les événements heureux qui émaillèrent l'histoire du chemin de la Belle Rivière, n'oublions pas que chaque automne, pendant de très nombreuses années, c'est par centaines que les gens de la région envahissaient les terrains de l'exposition régionale de Sainte-Scholastique. Là encore, la plupart empruntaient le chemin de la Belle Rivière. L'Avenir du Nord parlait en ces termes de l'expo de 1906...
Plus de 5 000 personnes ont visité les terrains de l'exposition aujourd'hui. L'opinion générale est que cette exposition agricole du comté des Deux-Montagnes est l'une des plus intéressantes de la province. Il y a un banquet ce soir à l'hôtel Laurin, sous la présidence de M. Beauchamp, préfet du comté, auquel assistent les principaux citoyens du comté, ainsi que ses deux députés, MM. Éthier et Champagne. L'enthousiasme est à son comble. L'exposition des chevaux est des plus intéressantes; elle se distingue surtout par les excellents spécimens de chevaux de trait. On a aussi beaucoup admiré l'exposition de volailles et l'on constate avec plaisir que M. Jos Fortier a remporté tous les premiers prix.
Si Jos Fortier l'emportait avec ses volailles, les
Trappistes d'Oka raflaient presque tous les honneurs réservés...
aux vaches et aux chevaux. Évidemment, ce Jos Fortier était
un notable bien en vue de Sainte-Scholastique. Il y avait aussi ceux
qui venaient pour les courses de chevaux... Mais ce qu'on voyait surtout
dans les journaux, le lendemain, c'était la photo du député
caressant voluptueusement la croupe d'une belle grosse Holstein.
Vint le 27 mars 1969
Enfin, à Mirabel et dans tout le Québec personne n'a oublié ce fatidique 27 mars 1969 alors qu'à Sainte-Scholastique et dans une dizaine d'autres paroisses tout s'est écroulé, que les coeurs ont presque cessé de battre. C'est encore en remontant le chemin de la Belle Rivière qu'un bon nombre de malheureux expropriés sont allés apprendre leur sort. C'est Jean-Paul Raymond, le patriarche, qui raconte comment cela s'est passé...
À peine trois ou quatre jours après l'annonce de cette nouvelle surprenante, les gens d'Ottawa convoquèrent une grande assemblée... L'église de Sainte-Scholastique était pleine à craquer, même que ça débordait dans la grande salle d'à côté. Il y avait plein de monde. Il a d'abord fallu se trouver un endroit pour stationner. Il y avait des automobiles partout. j'ai dû m'arrêter juste en sortant de la côte Saint-Jean. Le petit village de Belle Rivière n'avait jamais vu passer autant de gens qui cherchaient un trou pour laisser leur voiture. Il a fallu venir à l'église à pied... Nous avions fait deux milles à pied, ma femme et moi, pour venir nous faire dire que nous aurions bientôt le plus grand aéroport international au monde...
C'est aussi par le chemin de la Belle Rivière que plusieurs de ceux qui furent cruellement et inutilement dépossédés de leurs terres par le Fédéral quittèrent Sainte-Scholastique pour chercher refuge ailleurs.
* * * *
En choisissant de faire du manoir de Belle Rivière
un lieu d'accueil et de rencontre, Madame la députée de
Mirabel redonne à ce monument une partie de sa vocation originelle.
Grâce à son geste, le manoir redevient le témoin
de notre histoire et un relais sur le chemin de l'espoir. Si on pouvait
comparer notre histoire nationale à une longue rivière,
ce serait assurément une bien «Belle Rivière».