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Histoire de lire

 

MON MIROIR
(Journaux intimes 1903-1920)

Édition établie et annotée par Gilles Beaudet et Lucie Jasmin
Fides, 2004


Figure de proue de l'histoire intellectuelle du Québec, le Frère Marie-Victorin, à juste titre, soulève un immense intérêt dans tous les milieux: scientifiques, littéraires, académiques, religieux, de même qu'auprès du grand public. Fondateur du jardin botanique de Montréal (1939), l'auteur de la célèbre Flore laurentienne a également laissé divers récits de la maturité, qui témoignent d'un authentique tempérament d'écrivain. De 1903 à 1920, alors qu'il avait entre 18 et 35 ans, le frère Marie-Victorin a tenu un journal, qu'il a intitulé Mon miroir. Ce texte était jusqu'à présent resté inédit. Le voici pour la première fois révélé au public dans son intégralité, dans une édition établie et annotée par le F. Gilles Beaudet, e.c., et par Mme Lucie Jasmin.

Conformément à la personnalité éclectique de leur auteur, les dix cahiers du Journal tiennent à la fois du document littéraire, scientifique, religieux et pédagogique. Ils permettent d'assister aux premiers pas dans l'âge adulte d'une personnalité hors du commun, qui apparaît successivement sous un jour inquiet, appliqué, malicieux, et même sportif - un singulier mélange d'esprit profane et religieux - toujours humain. Le journal fourmille de considérations de toutes sortes et n'obéit à d'autre ordre qu'à celui de la pensée introspective. Mon miroir est beaucoup plus qu'un objet de curiosité. Tout en invitant à partager l'intimité d'un être exceptionnel saisi dans les hésitations de la prime jeunesse, il est un document d'histoire sociale et religieuse de première main pour qui veut prendre la mesure, de l'intérieur, de l'esprit du temps à l'oeuvre au Canada français, au tournant du XXe siècle. Témoin de son temps, Marie-Victorin nous a laissé en quelque sorte le «Miroir» d'un moment de notre histoire.



VIVRE À LA VILLE EN NOUVELLE-FRANCE
Par André Lachance
Libre Expression, 2004

Tout en décrivant l'existence du petit peuple, Vivre à la ville en Nouvelle-France nous montre comment vivaient les bourgeois et les nobles dans les villes entre 1680 et 1760. L'auteur nous fait découvrir les citadins de Québec, Trois-Rivières et Montréal sous plusieurs aspects: leur environnement, leurs besoins fondamentaux tels se nourrir, se loger, se vêtir, leurs activités sociales et culturelles, leur instruction, leurs loisirs et leur sécurité - on en parlait déjà - à l'intérieur des murs. Écrit dans une langue de très bonne tenue tout en étant fort accessible, et abondamment illustré, cet ouvrage est destiné d'abord à tous ceux et celles que l'Histoire intéresse, ce qui n'empêchera les historiens «patentés» d'y trouver une grande moisson d'informations des plus utiles. En un mot, et il faut le dire avec grand respect, l'oeuvre d'André Lachance nous aide à apaiser cette soif de connaissance que provoque en nous la lecture de l'oeuvre de M. Marcel Trudel, ce «maître» incontesté de la Nouvelle-France.

Avec sa dernière mouture, le professeur Lachance ajoute à une déjà généreuse et remarquable contribution à l'histoire de la Nouvelle-France qu'il nous fait connaître et aimer dans sa vie quotidienne et à travers les préoccupations de chacun. Pour y arriver, l'auteur, comme il nous le dit lui-même, s'est «promené dans les rues des vieux quartiers de Québec, de Trois-Rivières et de Montréal» où il a su lire les marques du passé à travers toutes les métamorphoses du paysage urbain actuel. C'est de cette façon, et en s'appuyant sur sa grande connaissance de la Nouvelle-France et à l'aide de documents d'archives qu'il nous invite à vivre quelques moments de grande intensité dans ce pays qui nous habite toujours.


ESDRAS MINVILLE
Par Dominique Foisy-Geoffroy
Septentrion, 2004

Un long sous-titre dévoile l'esprit de cette biographie: «Nationalisme économique et catholicisme social au Québec durant l'entre-deux-guerres. Comme le souligne avec raison l'auteur en ouverture du premier chapitre... «L'oeuvre de Minville a beau être tout orientée vers la résolution des problèmes concrets du Québec et de la nation canadienne-française, elle n'en est pas moins assise sur un solide édifice théorique». C'est là une des raisons de la force de Minville. Il fut l'un des premiers «planificateurs» du Québec, un demi-siècle avant que l'on se lance avec une imprudence regrettable dans ce qu'on se plaisait à appeler l'«aménagement du territoire». S'il avait eu son mot à dire, la Gaspésie n'aurait peut-être pas eu à subir la pénible expérience du Bureau d'Aménagement de l'Est du Québec (BAEQ) et l'invasion de cette horde de «penseurs» en manque de territoire où réaliser leurs travaux pratiques.

Intellectuel engagé, Esdras Minville n'a jamais renié ses origines gaspésiennes ou canadiennes-françaises. Il a centré sa réflexion et son action sur les questions économiques et sociales. Il fut l'apôtre des régions et le penseur acharné, qui ne lâche pas prise. «Il n'y a pas de théorie qui vaille si elle ne conduit à l'action», écrivait-il en 1936. Il est avant tout l'homme d'un grand projet: intégrer dans une synthèse harmonieuse l'essence de la culture traditionnelle canadienne-française et les cadres de la vie moderne au profit de l'épanouissement de la personne humaine.

Esdras Minville (1896-1975) reste d'une grande actualité. Son oeuvre pose des questions à notre époque, ses inquiétudes trouvent toujours de larges échos. Avec intelligence, Dominique Foisy-Geoffroy mène le lecteur à l'heureuse découverte d'une pensée profonde et d'un artisan méconnu de l'affirmation québécoise. Dans un rapport sur «la colonisation dans la province de Québec», Esdras Minville faisait remarquer, en 1945, qu'une politique de colonisation devrait «être adaptée au milieu physique et humain des régions». Si on l'avait écouté, les régions du Québec se porteraient mieux aujourd'hui.



LES DEUX CHANOINES

Par Gérard Bouchard
Boréal, 2003

Heureuse contribution que celle de Gérard Bouchard à la découverte non pas d'un seul mais de deux chanoines... Groulx, bien sûr. Longtemps considéré comme l'un des guides infaillibles du Canada français, le chanoine Groulx a vu, au fil des ans, son «autorité» contestée et ses idées remises en question, mais pas toujours avec élégance cependant et parfois même avec partialité et mesquinerie. L'analyse que fait l'auteur de l'oeuvre du chanoine porte un sous-titre révélateur et significatif... «Contradiction et ambivalence dans la pensée de Lionel Groulx».

L'auteur, après avoir passé en revue l'essentiel du chanoine, écrit: «Groulx m'est apparu comme un intellectuel qui a ouvert ou emprunté de nombreuses voies sans en poursuivre aucune jusqu'à son terme, parce qu'incapable de surmonter ses contradictions»... Après avoir identifié plusieurs contradictions dans l'univers de Groulx, Gérard Bouchard se pose de nombreuses questions. Les réponses qu'il apporte sont avant tout des pistes de réflexion et de recherche.

Gérard Bouchard confirme ce que l'on pensait de plus en plus: Groulx n'est pas fait d'un seul bloc comme on a longtemps pensé, ce n'est pas l'homme d'une idée fixe, loin de là. Homme déchiré plus qu'on ne l'imagine, Groulx mérite même une certaine compréhension, pour ne pas parler de pitié... «Contrairement à l'image que la postérité en a gardé et que l'intéressé lui-même a voulu laisser, le monolithisme n'est pas le trait dominant de sa pensée. C'est plutôt la contradiction et l'ambivalence qui la caractérisent. Il y a même du pathétique dans cette double impuissance à ordonner ses idées et à les accorder avec ses actions.»

Si Groulx a été un homme de contradiction, il a été d'abord et avant tout un homme de foi et d'espérance, de conviction et de dévouement. Faisons-lui la charité de tenter de le comprendre. Pour y arriver, rien de mieux que de lire le volume de Gérard Bouchard.

 

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