Le poste de traite de Pano et le commerce des fourrures au XVIIIe siècle en Abitibi-TémiscaminguePar CHRISTIAN
ROY, archéologue et MARC CÔTÉ, archéologue Localisé près des rives du lac Abitibi,
le poste de Pano s'élevait sur la rive ouest de la rivière
Duparquet. Cette importante voie de navigation, connue des traiteurs
sous le nom de Woopachewan reliait la Vallée du Saint-Laurent
et la grande forêt boréale, réservoir inépuisable
de fourrure. Cette régions du Québec est parmi les plus
riches pour développer l'archéologie de la traite des
fourrures. L'établissement, érigé par des traiteurs
français durant le deuxième quart du XVIIIe siècle,
servait de tête de pont au négoce des pelleteries dans
la région, formant ainsi le dernier bastion des marchands de
Montréal au sud de la baie James, alors occupée par la
Compagnie anglaise de la Baie d'Hudson.
Autres parures de traite : en haut, broches circulaires en argent ou en laiton (2C8-15, 2A4-9, 2L5 et 2E3); au centre à gauche, boucles ou pendants en argent (2F2-18 et 2G3-20), au centre à droite, bagues en laiton (2J5-21, 2Q3 et 2F3-19); en bas à gauche, pendeloques en argent (3B2-4, 3H2 et 2Q3), en bas à droite, croix en argent (1H2-2)
Les fouilles archéologiques entreprises depuis
2001 par la Corporation Archéo-08 sur le site de l'ancien poste
de traite de Pano ont révélé le fort potentiel
patrimonial de ce lieu chargé de mémoire. Les travaux
réalisés ont permis de mettre au jour les fondations de
deux habitations ainsi que des éléments de la palissade
qui ceinturait le site. Cheminée de pierre et de terre, poutres
et plancher de bois, cellier et rondins à encoches, voilà
donc quelque-uns des nombreux vestiges architecturaux retrouvés
sur le site qui nous permettent désormais de mieux comprendre
le rôle de cet établissement dans l'histoire de la traite
des fourrures.
Autres objets en traite : en haut, guimbardes en fer (2E3-16 et 2H3) ou en laiton (2K6 et 2E3-17); en bas, alène en fer (2N3-29) et sceaux à ballot en plomb (2K2-22 et 2A5-10) Au-delà de ces ouvrages, le poste de Pano a
également livré une imposante collection d'artefacts se
composant d'objets fort variés qui témoignent avec éloquence
des modes de vie en vigueur sur le site entre les années 1735
et 1785. Les parures de traite, dont les Amérindiens étaient
si friands, sont particulièrement abondantes. Perles de verre,
mais aussi pendentifs, boucles d'oreille ou de nez, broches et bagues
en argent ou en laiton forment une bonne part de la collection. À
cela, il faut encore ajouter les nombreuses pièces de fusils
à silex, munitions et pierres à fusil, sans oublier bien
sûr les objets utiles à la vie quotidienne des traiteurs,
tels des fioles et flacons de verre, la vaisselle de table et les outils
servant à l'entretien et au fonctionnement de l'établissement.
Enfin, les haches de traite, les sceaux à ballot et les pipes
de pierre sont autant d'objets qui nous permettent de mieux saisir les
habitudes de vie d'un poste isolé, dans une nature a priori
hostile, près de 200 ans avant le début de la colonisation
de l'Abitibi-Témiscamingue.
Objets de couture : ciseau (2R2-38) et lame de ciseau de fer (2E3), épingle en laiton (2N2) et dé à coudre en métal cuivreux (2D2) Le poste de traite de Pano et les nombreux autres sites
reliés au commerce des fourrures à l'embouchure de la
rivière Duparquet constituent hors de tout doute les témoins
les plus anciens à ce jour, de l'histoire témiscabitibienne
» Des témoins certes moins connus, et dont seules quelques
traces subsistent ici et là dans le paysage. Encore faut-il pouvoir
les identifier et les faire parler pour enfin relater cette tranche
oubliée de l'histoire de l'Abitibi-Témiscamingue qui fait
reculer significativement l’occupation euro-québécoise
de notre région . Ainsi, la poursuite des fouilles archéologiques
sur le site de l'ancien poste de traite de Pano ainsi que l’analyse
des donnée recueillies devraient permettre de soulever un autre
coin du voile qui recouvre cette glorieuse période de notre passé. |