Canadiens français,
emparons-nous du Témiscamingue
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Dans une lettre adressée au directeur
de l'Avenir du Nord, M. Émile Plante, disciple du défunt
curé Antoine Labelle, vante les mérites du Témiscamingue
agricole dont il dit, entre autres, que ses terres agricoles sont
d'aussi bonne qualité que celles de la vallée du
Saint-Laurent ou de l'Ouest canadien. On prendra connaissance
avec autant d'intérêt que d'étonnement de
ce court dossier. Avec le recul du temps - bientôt un siècle
- chacun fera la part des choses... GB |
Ayant eu l'avantage à deux reprises de visiter la région de colonisation du Témiscamingue, je voudrais, par la voix de votre journal, faire connaître à mes compatriotes les avantages que cette région offre spécialement à ceux qui voudraient s'établir sur des terres fertiles ou y installer leurs enfants. D'abord, quels sont ceux qui devraient s'établir dans cette région?
Cultivateurs des vieilles paroisses de la province qui êtes à l'étroit, dont les terres sont morcelées, qui ne pouvez établir vos enfants près de vous, vous trouverez dans la région du Témiscamingue des terres de la plus grande fertilité, défrichées en partie ou non défrichées, à très bon marché.
Fils de cultivateurs, qui vous expatriez ou qui prenez le chemin des villes pour y trouver une fortune qui, malheureusement, vous fera toujours défaut peut-être, n'allez pas augmenter le nombre des mercenaires qui s'étiolent dans l'air empesté des manufactures. Allez vous tailler un domaine dans la fertile région du Nouveau-Québec. C'est là qu'un avenir plein de promesses vous attend et que vous goûterez la joie d'être des hommes libres et indépendants.
Compatriotes des États-Unis, qui voulez revenir au pays, venez vous emparer des magnifiques terres à coloniser que vous offre le gouvernement de la province de Québec, dans la région du Témiscamingue. Vous y trouverez un bon nombre de vos compatriotes revenus des États-Unis, vivant contents et heureux sur des terres de qualité supérieure dont la valeur sera quintuplée d'ici à quelques années.
À ceux qui auraient quelques moyens, je conseille d'acheter des lots en partie défrichés. Il y en a à vendre, dans tous les endroits de cette région, des lots sur lesquels des améliorations ont été faites: défrichement, bâtiments, clôtures, etc., qui sont «patentés» et que l'on peut acquérir à des prix variant de $ 500 à $ 1 500 ou plus, suivant la localité et les travaux d'améliorations exécutés.
Ces terres sont situées dans des paroisses parfaitement organisées. On se croirait vraiment dans les paroisses de la vallée du Saint-Laurent. On y trouve: église, écoles spacieuses et substantielles, supérieures en général à la moyenne des autres écoles de la province; cercles agricoles, médecin, marchand, forgeron, scierie, etc. Actuellement on construit des chemins de colonisation partout dans la région.
MM. les curés J.-A. Beauchamp, de Saint-Bruno de Guigues,Corbeil, de Lorrainville, Jos Larocque, de Saint-Isidore, P.-M. Roussel, de Fabre, Les RR. PP. Chevrier, O.M.I., de Ville-Marie, et Laniel, O.M.I., de Témiscamingue-Nord, qui, par leur zèle et leur dévouement, donnent une vigoureuse impulsion à l'agriculture et à la colonisation, se font toujours un plaisir de donner tous les renseignements demandés sur la région et sur leur paroisse en particulier.
Un sol fertile et généreux
La nature s'est montrée prodigue à l'endroit de cette partie de notre province, car le sol y est d'une fertilité exceptionnelle et le défrichement très facile. Ceux qui se dirigent vers les provinces de l'Ouest et qui prétendent qu'il n'y a plus de bonnes terres à coloniser dans la province de Québec se trompent énormément et n'ont sans doute pas vu la région du Témiscamingue, car là point de déconvenue, et si l'Ouest est le grenier de l'empire, la région du Témiscamingue sera le grenier de la province de Québec.
Il y a là un immense territoire capable de former un dédoublement des vieux comtés de la province de Québec, composé d'un sol fertile et généreux qui n'attend que la main du défricheur pour se couvrir de riches et abondantes moissons de tout ce qui peut se cultiver généralement dans la province. Le sol, de nature franche, est composé d'argile (terre forte et glaiseuse); il est profond, uni et planche ou légèrement ondulé, sans roches et d'égouttement très facile, avantage très important en agriculture. Le sol de cette région est particulièrement riche en acide phosphorique, en potasse et en chaux, qui sont les principaux éléments nécessaires à la nourriture des plantes.
L'on aura une idée de la richesse du sol quand on saura que des prairies vieilles de 20 ans donnent encore des récoltes de plus d'une tonne et demie de foin à l'acre; et ces terres ont toujours été cultivées sans le concours d'aucun engrais. Le trèfle pousse en abondance partout à l'état naturel dans les prairies, les pâturages et les bois. Preuve que le sol est riche des trois éléments plus haut mentionnés. Et au cours d'une conférence, un colon me demandait quel était le moyen à employer pour détruire le trèfle qui, disait-il, nuisait à la pousse du mil?
Les pois y réussissent à merveille, autre preuve que la terre est riche en aliments minéraux. La mouche des pois y est inconnue. On y cultive la tomate avec succès. Au point de vue de la fertilité, de la composition et de la topographie, les terres de la région du Témiscamingue ne le cèdent en rien aux terres pourtant si fertiles de la vallée du Saint-Laurent, du Manitoba ou de l'Ouest.
L'eau y est abondante et excellente partout. Tout, dans cette région, témoigne de la fertilité de cette immense plaine de glaise qui s'étend vers l'Abitibi et qui renferme au moins une vingtaine de millions d'acres des plus belles terres arables, propres à toutes les cultures, à l'élevage et surtout à l'industrie laitière. À voir ces magnifiques récoltes que produisent ces terres, les spacieuses maisons d'habitation et leurs dépendances, on sent bien que les colons vivent dans l'aisance et le bien-être et avec autant de confort que les cultivateurs de nos vieilles paroisses.
Des terres faciles à défricher
Le voyageur est frappé d'étonnement en constatant la facilité et la rapidité avec lesquelles le défrichement se fait dans cette région comparativement à d'autres endroits de colonisation. Ici, point de roches, point de souches que l'on ne puisse enlever après la première ou la deuxième année de défrichement. Le défrichement se fait à fond, c'est-à-dire que les colons labourent leurs défrichements la première ou la deuxième année après le «brûlé»; et à l'époque des moissons, les colons coupent les récoltes avec les instruments aratoires, faucheuse ou moissonneuse-lieuse, sur des terres qui hier encore étaient la forêt.
Voilà un avantage que l'on ne trouvera pas dans toutes les régions de colonisation. Nombreux sont les colons qui, il y a une dizaine d'années, coupaient la première branche pour marquer l'emplacement de leur maison et dont les lots sont presque complètement défrichés aujourd'hui. Dans la plupart des endroits, deux hommes peuvent facilement défricher trois acres par semaine.
Grands troupeaux et herbe tendre
L'industrie laitière, pour y avoir langui pendant quelques années, a cependant fait beaucoup de progrès depuis deux ans et les cultivateurs se réveillent à l'idée des profits à réaliser dans cette industrie et aussi au point de vue de la fertilité des terres. On y rencontre deux fabriques de produits laitiers: une à Saint-Bruno de Guigues, parfaitement outillée et comparable sous tous rapports à la majorité des fabriques du pays; une autre à Lorrainville, qui sera en opération le printemps prochain. Mais il y a place pour d'autres fabriques. Ainsi, l'on pourrait établir des fabriques à Fabre, Saint-Placide, Saint-Isidore, Saint-Eugène de Guigues, Témiscamingue-Nord.
Les fabricants qui sortent de l'École d'industrie laitière de Saint-Hyacinthe feraient bien d'aller s'établir dans ces localités car cette région est éminemment propre à l'industrie laitière, et les colons n'attendent que des fabriques pour augmenter le nombre de leurs troupeaux. Les pâturages de grande étendue, faciles à établir, richement pourvus d'une herbe tendre et plantureuse, fournissent une nourriture succulente et abondante pour le troupeau pendant toute la saison d'été.
Les produits de la ferme se vendent bien
Tous les produits de la ferme se vendent à un haut prix et avec facilité, les marchés y étant aussi nombreux qu'importants: Cobalt, Haileybury et Montreal River, dans l'Ontario, sont des marchés très avantageux pour les produits du Nouveau-Québec et font plus qu'absorber sa production. Ville-Marie, les grandes compagnies de marchands de bois, les compagnies minières, sont encore autant de marchés qui demandent une grande quantité de provisions de toutes sortes.
Le foin s'y vend de $ 15 à $ 20 la tonne, les patates de $ 1,25 à $ 1,60 la poche, l'avoine de $ 1,50 à $ 1,75 la poche. La beurrerie de Saint-Bruno a vendu tout le beurre qu'elle pourra produire durant cette saison, 26 cts la livre. Le haut prix des produits et l'abondance des récoltes permettent au nouveau colon, dès la deuxième année d'occupation de son lot, de réaliser une somme suffisante à l'achat des machines aratoires et des autres choses dont il a besoin. Je crois pouvoir dire que dans la moyenne, la valeur de la première récolte paye généralement le coût du défrichement.
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Comme conclusion, je dirai à tous mes compatriotes de la province et d'ailleurs: emparons-nous au plus tôt de ces magnifiques terres du Nouveau-Québec. Nous trouverons là des terres tout aussi fertiles que celles de l'Ouest et il est tout naturel que ce soit nous qui nous en emparions puisque nous sommes chez nous dans la province de Québec. Le Canadien français est sûr de trouver là non seulement sa langue et sa religion mais aussi ses us et coutumes, sa manière de vivre.
Restons chez nous, emparons-nous de cette région
de colonisation, c'est la plus belle et la plus avantageuse pour nous
de toute la confédération; c'est celle dont l'avenir est
le plus brillant.