Une institution d’enseignement
classique et commercial dans les Hautes-Laurentides
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Les débuts de l’enseignement
supérieur dans les Hautes-Laurentides sont redevables aux
autorités ecclésiastiques. Du début de la
colonisation avec les projets du curé Antoine Labelle,
à la moitié des années 1960 avec la sécularisation
des institutions d’enseignement, l’histoire à
ce sujet dans les Hautes-Laurentides nous permet de constater
l’importance de la vision du clergé dans son rôle
structurant pour le développement économique, politique,
social et culturel de la région. |
Avant de traiter de l’histoire proprement dite
du Séminaire Saint-Joseph de Mont-Laurier (1915-1965), il convient
de situer brièvement les Hautes-Laurentides et les débuts
de sa colonisation.
D’abord, les Hautes-Laurentides cons-tituent l’une des deux
sous-régions de l’entière région des Laurentides,
l’autre étant celle des Basses-Laurentides. Les Laurentides
vont de la rivière des Mille Îles, du lac des Deux-Montagnes
et de la rivière des Outaouais au sud, jusqu’à la
haute vallée de la rivière de la Lièvre, au nord.
La frontière entre les Hautes et les Basses-Laurentides serait
la ville de Sainte-Agathe.
La colonisation des Hautes-Laurentides se fait principalement par l’accès
aux deux plus importants cours d’eau de la région qui sont
la rivière Rouge et la rivière de la Lièvre. Leurs
vallées respectives constituent les deux princi-paux pôles
de colonisation de la région à la fin du dix-neuvième
siècle. Utilisées presque uniquement pendant des millé-naires
par des Algonquins, les rives des rivières Rouge et de la Lièvre
connais-sent un développement forestier impor-tant à partir
des années 1830. Au cours des décennies qui suivent, ces
débuts de l’exploitation forestière destinée
aux besoins en bois de l’Angleterre, un type d’exploitation
particulier prend force. Des terres pour nourrir hommes et bêtes
sont mises en place par les compagnies, ce qui attire bientôt
des colons. Ceux-ci vivent d’activités économiques
qui sont à la fois agricoles et forestières. Bien qu’elle
soit spontanée à bien des points de vue, cette colonisation
des Hautes-Laurentides est éventuellement prise en charge par
le clergé.
Dès 1847, le père oblat P. Médard Bourassa élabore
un plan de colonisation « sur les affluents au nord de l’Outa-ouais
» , visant à contrer l’émigration canadienne-française
vers les États-Unis. En 1868, Antoine Labelle obtient la cure
de la paroisse de Saint-Jérôme. Dès l’année
suivante, il devient le président-fondateur de la société
de colonisation de son comté de Terrebonne. Dès lors,
il met en branle un processus colonisateur et de développement
dans l’ensemble des Laurentides qu’il veut aussi complet
que possible et dont le dernier aboutissement direct sera la création
d’une institution d’enseignement commercial et classique.
Les projets de collège d’enseignement supérieur
Au cours des années 1870, le curé Labelle formule l’idée
de fonder un collège à la Chute-aux-Iroquois (Label-le).
Cela demeure sans suite. C’est à l’automne 1879 que
le projet devient plus concret. Celui que l’on surnomme alors
le « Roi du Nord » visite les environs du lac Nominingue
et identifie cet emplacement comme propice à la création
d’un collège d’enseignement supérieur. Dès
le 14 décembre 1879, cette idée prend une forme concrète
par le biais d’une demande formulée aux jésuites
par le curé Labelle, en collabo-ration avec la société
de colonisation du diocèse de Montréal et de l’évêque
du diocèse d’Ottawa (Mgr Duhamel). Notons que cette requête
laisse voir des préoccupations de développement inté-gral
(c’est-à-dire un développement aussi bien social,
économique et politique, que culturel et religieux), de même
qu’un nationalisme qui cherche à enrayer l’émigration
canadienne-française vers les États-Unis. Cette demande
constitue les débuts de la corporation du Collège de Nominingue,
qui reçoit un statut officiel de l’Assemblée législative
du Québec le 30 juin 1881, c’est-à-dire une charte.
Celle-ci permet à la nouvelle corporation d’acquérir « tout le canton Loranger (le territoire couvert par ce canton
est essentiellement la municipalité du Lac-Nominingue) du gouvernement
provincial. Une condition expresse du contrat stipulait que la dite
corporation s’engageait à établir dans le canton
un collège pour l’enseignement. »
Entre 1879 et 1891, 60 pères jésuites sont chargés
de mettre en marche le projet par le curé Labelle, ce qu’ils
ne mènent pas à bon port puisqu’ils quittent Nominingue
en 1891, eux qui n’y sont installés que depuis 1883. Ce
sont les chanoines réguliers de l’Immaculé Con-ception
(les C.R.I.C.) qui prennent la relève des jésuites à
Nominingue en 1891. Malgré des réunions épisodiques
de l’assemblée de la corporation, le projet de collège
ne débloque pas au cours des quelque deux décennies qui
suivent. Finalement, à l’automne 1909, les choses s’accélèrent,
à la suite des pressions effectuées l’année
précédente en faveur de la création d’un
collège de la part de Jean-Benoit Berchmans Prévost, député
provincial de Terre-bonne. La population de Nominingue fait d’ailleurs
aussi pression. « En septembre 1909, Dom Delaroche, vicaire-général
des Chanoines réguliers est en visite à Nominingue où
les paroissiens lui présentent une longue requête qui demande
la réalisation du collège comme il était prévu
lorsque sa communauté a pris la relève des Jésuites
en 1891. Ce dernier entreprend une tournée des différents
séminaires de la région montréalaise afin de trouver
un program-me qui correspondra aux besoins des cantons du Nord. Le programme
en vigueur au Collège Sainte-Marie-de-Monnoir semble des plus
intéressants : trois années de commercial axées
sur le français, l’anglais et les mathématiques,
suivies de trois autres années de latin, grec, littérature,
et complétées par deux années de philosophie. » Ce sera le programme éducatif adopté pour le Collège
de Nominingue.
Pour l’heure toutefois, la construction du Collège de Nominingue
s’effectue au cours de l’été 1910 afin qu’il
ouvre ses portes en septembre.
Le Collège de Nominingue : 1910-1915
Le Collège de Nominingue ouvre le 14 septembre 1910. Seulement
dix-sept élèves sont inscrits dans une seule classe pour
ces modestes débuts. L’étude du Prospectus du Collège est intéressante et révélatrice
à plus d’un point de vue. D’abord, dès l’introduction,
un hommage est rendu à Antoine Labelle, celui qui fut à
la source du projet. Ensuite, la finalité et les grandes lignes
du programme d’enseignement choisi sont mises en évidence
: « L’Apôtre du Nord, le grand patriote qui avait
foi dans l’avenir de sa race […]. Le programme des études
est vraiment fait pour la région et pour servir ses intérêts.
Après un cours préparatoire, s’il y a nécessité,
le cours commercial comprend trois années. Dès lors un
jeune homme peut se faire une position sortable dans la société.
S’il le désire et en a les moyens intellectuels et pécu-niaires,
il pourra en cinq autres années parcourir le cycle complet du
cours classique, philosophie comprise. À la rentrée de
septembre 1912, le cours classique sera ouvert. L’enseignement
comprend donc les deux cours com-mercial et classique. […] en
un mot la direction dirige tous ses efforts à faire des étudiants
des hommes outillés pour la vie en exerçant, en fortifiant,
en polissant toutes leurs facultés physiques, intellectuelles
et morales. Que ce soit donc vers l’état ecclésiastique,
vers les professions libérales ou les carrières commerciale,
scientifique, industrielle ou agricole que se porte l’élève
admis en ce collège, il aura reçu une formation propre
à faire honneur à sa position sociale. »
Durant les cinq années du Collège de Nominingue et au
cours des dix premières années du Séminaire de
Mont-Laurier, c’est ce type d’enseignement qui est offert.
La logique qui sous-tend cette approche pédagogique est donc
d’ensei-gner dans les trois premières classes des notions
concrètes pour l’élève. Selon ce principe
d’utilité, le cours commercial est prévu pour ceux
qui se dirigent vers le commerce, l’agriculture, de même
que les arts et métiers. Par la suite, le cours classique pourra
durer cinq autres années. Cette deuxième partie est destinée
aux futures classes sociales supérieures, c'est-à-dire
aux élèves qui se dirigent vers des domaines plus intellectuels
telles les fonctions reli-gieuses et les professions libérales.
Ce type d’enseignement est fort bien adapté à une
jeune région de colonisation dont les premiers colons sont, pour
la plupart, d’origines modestes. Le but est de faire en sorte
que les Hautes-Laurentides en arrivent à avoir un tissu social
plus équilibré, avec la création d’une classe
moyenne commerciale et d’une élite à la fois cléricale
et professionnelle.
En juin 1912, le collège Sainte-Marie-de-Monnoir ferme ses portes
suite à une querelle entre son personnel et l’évêque
du diocèse de Saint-Hyacinthe. Ceci est important puisque plusieurs
des élèves et enseignants du Monnoir déménagent
vers le Collège de Nominingue au cours des mois suivants. Tant
et si bien qu’à la fin de l’année scolaire
1912-1913, il y a à Nominingue « quarante-huit élèves
des cantons du Nord et quatre-vingts anciens de Sainte-Marie-de-Monnoir ». Une des grandes causes de ce phénomène est
la venue à Nominingue à l’automne 1912 de l’enseignant
Rodolphe Mercure dont le charisme et la personnalité en amènent
plusieurs à le suivre. C’est dans ce contexte que le collège
de Nominingue est agrandi à l’été 1912 pour
faire place à une plus grande clientèle et parce que le
cours classique proprement dit débute à l’automne.
Par ailleurs, en 1913, la partie septentrionale de l’archidiocèse
d’Otta-wa est séparée et devient distincte. Il s’agit
du diocèse de Mont-Laurier dont le centre nerveux choisi est
Mont-Laurier plutôt que Nominingue. Ceci n’augure rien de
bon pour le Collège de Nominingue puisque ordinairement un évêque
aime bien avoir près de l’évêché un
séminaire d’enseignement classique pour former de futurs
prêtres.
De plus, en décembre 1913, le pavillon récemment construit
du Collège est la proie des flammes. L’année scolaire
se termine donc difficilement, essentiellement au monastère des
Chanoines.
Également à l’été 1914, la guerre
éclate en Europe, et les Chanoines réguliers de l’Immaculé-Conception
sont presque tous Français. La plupart d’entre eux sont
appelés sous les armes en France, le supérieur du Collège,
Dom Chalumeau, en tête. Cela marque la fin de l’implication
des chanoines dans le collège, le clergé séculier
diocésain en prend dorénavant le contrôle.
En 1914-1915, le jeune prêtre Rodolphe Mercure est préfet
des études et procureur. Il y a là 96 élèves,
dont 56 proviennent du diocèse de Mont-Laurier. Le personnel
est composé de 6 prêtres séculiers et de 13 séminaristes,
ce qui implique qu’il y a une classe de théologie, en plus
de la classe prépara-toire, du cours commercial et des cinq dernières
années du cours classique. Cependant, pour les gens de Nominin-gue,
l’essentiel n’est pas là. Ils craignent, non sans
raison, de perdre leur collège au profit de Mont-Laurier. De
fait, le transfert s’officialise à l’été
1915. C’est par une lettre circulaire aux membres de son clergé
que Mgr François-Xavier Brunet annonce au mois de juillet l’ouverture
en septembre suivant du Séminaire Saint-Joseph à Mont-Laurier.
Le Séminaire de Mont-Laurier : 1915 –1923
C’est le 1er septembre 1915 que le Séminaire Saint-Joseph
de Mont-Laurier ouvre ses portes dans un édifice neuf, voisin
de l’évêché, construit à cette fin
au cours des mois précédents. Lors d’une réunion
tenue le 27 octobre 1915, il est décidé que la corporation
épiscopale conservera la propriété nouvellement
construite du collège diocésain, plutôt que de la
donner à la corporation du Séminaire qui porte toujours
le titre légal de « Corporation du Collège de Nomi-ningue
», titre qu’elle conserve tout au long de son histoire jusqu’en
1965 et même après. Physiquement, la bâtisse du Séminaire
s’avère rapidement trop petite, étant donné
les besoins croissants des élèves et des enseignants,
ce qui cause parfois des problèmes d’ordre logistique.
Tant et si bien qu’un nouvel étage est construit à
l’été 1920 et s’ajoute à l’édifice.
Au cours de la première année à Mont-Laurier, le
Séminaire accueille 110 élèves, dont 29 étudient
au cours clas-sique et 81 au cours commercial. De ce nombre, il y a
83 élèves originaires du diocèse de Mont-Laurier.
Aussi, 35 élèves viennent du défunt Collège
de Nominingue.
Pour l’année scolaire 1915-1916, le personnel est composé
de cinq prêtres, dont deux sont ordonnés au cours de l’année,
huit séminaristes, avec trois étudiants en philosophie
qui sont aussi surveillants et même enseignants. Le supérieur
est le jeune prêtre Rodolphe Mercure. Il est à la fois,
pour chacune de ces années scolaires, supérieur et préfet
des études de l’institution. Cependant, puisqu’il
s’agit d’un séminaire diocésain, il va de
soi que l’évêque du diocèse, monseigneur François-Xavier
Brunet, en est le dirigeant ultime. Il n’en demeure pas moins
que Rodolphe Mercure amène au Séminaire de Mont-Laurier
la philo-sophie de base inhérente au programme d’enseignement
qui a présidé à sa propre formation au Collège
Sainte-Marie-de-Monnoir. Les objectifs de développe-ment économique,
politique et social propices à une jeune région de coloni-sation
se trouvent dans ce programme.
Pour ce qui est de la vie au Séminaire, à chaque début
d’année, les élèves doivent fournir aux dirigeants
du Séminaire un certificat de bonne conduite du curé de
leur paroisse ou du directeur de l’institu-tion de provenance.
Les élèves ne peuvent être externes que s’ils
demeurent chez de proches parents. Comme dans toutes les institutions
du même genre (collèges et séminaires) du début
du vingtième siècle au Canada français, la réglementation
régissant la vie de l’institution est sévère
et les incartades sont passibles de renvoi. Les absences des élèves
ne sont autorisées que pour des raisons jugées graves,
à la discrétion de la direction, et tout manquement à
ce niveau est lui aussi passible d’expulsion. Pour la période
1915-1923, nous ne possédons à peu près aucun renseigne-ment
sur les jeux ou les sports au Séminaire. Le seul indice que nous
ayons à ce sujet est qu’à partir de l’année
1919-1920, il est question, dans les conditions d’admission, du
coût de l’entretien des jeux.
Il en va différemment au plan associatif. En 1915, le cercle
Sacré-Cœur est mis en place au Séminaire pour entraîner
ses participants à la parole en public. En 1919, ce cercle est
affilié à l’Association catholique de la jeunesse
canadienne-française (A.C.J.C.). Le cercle Sacré-Cœur
demeure associé à la vie parois-siale de Mont-Laurier,
tandis que son pendant au Séminaire se nomme désormais
le cercle Brunet (Mgr Brunet décède en 1922), en activité
jusqu’en 1932 pour former ses membres à la pensée
et à la parole. L’étude des comptes-rendus de ces
cercles révèle des réflexions nationalistes que
les dirigeants du Séminaire incitent leurs élèves
à faire.
Au niveau culturel, des pièces de théâtre sont à
l’affiche quelques fois par année, en particulier à
la fête de la remise des prix en juin, au Séminaire. Cela
devient une pratique courante, comme dans la plupart des lieux d’enseignement
clas-sique au Canada français et se poursuit tout au long de
l’histoire de l’institution.
Le Séminaire de Mont-Laurier : 1923-1950
En 1923, s’achèvent les années direc-tement inspirées
de l’héritage du Collège Sainte-Marie-de-Monnoir
avec le départ de Rodolphe Mercure. C’est le début
d’une période de stabilité avec le nouvel évêque,
(Monseigneur Limoges), en pla-ce pendant plusieurs décennies,
et la nomination de Robert Jutras comme supérieur du Séminaire
Saint-Joseph de Mont-Laurier pour les vingt années à venir.
Pour les membres ecclésiastiques du personnel du Séminaire,
l’esprit qui domine nettement ces années en est un de soumission,
de piété, de dévouement, d’abnégation,
de discipline, de respect et de rigueur, sans parler de valeurs qui
vont de soi telles que la sobriété, la probité
et la chasteté. Pour ceux qui acceptent de consacrer leur vie
au Séminaire, celui-ci s’engage en retour à leur
fournir une certaine rente s’ils devien-nent invalides ou trop
âgés.
Entre 1923 et 1950, l’ambiance est très religieuse au Séminaire
ou comme dans l’ensemble de la société canadienne-française
d’ailleurs.
Par ailleurs, la bâtisse située à côté
de l’évêché, malgré l’agrandissement
de 1920, se fait définitivement trop petite pour les besoins
du Séminaire. Tant et si bien qu’à l’automne
1923, Mgr Limoges acquiert la colline Alix, un très beau domaine
dominant la vallée, située à quelques minutes de
marche de l’évêché, de l’autre côté
de la rivière de la Lièvre. C’est finalement en
décembre 1929 que Mgr Limoges annonce la construction d’un
nouveau Séminaire d’une hauteur de cinq étages.
Il va de soi que la réalité vécue au Séminaire
de Mont-Laurier s’incorpore à un tout qui est l’enseignement
classique canadien-français en général et québé-cois
en particulier. Plus les années avancent, moins on sent la spécificité
du Séminaire, héritée du contexte de la colonisation.
Le Séminaire, comme la région d’ailleurs, fait sa
place et mature en prenant de l’assurance. Le rôle fondamental
du Séminaire est toujours de former une élite cléricale
et laïque qui saura diffuser par le haut de la pyramide sociale
les valeurs inculquées. Dans ce contexte, le cours commercial
(donné en parallèle au cours classique à Mont-Laurier
de 1925 jusqu’en 1951) joue un rôle fort important dans
les Hautes-Laurentides : « il importe que ces individus moins
doués passent aussi par la culture humaniste s’ils doivent
être en mesure de comprendre la classe dirigean-te et de faire
le lien entre celle-ci et la masse » . Le programme et les
finalités proprement dites de l’enseignement classique
poursuivent les mêmes buts nationaux et nationalistes à
Mont-Laurier qu’ailleurs au Québec et au Canada français.
Au plan sportif, il semble que jusqu’en 1930, le « vieux
» Séminaire de Mont-Laurier est plutôt faible et
peu équipé. Les choses changent avec la construction du
« nouveau » Séminaire où les facilités
sportives deviennent nombreuses, variées et bien organisées.
Il s’agit là d’une ca-ractéristique importante
du Séminaire jusqu’à la toute fin.
Malgré certaines disparités économiques, l’ambiance
au Séminaire, selon des témoins, « était
extraordinaire » , tant dans les années 1930 que par la
suite. Aussi, avec la construction récente, le Séminaire
devient un endroit que l’on fréquente pour des raisons
de santé puisqu’il est situé au cœur d’une
multitude de montagnes à l’air frais et sain. Après
1931, ce thème est récurrent dans la présentation
que les dirigeants font de leur institution. Il y a aussi des vocations
sacerdotales qui se précisent à Mont-Laurier et dans les
Hautes-Laurentides pour les mêmes raisons.
Au cours des années 1930, même si Mont-Laurier et la région
environnante prennent de la maturité, le Séminaire continue
d’être perçu comme « une œuvre de défricheur
pour la région » . Par ailleurs, le Cercle Brunet, affilié
à l’A.C.J.C., est remplacé, après une éclipse
de quatre ans, en 1935 par la J.E.C. (Jeunesse étudiante catholique).
Comme ailleurs au Québec, le natio-nalisme qui émane de
la J.E.C. est indéniable. La J.E.C. est appelée à
un fécond avenir au Séminaire Saint-Joseph au cours des
décennies qui suivent; elle fonctionne jusqu’à la
fin, en 1965.
Au cours des années 1940, le cours commercial donne des maux
de tête aux dirigeants, en particulier à cause de l’attitude
que l’on y retrouve. « La mentalité des élèves
du cours commercial est loin de valoir celle des élèves
du cours classique, même des classes correspondantes. Les causes
sont diverses » . En 1952, le cours com-mercial sera enseigné
ailleurs à Mont-Laurier, à l’école Saint-Eugène.
À l’enseignement classique, on continue évidemment
de faire ce qui se fait ailleurs dans les institutions affiliées
à l’Université Laval. Ainsi, au cours de cette période
(1938-1950), le nationa-lisme (qui supporte la religion et que la religion
supporte) prend beaucoup d’importance. Dans ce contexte, l’histoire
devient le fondement du système humaniste, remplaçant
le grec et le latin comme matières incontestablement dominantes.
Au plan culturel, des concerts, des films et des conférences
géographiques sont régulièrement à l’affiche
au cours des années 1940. Il y a aussi évidemment nombre
d’activités religieuses.

Le Séminaire de Mont-Laurier : 1950 – 1965
Personne ne pourrait prédire le scénario qui suit lorsque
les années 1950 débu-tent sur la colline Alix.
Le cours commercial se donne bientôt ailleurs, remplacé
en quelque sorte par une formation plus technique, celle des arts et
métiers qui devient une entité autonome en 1958.
Pendant ce temps, les besoins et la demande pour une formation classique
grandissent. Jusqu’au milieu de la décennie environ, il
y a toujours une récolte annuelle satisfaisante de voca-tions
sacerdotales pour le diocèse de Mont-Laurier. Mais une mutation
est en marche que seuls des yeux avertis peuvent percevoir. Le nombre
de vocations régresse et le ton rigoureu-sement pieux des élèves
(dans les journaux étudiants, par exemple) des décennies
précédentes est définitivement désuet.
Lorsque les années cinquante s’amor-cent, la vie religieuse,
éducative et sociale semble immuable au Séminaire Saint-Joseph.
Si les choses commencent à bouger ailleurs au Québec à
ces niveaux, rien de tel n’est véritablement perceptible
à Mont-Laurier où le clergé s’appuie avec
confiance sur les assises séculaires de l’enseignement
classique.
Les dirigeants conservent la même recette interne, c’est-à-dire
que l’austé-rité et la sévérité
du règlement sont tempérées par des jeux et un
système de valorisation où les succès des meilleurs
élèves sont régulièrement soulignés
publiquement devant leurs condisciples. Aussi, la traditionnelle soirée
marquant la fin de l’année scolaire a toujours lieu en
juin à la salle académique du Séminaire où
une pièce de théâtre est jouée et où
on remet des prix aux plus méritants.
L’horaire, les règles de conduite et de vie continuent
d’être essentiellement les mêmes qu’au cours
des décennies précédentes, c’est-à-dire
que les élèves sont occupés de façon à
peu près ininterrompue du matin au soir.
Au cours des années 1950 le recrutement sacerdotal commence à
poser un problè-me réel pour le clergé. Cela s’accentue
au cours de la décennie suivante.
Les années 1960 sont marquées par une évolution
extrêmement rapide, tant au Québec qu’au Séminaire.
Celui-ci tente de son mieux de s’adapter aux changements, tout
particulièrement au niveau scolaire. Le curriculum propose
pour la première fois des options. Des expériences pédagogiques
sont tentées, en particulier par les enseignants laïcs qui
prennent de plus en plus de place au sein de l’institution. Au
cours des années 1960-1965, l’esprit nationaliste demeure
présent et le Séminaire propose toujours une formation
relevée, en particulier au plan de la qualité de la langue,
et des activités parascolaires variées. Aussi, le baby
boom fait augmenter sensiblement les besoins en éducation,
en particulier au classique, d’autant plus que l’instruction
élémentaire est obligatoire au Québec depuis 1943.
Toutefois, cela correspond à une forte demande des Hautes-Laurentides
pour l’enseignement secondaire et non pour multiplier les vocations
sacerdotales.
L’augmentation continue de la clientèle au classique amène
le Séminaire à procéder à un agrandissement
de ses installations. Il faut noter que pour la première fois
de l’histoire du Séminaire, un de ses projets est soumis
à l’approbation civile. C’est un indéniable
signe des temps. C’est en 1964 que ces travaux se font sous la
supervision du chanoine Jean-Paul Poulin. Ceci permet « l’érection
d’une passerelle avec pensionnat et laboratoires de sciences adaptés,
en direction du boisé voisin. Cet agrandissement répond
aux exigences de l’enseignement classique formulées par
l’Université Laval » . L’essentiel de
la somme requise pour ce projet est fourni par le gouvernement du Québec
et son nouveau ministère de l’Éducation.
Cependant, les problèmes de gestion que doit rencontrer le Séminaire
sont doréna-vant trop nombreux. C’est au moment du discours
marquant la fête de son intronisation définitive comme
troisième évêque du diocèse de Mont-Laurier,
en juin 1965, (Monseigneur Limoges est décédé au
cours des mois précédents) que Monseigneur Ouellette justifie
la vente du Séminaire. Il invoque trois raisons principales.
La première est financière : l’institution est dorénavant
aux prises avec un déficit structurel important de 80 000 à
100 000 dollars annuellement. La deuxième est d’ordre scolaire
: « L’Université Laval exige au moins 600 élèves
pour les trois années du collégial et le Rapport Parent
en exige au moins 1500 pour les deux années de l’Institut
qu’il veut substituer aux collèges. Or, nous n’avons
jamais eu plus de 90 élèves à ce niveau et cela
exceptionnellement. » Enfin, la troi-sième raison
relève de la pastorale : il n’y a plus assez de prêtres
pour combler tous les besoins diocésains, y compris ceux du Séminaire.
Aussi, au printemps 1964, la désaffection religieuse massive
des élèves alors que la messe devient facultative sur
semaine autant pour les internes que les externes du Séminaire
constitue une crise qui marque une cassure qui se confirme l’année
suivante. En juin 1965, en effet, le Séminaire Saint-Joseph devient
le premier sémi-naire diocésain à vendre ses actifs
au secteur public d’éducation québécois.
Conclusion
Ainsi se termine l’histoire du Séminaire de Mont-Laurier
après cinquante années d’existence, sans oublier
les cinq premières à Nominingue. Comme nous le constatons,
la fin est abrupte et bien peu de gens auraient été capables
de prévoir un dénouement aussi rapide quelques années
à peine avant juin 1965. Le Séminaire de Mont-Laurier
agit en précurseur en vendant ses actifs au secteur public. Il
est très bientôt suivi par tous les autres, tant et si
bien que l’enseignement classique même est chose du passé
au Canada français cinq ans plus tard, soit en 1970.
La fermeture du Séminaire Saint-Joseph de Mont-Laurier constitue
une perte sèche au niveau de l’enseignement supérieur
dans la ville de Mont-Laurier et dans les Hautes-Laurentides. Il faut
attendre 1983 pour que l’enseignement collégial revienne
à Mont-Laurier, sous la forme d’une annexe du Cégep
de Saint-Jérôme. Pendant plus de cinq décennies,
l’institution d’enseignement supérieur planifiée
par le curé Labelle aura joué son rôle d’agent
de dévelop-pement intégral de la région.