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ABITIBI-TEMISCAMINGUE

ROUYN-NORANDA, DES BÂTIS D’ORIGINE URBAINS ET RURAUX PARTICULIERS

PAR JULIEN RIVARD

Noranda et Rouyn ont pris naissance en 1924 autour d’une mine et d’une fonderie de cuivre, alors en construction. Le développement s’est fait en pleine forêt, à des dizaines de kilomètres des secteurs habités les plus rapprochés. Par la suite, dans les années 1930 une douzaine de paroisses de colonisation agroforestière sont apparues dans le cadre des plans de retour à la terre mis en place en réponse à la grave crise économique de l’époque, de même que quelques villages miniers. La majeure partie de ce territoire n’a été municipalisé qu’entre 1978 et 1982. Entre 1986 et 2002, les municipalités et trois territoires non-organisés se sont progressivement regroupés pour donner les 6 345 km2 de l’actuelle Ville de Rouyn-Noranda.

7e Rue, entre Carter et Murdoch Photo Serge Gauthier


S’il y a aujourd’hui une relative intégration des composantes rurales et urbaines de ce vaste territoire, c’était loin d’être le cas au début. En partant, Noranda et Rouyn constituaient un univers urbain, multiethnique, minier et industriel, en net contraste avec celui des paroisses de colonisation, rurales et canadiennes-françaises. Cela se voit, par exemple, dans les centres-villes de Noranda et de Rouyn, dont le caractère est unique en Abitibi-Témiscamingue avec leurs bâtiments commerciaux en rangée, souvent de style Boomtown, donnant directement sur le trottoir, et leurs revêtements de briques marrons, comme sur la 7e Rue à Noranda.

 



14, avenue MurdochPhoto Manon Sarthou


Le Vieux-Noranda révèle encore aujourd’hui qu’il a été la ville de la compagnie Noranda. Cette dernière a exercé un contrôle serré sur son développement, choisissant même les commerces qui pouvaient s’y établir. Jusqu’en 1949, le gérant était aussi le maire. La masse des bâtiments industriels s’impose toujours dans le paysage urbain. Les styles architecturaux des débuts sont ceux des années 1920 et 1930 qui étaient alors appréciés par les architectes anglophones de la compagnie. Ainsi, des résidences cossues caractérisent le « quartier des dirigeants », comme la Maison Roscoe (maison du gérant), de 1926, de style néotudor (à gauche). Cette maison fait contraste avec celles de travailleurs du quartier voisin comme les nombreux jumelés ou celle-ci de style Boomtown, de 1928.



87, avenue Carter – Photo Serge Gauthier



117, chemin Trémoy Photo Manon Sarthou

Le style Arts et Métiers, avec ses évocations de maisons campagnardes, est également fort répandu à Noranda. Il était parfois associé à des matériaux locaux, comme les moellons (pierres naturelles) des colonnes de la galerie d’une maison de 1938 (chemin Trémoy), qui ont sans doute été ramassées dans une sablière de l’un des eskers à proximité de la ville.

 



242 à 238, 8e rue - Photo Serge Gauthier



Noranda et Rouyn se démarquaient aussi nettement, en région et au Québec, par leurs importantes communautés d’anglophones et d’immigrants européens, qui formaient la majorité des travailleurs de la mine et de la fonderie avant l’importante grève des Fros (étrangers) de 1934. La diversité des langues allait de pair avec celle des cultes religieux, dont l’église orthodoxe russe, de 1958, demeure l’un des plus beaux témoins.

Du côté de Rouyn, le développement s’est fait, comme à Noranda, selon une trame de rue planifiée à l’avance, mais de façon moins organisée. La plus grande liberté de commerce a donné un centre-ville plus vaste et dynamique, mais aussi un bâti moins remarquable. Depuis les années 1960, l’architecture moderne a fait sa marque avec des bâtiments à la présence notable comme le Théâtre du Cuivre (1966), la tourelle (des logements dans un ancien château d’eau de forme circulaire sur un site élevé) et l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (1996).

 



Maison de Philippe Levasseur, 1152, rang Valmont, BeaudryPhoto Julien Rivard


Dans les secteurs ruraux, on remarque encore la présence de maisons de l’époque de colonisation tardive des années 1930 à 1945. Elles étaient souvent construites selon des plans du ministère de la colonisation. En 1937, le ministère subventionnait les maisons en bois rond, comme celle de Philippe Levasseur, construite dès son arrivée à Beaudry au mois de novembre, d’un style composite Craftsman Bungalow et Québécoise. Plus tard, les faces intérieures et extérieures de cette maison ont été équarries à la hache et les revêtements ont été ajoutés (photo du centre). Par la suite, le ministère a préféré, pour des raisons de coûts, les maisons en bardeaux de cèdre comme celle de Joseph Lachance de Cléricy
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Il y a aussi le bâti urbain particulier des villages miniers des années 1930, de McWatters, Cadillac et Arntfield, qui mériterait qu’on le fasse connaître.

 



Maison de Joseph Lachance, 775, rang des Bois, CléricyPhoto Julien Rivard





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