Le 12 mars 2007

 


Le très honorable Stephen Harper,
Premier ministre du Canada
80, rue Wellington
Ottawa (Ontario) K1A 0A2


Monsieur le Premier ministre,

Sujet : Programme Placement carrière-été

C’est avec inquiétude et consternation que nous avons appris dans les media que votre prochain budget pourrait sabrer de moitié dans les fonds normalement alloués au programme Placement carrière-été, et que nous avons pris connaissance du nouveau formulaire et des nouveaux critères de sélections relatifs à ce programme.

La Fédération des sociétés d’histoire du Québec regroupe quelque 190 sociétés membres (environ 40 000 bénévoles) à travers le Québec, qui s’occupent d’histoire, de patrimoine, d’archives, de généalogie et de muséologie. Plusieurs de nos sociétés affiliées nous ont naturellement fait part de leur profonde inquiétude quant à la possibilité... ou l’impossibilité... d’embaucher un étudiant l’été prochain. Elles ont en effet l’habitude de procéder à l’embauche d’étudiants chaque été depuis des années pour combler des postes saisonniers à l’accueil, à la recherche ou autrement, dans leurs musées, centres d’expositions, etc.

Comme ces organismes sont à but non lucratif et généralement sans le sou, il est bien évident que des coupures dans Placement carrière-été auraient un effet catastrophique, non seulement pour ces organismes, mais également pour les communautés qu’ils desservent bénévolement depuis nombre d’années. Les répercussions économiques ne seraient pas moins désastreuses puisque la perte de tels emplois saisonniers aurait un impact extrêmement négatif sur l’industrie récréo-touristique. Pire encore, de nombreux étudiants des niveaux secondaire et post-secondaire se retrouveraient sans emploi, désœuvrés pendant la période estivale, et sans la possibilité d’amasser quelques maigres montants d’argent pour poursuivre leurs études, ce qui est bien susceptible d’entraîner un décrochage accru et accéléré par rapport aux études, affaiblissant par le fait même la capacité des Canadiens de demeurer concurrentiels à l’échelle mondiale et réduisant d’autant les chances de ces jeunes d’accéder à des emplois bien rémunérés un jour.

On aurait tort également de sous-estimer l’importance de ces emplois d’été pour permettre aux jeunes d’acquérir de l’expérience mais aussi d’apprivoiser graduellement le milieu du travail, tout en demeurant dans leur communauté d’origine ou d’attache.

Comme le budget du 19 mars prochain et ses modalités ne sont pas encore tout à fait ficelés, nous vous enjoignons donc de vous assurer que le programme Placement carrière-été ne subira pas de coupures et que même on veillera à en augmenter les fonds. Quant au formulaire et aux « nouveaux critères », ils sont déjà publiés et publics, mais nous comptons sur l’intelligence et le jugement des députés et des fonctionnaires impliqués pour veiller à ce que les organismes communautaires, charitables et à but non lucratif bénéficiant normalement des largesses (indispensables) de ce programme ne soient pas pénalisés...

Autrement, il est difficile d’imaginer que les millions de bénévoles qui, à travers le Canada, donnent généreusement de leur temps, leur énergie et leur talent (et même à l’occasion de leur argent personnel...) pour alléger le fardeau des gouvernements et nous assurer malgré tout une société avant-gardiste, prospère... et humaine, où il fait bon vivre, continueront bien longtemps de le faire... s’ils ne peuvent continuer de profiter d’un minimum de soutien économique de leur part de leurs gouvernements.

Visiblement, les coupures dont on menace le programme Placement carrière-été n’ont été envisagées que dans une optique purement comptable qui pourrait coûter énormément cher à notre société, sur le plan économique et social, si on n’y regarde pas de plus près... et si on ne corrige pas le tir rapidement... AVANT la fin de mars, date limite pour les demandes adressées au programme Placement carrière-été.

Dans l’espoir que cette lettre engendrera une réflexion constructive et que votre gouvernement saura mettre un terme à ces spéculations et craintes qui circulent présentement face au programme Placement carrière-été, en le maintenant tel qu’il était par les années passées ou même en l’améliorant, je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de mes meilleurs sentiments.

Le Président,
Fédération des sociétés d’histoire du Québec,

 

Richard M. Bégin

RMB/ld

c.c. L’honorable Monte Solberg, ministre de Ressources humaines et du Développement des compétences Canada